Transformer les livres avec la réalité virtuelle…

Bookselle VR

L’excellent The Bookseller  publie un remarquable article  sur le récent livre d’une créatrice et chercheuse spécialisée en réalité virtuelle, livre intitulé « The End of Storytelling: The Future of Narrative in the Storyplex ».

Stephanie Riggs propose pour le livre (et le théâtre, et le cinéma) d’abandonner l’histoire linéaire, de sortir du cadre et de tenter d’imaginer une fiction en réalité virtuelle où le lecteur se trouve littéralement au milieu de l’histoire, immergée en elle. Le concept est intéressant.

Mais l’univers numérique souffre notoirement d’un manque absolu de mémoire et de perspective historique de sorte qu’il revient souvent sur ses pas en imaginant avoir inventé quelque chose de nouveau. Durant les années 90, la première vague de séries Web a prêté à des dizaines d’expérimentations en scénarisation et écriture interactive.

Plusieurs universités américaines ont suivi le phénomène. À un moment donné il est devenu évident pour tous les intervenants qu’une histoire interactive réussie s’appelait « un jeu ». Une histoire en réalité virtuelle peut faire un excellent film 3D ou un superbe spectacle multimédia, mais un livre?

Cette idée de prendre le livre numérique et de vouloir le transformer en quelque chose de complètement différent au nom de l’innovation technologique revient régulièrement et cette obstination a quelque chose de singulier. Il n’y a rien de mal à ce qu’une assiette ne soit pas également une roue de voiture. Et un livre numérique (qui peut déjà faire pas mal de choses, merci) garde toute sa pertinence sans être une scène de théâtre ou une salle de cinéma.

Promotion du livre : de la nécessité de rendre ses livres repérables dans le numérique.

Découvrabilité

Pour les boites d’édition petites et moyennes qui ne disposent pas de budgets faramineux pour la promotion de leurs livres, permettre aux lecteurs de les repérer facilement en ligne est une nécessité. Laquelle nécessité ne baigne pas dans la simplicité comme tous ceux qui ont travaillé dans le marketing numérique peuvent en témoigner. Josée Plamondon a développé durant les années 80 une très rare spécialité pour une bibliothécaire experte; celle des bases de données. Elle profite donc d’une remarquable vue d’ensemble de l’évolution des données et des facteurs technologiques qui permettent, ou entravent, le repérage d’une œuvre littéraire dans l’immensité de l’offre culturelle numérique.

Elle vient sur Linkedin et sur son site Sérendipité   de publier de nouvelles réflexions sur la découvrabilité, fruit d’une recherche avec Véronique Marino de LaCogency qui a d’ailleurs produit ce schéma très parlant que nous présentons plus haut.

Mammouth ajouterait à ce fascinant, et indispensable, travail de défrichage, deux petites observations :

– Un moteur de recherche comme Google « personnalise » les résultats : il ne livre pas les fruits d’une recherche impartiale, mais ce qu’il croit que l’utilisateur veut voir en fonction de ses requêtes antérieures. Les métadonnées les mieux organisées du monde ne peuvent rien contre le fait que Google vos lecteurs potentiels pour vous.

– Il est impossible de qualifier convenablement la fréquentation de n’importe quel point de chute : page Web, blogue ou autre, parce que les bots vont constituer au moins la moitié de la clientèle. De manière pratique, on sait qu’une campagne promotionnelle fonctionne quand les ventes augmentent sauf que l’on ignore ce qui dans la campagne a réussi.

Il faudra y revenir, mais comme le souligne la chercheuse, un bon plan promotionnel doit inclure une variété d’outils, incluant les métadonnées.

Elementari : une plateforme collective dédiée à la production d’histoires interactives

Elementari

Elementari réunit des collectivités d’illustrateurs et de compositeurs musicaux qui offrent gratuitement leur art afin que des auteurs puissent utiliser image et musique pour créer des histoires interactives pour le milieu scolaire. Un enseignant peut « ouvrir » sans frais une classe Elementari pour ses élèves afin qu’ils puissent profiter des histoires. La plateforme dispose déjà d’une bonne base d’artistes et de musiciens. En quoi y trouvent-ils leur compte, ça, ce n’est pas clair. Derrière le vocabulaire de la collectivité d’artistes, Elementari demeure une organisation à but lucratif qui facture les écoles sur l’utilisation à long terme de la plateforme. Les artistes ont droit en principe à une forme indéterminée de partage des revenus et comme c’est la tradition en numérique, à une merveilleuse promotion de leur art.

Faudra voir comment ça évolue. En attendant, Elementari affiche déjà quelques centaines d’histoires.

Fictionary : créer les mots qui décrivent la réalité vécue

 

Écran FictionaryLe journal anglais The Guardian effectuer une excellente couverture de l’évolution numérique du livre et il a produit ce formidable texte  https://bit.ly/2HYzCTjsur l’existence des « fictionaries » les dictionnaires fictifs comme celui-ci https://www.dictionaryofobscuresorrows.com

Ces fictionnaires inventent les mots qui manquent pour exprimer nos réalités changeantes et servent en même temps de laboratoire langagier afin que l’expression orale comme écrite demeure pertinente et vivante. Flaubert avait jadis produit un de ces « fictionnaires ». Mammouth a l’impression que la création d’un fictionnaire pourrait s’avérer un excellent concept d’exercice scolaire.

 

Delitoon

 

Delitoon

Signalé par Nicolas Rodelet lors d’une récente entrevue, Delitoon fait fureur en France en proposant sur le mobile (téléphone cellulaire) une offre webtoon très variée de mangas coréens («manhwas ») et français. Le webtoon est un format vertical de lecture de BDs et parfaitement adapté au mobile, il conquiert les jeunes publics dans l’univers numérique.

Pour rester dans le manga, le British Museum présente actuellement la plus grande exposition hors Asie jamais organisée sur le thème du manga. Le British organise en parallèle de très nombreux évènements sur le thème : lectures, ateliers, conférences.

 

unrd (unheard) : un tout nouveau genre de fiction interactive

unrd

 Un nouveau concept d’histoire interactive créé pour le cellulaire et qui déménage : unrd.

L’usager a pour 3 jours le cellulaire (au choix) d’un otage, d’un condamné à mort, d’une rock star assassinée ou d’une jeune fille disparue. Il reçoit ses courriels, ses textos, ses vidéos, bref, le contenu de son mobile au cours des derniers jours et il doit trouver la solution à l’énigme : sauver qui peut être sauvé ou découvrir le meurtrier.

Ça semble simple mais il fallait y penser. Le concept est accrocheur et frappe au plexus. L’initiative, britannique, est distribuée sur le App Store (Apple) et Google Play.

La suite promet d’être intéressante.

Apprendre à créer une histoire interactive

WS écran

Fondée par Luca Giacomoni, qui vient du théâtre et Andrea ZubialdeWhyStories est une entreprise de formation tout à fait particulière puisqu’elle se propose d’entrainer des auteurs à concevoir de manière interactive.

Pour chaque session de trois mois, WhyStories choisit une vingtaine de projets dont l’auteur reçoit une formation intensive en création interactive. La session actuelle en cours jusqu’au début juillet se déroule en partenariat avec le Laboratoire d’édition de Paris&Co.

Chaque session s’organise autour de quatre grands axes : d’abord la découverte de la multidisciplinarité. Pour citer le site de l’entreprise : «… vous croiserez l’œuvre de Bela Tarr, la série Top of the Lake, les écrits de Yuval Noah Harari, le mouvement #MeToo, les pièces de Pina Bausch, la première campagne électorale d’Obama, l’Iliade d’Homère, Persépolis de Marjane Satrapi et les lettres de Rainer Maria Rilke

Tout un programme. Le deuxième axe est l’abandon des schémas culturels appris, ce que WhyStories appelle la capacité à changer de paradigme.

Corollaire : le troisième axe consiste à l’apprentissage des erreurs; faire des gaffes sans crainte d’être pénalisé permet de libérer l’imagination et l’innovation. Enfin le quatrième volet repose sur l’apprentissage par l’expérience.