Auteur et éditeur accusés de pornographie juvénile

Schreck 2

Image promotionnelle du film « Nosferatu », 1922

Un auteur Yvan Godbout et son éditeur, Nycolas Doucet de la maison ADA

http://www.ada-inc.com

sont poursuivis par la justice québécoise pour « production et distribution de pornographie juvénile »

https://bit.ly/2ZK0Hlf

https://bit.ly/2LfyXlh

https://www.uneq.qc.ca/2019/03/20/yvan-godbout

Sur près de 270 pages de son conte (catégorie horreur et fantaisie) « Hansel et Gretel », une page au début décrit le viol d’une fillette par son père. Le livre était en vente depuis un an et avait été mis en lice pour un prix. Quelqu’un un jour a porté plainte. La police régionale, la Sureté du Québec, a enquêté et la Couronne a décidé de déposer des accusations en bonne et due forme.

Tous les éditeurs francophones qui vendent des livres au Québec sont concernés par cette décision.

D’abord parce que tout livre publié avec une scène de violence, de meurtre, de viol, d’inceste, etc. explicitée avec quelques détails que ce soit se trouve susceptible d’être évalué à la même aulne. En dehors même de la fiction, plusieurs romans d’auteur ont pour point de départ le viol ou l’inceste.

Surtout, l’affaire survient dans un secteur stratégique sensible. Lorsque les jeunes lecteurs passent à l’âge adulte, ils ne foncent pas vers le roman d’auteur, mais conservent généralement le même appétit pour la fiction qui dans leur jeunesse leur a fait découvrir la lecture. Si l’édition francophone n’en produit pas, ils vont acheter ceux traduits de l’anglais. Le roman de fiction est un élément de rétention majeur pour l’industrie du livre lorsqu’il s’agit des lecteurs francophones, que ce soit en Europe ou au Québec.

Vous le savez tous, autant les auteurs que les éditeurs de l’écosystème du livre observent ce qui se passe avec ces dépôts d’accusations … Observent attentivement.

Des conclusions vont être tirées, des stratégies revues. Les conséquences à long terme de ces accusations pourraient être lourdes. Comment écrire un roman d’horreur ou un roman policier où il n’y a pas de violence décrite d’une manière ou de l’autre? On ne parle même pas du domaine de la science-fiction ou du genre très populaire de la « Fantasy ». Peut-on imaginer « Game of Thrones » sans ses scènes sanglantes? Nabokov va-t-il être accusé post mortem au Québec? Et son éditeur actuel?

Vous êtes éditeur, vous y pensez à trois fois avant de publier un roman, de fiction ou d’auteur où une scène violente existe. En fait, vous vous demandez éventuellement quoi publier tout court. Les auteurs eux vont se demander s’ils sont condamnés à écrire des livres de cuisine…

Pour bien mesure l’ampleur de l’évènement, il convient également de jeter un œil à la mécanique avec laquelle les deux accusés sont désormais aux prises.

En Europe ou en Amérique, un procès au criminel coûte très cher; une vingtaine de milliers d’euros, si l’affaire ne se complique pas. Personne n’a envie d’être trouvé coupable de pornographie juvénile. Les accusés n’ont donc pas le choix de prendre tous les moyens pour se défendre.

Personne non plus n’a même envie d’être accusé au criminel. Le stress est énorme. L’accusation est une authentique catastrophe et pour l’auteur et pour l’éditeur, peu importe ce qui se passe par la suite. Un verdict de non-culpabilité ne va pas effacer cette catastrophe. Auteurs et éditeurs risquent désormais de mesurer le risque d’écrire et de publier au Québec de manière différente.

De nombreux criminels d’envergure ont été libérés ces derniers mois au Québec dans un fracas médiatique énorme parce que leur procès avait pris trop de trop à se mettre en branle. Devant les délais systématiques, un procès au criminel pouvant prendre des années avant de débuter, la Cour Suprême du Canada s’est décidée à fixer une limite au calendrier de ces procès. Ce qui veut dire qu’à l’heure actuelle, pour faire de la place au procès de l’auteur et de l’éditeur, d’autres procès impliquant de véritables criminels sont peut-être mis de côté. Et, fait rare, la Couronne procède sans enquête préliminaire. Le message envoyé par la Justice à l’auteur et l’éditeur est limpide : « Vous êtes les pires des salauds et nous allons vous traiter comme tels. »

Ce souci de pointer les canons sur un auteur et son éditeur représente aussi une forme de menace et laisse croire qu’aucune œuvre écrite n’est à l’abri.

Il faudra éventuellement revenir sur le sujet.

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