Entrevue: Nicolas Rodelet et le Laboratoire d’édition de Paris

Nous jetons un œil sur le Laboratoire d’édition de Paris avec son responsable, Nicolas Rodelet.  Il veille aux destinées du Laboratoire que la Ville de Paris a mis sur pied en 2011 au sein de la structure d’innovation urbaine : Paris&Co.

NR légerMammouth numérique (MN) : Qu’est-ce que le Laboratoire d’édition de Paris&Co.?

Nicolas Rodelet (NR) : Paris&Co est une agence de développement économique en mode associatif (OBNL) qui comprend une quinzaine de plateformes d’innovation sur des thèmes porteurs parmi lesquels l’alimentation, la santé et bien sûr, l’édition. Le Laboratoire est né de la volonté de la Ville de Paris de faciliter la transition vers le numérique pour les éditeurs. C’est aussi la seule entité à être un marché de la Ville c’est-à-dire que notre Association (ONBL) doit présenter une offre de services tous les quatre ans à la Ville pour voir son mandat renouvelé ou pas.

Le Laboratoire a deux volets principaux : L’incubateur d’entreprise et les activités. L’enjeu c’est de représenter les intervenants, très divers, du monde de l’édition et aussi de leur permettre de profiter d’une plateforme d’échange et d’expérimentation. Nous voulons vraiment incarner l’idée d’un laboratoire; faire bouillonner les idées, orchestrer les rencontres des acteurs du milieu. Les librairies par exemple jouent un rôle crucial pour le livre au niveau local. Les éditeurs et les écoles ne se rencontrent pas souvent, mais ils sont également essentiels l’un à l’autre.

MN : Comment est-ce que ça se concrétise au quotidien ?

NR : L’aspect événement et formations, dont s’occupe Roxanne Bittard  joue un grand rôle. Nous avons de nombreux ateliers. Jusqu’à la fin juin par exemple la laboratoire fait équipe avec « WhyStories » pour que jeunes et auteurs découvrent le « storytelling » interactif.

Nous organisons aussi plusieurs formations pour les éditeurs à travers l’Asfored, une organisation à but non lucratif dédiée à la formation et au perfectionnement des professionnels de l’édition. Durant nos quatre premières années, ces formations étaient données par la Sofia, la Société Française des Intérêts des Auteurs de l’écrit.

MN : Et ça fonctionne bien?

NR : Nous avons eu beaucoup de difficultés à nous faire accepter du milieu de l’édition à nos débuts, mais les choses vont beaucoup mieux depuis 2016. Je crois que les éditeurs sont plus relaxes face au numérique. Ils s’aperçoivent que le livre traditionnel va continuer à exister et certains voient maintenant le numérique comme un outil complémentaire indispensable à maitriser. Le Laboratoire est également soutenu dans ses activités par de grands acteurs de l’édition : Fleurus, Lombard, Vivendi, etc.

MN : Comment fonctionne le volet incubateur ?

NR : L’incubateur d’entreprises occupe une large part des activités de Paris&Co, avec une trentaine de « startups » par an. Le Laboratoire en accueille pour sa part une dizaine. Nos locaux, situés dans le 5e arrondissement, sont physiquement séparés de l’ensemble principal de Paris&Co (dans le 19e). Nous accueillons 1 à 3 personnes par « startup », donc en général, nous avons environ une vingtaine de personnes dans nos locaux.Chaque projet de « startup » reçoit 30 000 euros (45 000,00 $ Can.) pour mettre au point un premier prototype et créer un produit qui répond à un besoin.

MN :  Avez-vous défini des catégories spécifiques pour les projets ?

NR : Non. Du mode de lecture à l’usager, toute la chaine est ouverte à l’innovation en ce qui nous concerne. Ç peut être un projet de conversion de fichiers, de plateforme de recommandation, etc. Par contre, il faut que le projet soit viable et donc qu’il repose sur des bases sérieuses.

MN : Et ça marche?

NR : 70% de nos « startups » sont en vie après 5 ans. II faut dire qu’en plus de la subvention, Paris&Co prend en charge tous les aspects concrets d’une entreprise qui sont examinés un à un avec l’entrepreneur : la commercialisation, la promotion, la tenue de libres, la capacité de faire de véritables budgets et états financiers, etc. Quand leur projet est terminé, ces entrepreneurs sont vraiment prêts à voler de leurs propres ailes.

Nous avons également un volet préprojet ou pour 500 euros (hors taxe) par mois, un candidat à l’entrepreneuriat peut louer une place dans nos locaux et apprendre comment présenter un projet susceptible d’être choisi.

MN : Avez-vous des projets de livre numérique ou interactif?

NR : Pas à l’heure actuelle, car il n’y a pas de marché. Même les applications ne se vendent plus sauf en modèle « freemium ». Quelque chose qui marche vraiment bien c’est le modèle Webtoon qui permet de lire un manga en mode vertical sur un portable (téléphone cellulaire). Le Webtoon constitue un marché de 700 milliers d’euros en Corée comparé au marché total de la bande dessinée en France qui représente 400 millions d’euros. Le Webtoon est surtout l’apanage des 15 à 25 ans. L’entreprise française la plus connue dans ce domaine est Delitoon.

Un modèle crédible pour nous au niveau contenu c’est la complémentarité : papier et numérique. Le papier vend et finance l’application.

 

 

 

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