Entrevue avec Bertrand Gervais

BG 2 léger filtre

Figure incontournable de l’exploration des nouvelles littératures et de leurs modes d’expression hypermédiatiques, Bertrand Gervais anime les principales structures québécoises qui explorent, étudient et analysent l’évolution de ces littératures et de leurs pratiques dans la sphère numérique.

Ces structures, largement reconnues au niveau international, sont les outils essentiels qui permettent à l’édition au Québec et dans la francophonie d’espérer pouvoir comprendre et maitriser les phénomènes numériques qui la secouent.

C’est parce qu’il est au coeur d’un mouvement structuré qui non seulement observe et analyse, mais propose aussi au milieu du livre des solutions concrètes que Bertrand Gervais constitue la première personnalité interviewée par Mammouth numérique.

Un bref survol de sa carrière permet de découvrir les structures qu’il a mises sur pied.

Docteur en sémiologie et professeur au Département des études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Bertrand Gervais a fondé en 1999 Figura : Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire

http://figura.uqam.ca

puis en 2004 il a mis sur pied NT2, le Laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques qui rayonne à travers plusieurs institutions et partenaires.

http://nt2.uqam.ca/fr

NT2 a été financé par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI)

https://www.innovation.ca/fr

Son projet phare :

L’Observatoire de l’imaginaire contemporain

http://oic.uqam.ca

À l’heure actuelle, Bertrand Gervais est également le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les arts et les littératures numériques ou ALN

http://nt2.uqam.ca/fr/chaire-aln

Mammouth : Où en êtes-vous à l’heure actuelle?

Bertrand Gervais : La Chaire de recherche est un projet de sept ans dont je termine la quatrième année. Il en reste donc trois à compter du 1er juin. La chaire existe pour explorer la manière dont le numérique influence les formes littéraires.

M : Quelles sont les orientations prioritaires de votre travail en général?

BG : Entre autres identifier ce qui sur le web apparait comme une œuvre numérique sans nécessairement que la définition d’oeuvre soit soumise à un cloisonnement. On perle d’art ou de théâtre autant que de littérature.

L’une des premières réalisations consiste à répertorier les littératures hypermédiatiques mais observer les transitions entre la culture du livre et la culture de l’écran.

 Je peux donner 3 exemples très concrets de travaux que nous accomplissons :

Le premier exemple est un énorme partenariat établi avec les principaux intervenants du livre au Québec. Il en réunit en tout 23: l’UNEQ qui représente les écrivains, L’ANEL qui assemble les éditeurs, des éditeurs comme Nota Bene, Estuaire, plusieurs universités, des créatifs, etc.

Le projet s’appelle « Littérature québécoise mobile ».

Ce partenariat est financé pour une durée de cinq ans par le Conseil des recherches en Sciences humaines du Canada

http://www.sshrc-crsh.gc.ca/home-accueil-fra.aspx

Il comporte trois axes à travers lesquels il y a aura 12 chantiers:

– Documenter

– Soutenir

– Prendre part

À travers ce projet nous voulons accompagner les acteurs de l’édition, découvrir comment les transformations numériques influencent concrètement édition et diffusion et proposer des solutions. Le projet affiche franchement sa volonté de servir le milieu de l’édition.

L’un des premiers résultats concrets est une version améliorée de l’application mobile Opuscules.ca

[Note de mammouth : application très bien décrite par son concepteur d’origine, l’UNEQ, ici : https://www.uneq.qc.ca/2017/11/13/opuscules-application-mobile]

Opuscules permet aux usagers de créer avec la littérature locale une relation dynamique : ils peuvent découvrir des textes, des auteurs, mais aussi participer à des évènements et réaliser eux-mêmes leur propre collection.

Le second de ces exemples est lié à la communauté scientifique et il s’agit d’aider les chercheurs à mettre en ligne leurs recherches afin qu’elles soient le plus largement accessibles.

 L’Observatoire de recherche sur l’imaginaire contemporain possède une base de données multimédiatique dont c’est le rôle.

 Dans la foulée nous avons créé une revue savante, « Captures » http://revuecaptures.org

dont nous avons soigné le design et l’interface afin qu’elle soit belle à regarder. Tous les travaux réalisés, en collaboration avec NT2 d’ailleurs, respectent les standards les plus élevés du web.

 Enfin, le troisième exemple s’articule autour du site « Archiver le présent »

http://archiverlepresent.org

Les activités du site concernent l’imaginaire de l’exhaustivité dans les productions littéraires contemporaines que ce soit un espace, un thème, un moment, etc. Comme l’indique le terme exhaustivité, il s’agit de fouiller totalement chaque sujet retenu.

http://archiverlepresent.org/carnet/imaginaire-de-lexhaustivite-2017-2018

Nous disposons d’un atout précieux, la base de données.

: Est-ce qu’on peut parler de l’existence d’une véritable littérature numérique?

BG : La littérature numérique existe au sens où il se fait plein d’explorations. Mais est-ce une forme reconnue qui est achetée par le public? Non. Est-ce que ça signifie que le numérique au niveau de l’édition va mourir ? Non plus. Nous savons que la période actuelle en est une de transition. Il faut l’explorer et la baliser. On ne doit pas se laisser distancer. Il faut penser également à ajuster les dispositifs aux attentes actuelles.

Le texte demeure quelque chose d’extraordinaire qui ne connait aucun équivalent. Je suis moi-même auteur [Note de Mammouth : Bertrand Gervais a publié 10 romans]. Je reste fasciné par le fait qu’à travers le contact avec des mots, l’imaginaire de quelqu’un se met à fonctionner à plein régime. Le rapport de l’être humain au texte va demeurer. Peut-on maintenir la pertinence culturelle du livre ça c’est une autre question.

Bertrand Gervais est l’une des têtes d’affiche du colloque « Autour de l’adulte de demain, 2e colloque international sur l’enseignement de la littérature avec le numérique» qui a lieu du 6 au 9 mai à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

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