Des ressources pour explorer les marchés du livre numérique

L’outil le plus valable demeure la capacité à exercer une veille constante. Mais pour le faire, et sinon pour découvrir au moins un peu ce qui se passe, voici quelques suggestions qui me paraissent utiles.

En premier et même si j’en ai souvent parlé, Author Earnings demeure indispensable

http://authorearnings.com

C’est la seule source de référence qui fait vraiment le travail manière 2018 : l’équipe implante une vaste armée de bots sur Amazon et recueille les données de chaque vente de livre pour ensuite analyser ces données. Les résultats sont complets et tracent un solide portrait de ce qui se passe chez Amazon. Comme pour le moment l’entreprise vend plus, en papier comme en numérique, davantage que la totalité du marché américain des éditeurs et diffuseurs, elle reste l’étalon maître dans le marché.

En français

IDBOOX  : https://twitter.com/IDBOOX

ActuaLitté : https://twitter.com/ActuaLitte

apportent l’information de base sur le livre francophone et ActuaLitté rapporte aussi les principales nouvelles en provenance de l’édition anglo-saxonne qui continue à jouer le rôle de pionnière en matière de livres numériques.

Lettres Numériques suit l’actualité du livre numérique francophone https://twitter.com/Lettresnum

tandis que le Labo de  l’Édition de Paris Co.  https://twitter.com/labodeledition

fait la part belle à l’innovation dans le domaine, ce qui est précieux.

 

En anglais les ressources sont nombreuses et parmi elles :

Pub Perspectives https://twitter.com/pubperspectives

The Digital Shift https://twitter.com/ShiftTheDigital

Digital Content Next https://twitter.com/DCNorg

Digital Trends https://twitter.com/DigitalTrends

The Author Biz http://theauthorbiz.com

Fournissent de l’information variée sur le livre numérique.

À surveiller enfin : Tech Dirt https://www.techdirt.com

La ressource indispensable pour découvrir tout ce qui se trame sur le plan légal aux États-Unis concernant les droits d’auteurs, les droits des usagers, les droits des éditeurs ou des producteurs, etc. C’est franchement complexe, faut astiquer ses notions de droits et sa capacité à parler le légalais (en anglais de surcroit), mais c’est généralement sur Tech Dirt que l’on découvre un ou deux ans à l’avance les tendances qui vont changer le marché des contenus numériques ou plus spécifiquement, le marché du livre numérique.

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Web social et droit d’auteur

Comme le mentionne Richard Stallman dans un billet publié jadis sur GNU.org (1), la notion de « copyright » (un terme déjà éloigné de droit d’auteur tel qu’entendu au Québec et encore plus de la manière dont il est légiféré en France) est très éloignée du concept flou de propriété intellectuelle. Les réseaux sociaux, Facebook en tête, mais c’est aussi le cas de MySpace, Flick’r, Deviant Art, et autres Instagram se sont beaucoup servis, gratuitement, du travail des artistes pour se mettre en valeur et recruter des adhérents. C’est évidemment le cas des GAFA (Google Apple Facebook Amazon) qui viennent de financer d’énormes campagnes de protestations pour torpiller (avec succès) un projet de loi accordant plus de protection aux artistes dans l’univers numérique

https://bit.ly/2MX5KYp

Les usagers des réseaux sociaux ne se gênent aucunement pour prendre des oeuvres afin de décorer leurs pages ou créer leur logos. Quand ce n’est pas carrément des entreprises ou des individus qui copient les images ou les hackent pour se fabriquer avec des porte-folios bidons et vendre leurs services…ou même les œuvres. Ce n’est rien de nouveau. À l’époque où dans les années ’90 je produisais des séries Web, les 400 pages (chiffre considérable à l’époque) du site qui les hébergeait avaient été copiées, entièrement traduites en chinois et diffusées sur le Web quelque part en Chine.

Sans musique, sans art visuel et sans photographie, je ne sais pas trop ce qui resterait vraiment du Web social. Lequel a permis à certains artistes un réel succès et la découverte de milliers d’autres créateurs. Mais les conditions économiques des artistes se détériorent évidemment encore plus rapidement que ceux des travailleurs et de la classe moyenne et de plus en plus de créateurs se demandent en quoi il vaut la peine de continuer à diffuser gratuitement sur le Web social. Les « Like » c’est bien beau, mais ça demande du temps et ça ne paie pas le loyer.

(1) Stallman, Richard M. Did You Say “Intellectual Property”? It’s a Seductive Mirage

GNU Operating System

http://www.gnu.org/philosophy/not-ipr.xhtml

 

#CULTURE #INF6107 #JPThomin #ÉditionSacrilège #ÉditionNumérique

La participation là où on ne l’attend pas

Le sociofinancement est devenu un incontournable de l’agitation culturelle sur les réseaux sociaux. Kickstarter http://www.kickstarter.com

est perçu d’abord comme une plateforme de sociofinancement de projets « geek », orientés par exemple vers l’objet intelligent, mais il a son importance pour les secteurs traditionnels de la culture, ne serait-ce que parce que le nombre d’utilisateurs y est si important que des organismes culturels y lancent des projets sans avoir besoin d’argent, simplement pour profiter des retombées promotionnelles constituées par la présence du projet sur Kickstarter. C’est là une conséquence tout à fait imprévue du sociofinancement, mais les choses vont plus loin. En septembre 2016 le journal anglais de Guardian annonçait que Kickstarter, était devenu l’un des cinq plus importants éditeurs du monde : https://bit.ly/2c8tyWn

« …if you put the 1,973 publishing pitches that were successfully funded in 2015 together with the 994 successful comic and graphic novel projects, then last year’s tally of 2,967 literary projects puts the crowdfunding site up among publishing’s “Big Four”: Penguin Random House, Harper Collins, Hachette and Simon and Schuster. The latter, which is the smallest of the Big Four according to Publishers Weekly, publishes “over 2,000 titles annually. »

Il y aurait de sérieuses analyses à faire sur ce seul impact sur le monde de l’édition de la part d’une plateforme de sociofinancement. Néanmoins le fait soulève une évidence; le poids du nombre sur les réseaux sociaux peut engendrer des résultats phénoménaux.

 

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Un algorithme, c’est quelqu’un

Je souhaite revenir brièvement sur l’algorithme. Que ce soit la « blockchain », les recherches sur Google, la voiture électrique ou l’animation de Facebook, l’algorithme est la structure active derrière qui permet le prodige apparent : ça marche tout seul. L’image présentée aux publics par les GAFA et Tesla de ce monde c’est que l’algorithme est infaillible en raison de sa capacité à apprendre et de sa nature mathématique et neutre

Boulechite.

« Algorithms are, in part, our opinions embedded in code. They reflect human biases and prejudices that lead to machine learning mistakes and misinterpretations. » Cette citation tirée d’un article du Harvard Business Review résume un contexte qui mérite d’être plus largement exploré.

Un algorithme est une construction langagière conçue par un être humain. Comme pour toute construction humaine, les lignes de faille viennent avec l’objet.

D’abord l’algorithme est un langage:

 

JavaScript :

<script>

var x, y, z; // Declare 3 variables

x = 5;       // Assign the value 5 to x

y = 6;       // Assign the value 6 to y

z = x + y;   // Assign the sum of x and y to z

 

C+:

long double x, y;     printf(« Calcul de moyenne\n« );   /* Affiche le titre. */     printf(« Entrez le premier nombre : « );     scanf(« %Lf », &x);           /* Entre le premier nombre. */

 

Dans son étude sur le « Google Art Project, Alanna Bayer souligne à propos de l’algorithme une réalité essentielle  (1) : « Algorithms are a form of text, and are therefore inherently political, although they may masquerade as neutral… algorithms “are like an invisible architecture that underpins almost everything that’s happening.” Filters hierarchize and sort results based on data structures determined by the website engineers.»

 Le langage est manipulable et le résultat aussi. Google et Facebook l’ont maintenant démontré à répétition.

L’être humain est la deuxième composante de la mise en place d’un algorithme et j’exclus ici toute intention préalable de manipuler les résultats éventuels pour des motifs politiques ou économiques. Examinons simplement le cas du programmeur comme personne. Par exemple il s’appelle Matt Rodgers (nom fictif bien sûr), il travaille dans la Silicon Valley pour une grosse corporation des TI, gagne dans les 6 chiffres, a une femme, deux enfants, un cottage et un chien. Matt Rodgers, comme beaucoup de monde dans la Silicon Valley est libertarien. L’économie doit être laissée à elle-même. Mais il peut être de gauche, végétarien et avec une grande conscience sociale si vous préférez. D’une manière ou de l’autre Matt Rodgers a une personnalité. Il a un style aussi, une manière bien à lui d’organiser la syntaxe d’un code. Dans une équipe de programmeurs, chacun peut savoir qui a codé quoi simplement en regardant la manière dont le code est fait.

Lorsqu’il se met à son clavier pour écrire le code, Matt a reçu des instructions, qu’il a comprises et interprétées. Mais voilà, pour 100% des individus il y a toujours un décalage entre ce qui est dit et ce qui est compris. D’un bout de la même chaine à l’autre, en passant par les intervenants, le décalage s’amplifie. Il s’amplifie encore davantage lorsque Matt commence à écrire le code à sa manière à lui et avec ses perceptions à lui, dans un moment de la journée où les expériences vécues depuis son lever du matin l’influencent autant sinon davantage que les instructions reçues. Matt n’est pas une équation mathématique. Matt est un être humain, d’une certaine manière il est un processus, complexe et en constante évolution.

Pour donner une idée ce qui se passe à chaque seconde dans la tête de Matt prêtons attention un moment à Tony Sampson qui écrit dans « Contagion Theory Beyond The Microbe » (2): To fully grasp how the neurological unconscious might work, we need to firstly registerDamasio’s contra-­Kantian (and Cartesian) argument that our reasoning and decision-­making processes are not as purely cognitive as we may think they are. In fact, Damasio’s somatic marker hypothesis persuasively argues that « emotions and feelings may not be intruders in the bastion of reason at all;; they may be enmeshed in its networks. »

 Bref Matt code.

Maintenant, si nous considérons l’hypothèse d’une voiture électrique totalement autonome et sa capacité à faire des choix, ultrarapides, en cas de risque d’accident. Qui a programmé les algorithmes qui permettent à la voiture de faire ces choix dont les conséquences peuvent être mortelles ? Un super comité des plus grands éthiciens de la planète réunis ensemble pour que la programmation soit écrite en reflétant fidèlement leur réflexion profonde sur la valeur éthique des choix à faire ? Un groupe d’éminents médecins spécialisés dans les blessures et les soins d’urgence liés aux accidents de la route ? Un cénacle des avocats les plus aux faits sur la planète des tenants et aboutissants légaux qui entourent la conduite d’une voiture et les risques d’accident ?

Non, rien de tout ça, celui qui a programmé c’est Matt. En prenant son troisième café de la journée.

Est-ce que j’aurais envie de confier ma vie aux bons soins de Matt Rodgers en montant dans une voiture électrique ? Non. Je n’aurais pas envie non plus de lui confier mon vote dans l’isoloir. Même pas de le laisser décider sur Facebook des œuvres d’art que je suis censé avoir envie de voir. Tu est gentil Matt. Mais ôte-toi de ma vie.

 

(1) Mann, Gideon, O’Neil, Cathy. « Hiring Algorithms Are Not Neutral », Harvard Business Review, December 09, 2016 https://hbr.org/2016/12/hiring-algorithms-are-not-neutral

(2) Bayer, Alanna, « Evangelizing the ‘Gallery of the Future’: a Critical Analysis of the Google Art Project Narrative and its Political, Cultural and Technological Stakes », The University of Western Ontario, 2014

(3) Sampson, Tony D. Contagion Theory Beyond the Microbe THEORY BEYOND THE CODES, Special Issue : In the Name of Security

 

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