Entrevue: Guillaume Déziel, une toute nouvelle approche technologique pour commercialiser le livre numérique.

G Déziel écran

Le nom de Guillaume Déziel est connu dans le milieu québécois de la culture numérique. Ses approches novatrices en matière de marketing numérique ont fortement contribué à assurer le succès commercial du groupe musical Valaire.

Devenu consultant,  il continue d’œuvrer au sommet de l’innovation commerciale numérique et a entrepris plusieurs projets liés à la chaine de blocs (« blockchain ») à travers sa nouvelle entreprise IPtoki (pour Intellectual Property Token).

Présente sur GitHub, le repère des programmeurs, IPtoki n’a pas encore de fenêtre Web publique et son plus gros projet demeure temporairement confidentiel, mais Guillaume Déziel a néanmoins accepté de répondre aux questions de Mammouth concernant IPtoki et le rôle de la chaine de blocs pour le livre numérique.

Avec un accent particulier sur le rôle joué par un nouvel élément de la chaine de blocs appelé à devenir incontournable pour l’édition : le « token » ou jeton.

MN : Comment pourrait-on brièvement présenter la tokenisation?

GD: La tokenisation concerne la propriété intellectuelle des contenus numériques. Ce sont le token ou jeton est l’identifiant unique d’un acte numérique reliée à la gestion de ces contenus. Comme un achat ou une déclaration de propriété.

NM : Quel rôle y joue la chaine de blocs?

GD : La chaine de blocs est un grand registre distribué. C’est d’ailleurs littéralement une base de données distribuée qui marque de manière indélébile chaque transaction et en fait automatiquement autant de copies qu’il y a d’ordinateurs dans la chaine.

J’ai produit un article qui explique de manière simplifiée ce qu’est la chaine de blocs. Une transaction sur la chaine de blocs ne peut être falsifiée, modifiée ou altérée et demeure pérenne. Puisqu’elle est distribuée, elle est également transparente : tout le monde peut la voir. Avec la tokenisation, la chaine de blocs permet d’authentifier de manière formelle qui est propriétaire d’in contenu numérique.

NM : On voit maints cas de piraterie à l’heure actuelle dans le commerce du livre numérique. Qu’est-ce qui empêcherait par exemple une ferme de contenus en Russie d’inscrire dans la chaine de blocs tous les contenus d’une maison d’édition ou d’auteurs et d’ainsi se les approprier?

GD : Ce serait montrer ainsi qu’ils sont des voleurs! La chaine de blocs sert à développer de bonnes pratiques dans le commerce électronique. Elle n’amène pas un problème technique. S’Il y a piraterie, c’est un problème juridique. Ça reste aux auteurs ou aux éditeurs à intenter des poursuites pour faire valoir leurs droits.

Oui des contenus peuvent être copiés sur le web. Mais Internet même est une gigantesque photocopieuse. Le système a été créé durant les années 60 afin de préserver l’information en cas d’attaque nucléaire. Le gramophone permettait également une copie mécanique d’un acte musical.

L’évolution numérique entraine effectivement des ajustements, mais ne crée pas les actes de piraterie.

D’ailleurs, le token ou jeton est une approche technologique formelle pour affirmer l’authenticité d’un contenu. Plus encore, il peut être utilisé pour garantir la rareté du même contenu. Par exemple, avec un contrat intelligent (« smart contract »), je peux décider qu’il n’y aura que mille copies de mon livre numérique et en distribuer les droits et/ou les revenus entre l’auteur, l’éditeur et tous les autres maillons de la chaine du livre. Laquelle chaine se transforme alors pour devenir plutôt un carrousel du livre.

Pour chaque vente d’un exemplaire d’un livre numérique, le jeton redistribue les revenus à chaque ayant droit.

NM : La tokenisation peut servir pour quels types de contenus?

GD : Tous les contenus. Nous pourrions même décider de tokeniser un café en décidant que tous ceux qui y achètent sont en même temps ses propriétaires.

Seulement, il faut se rappeler qu’il doit y avoir une limite fixe au nombre de jetons comme de propriétaires afin que le contenu conserve sa valeur. Si au départ il a été décidé qu’il y aurait 1000 propriétaires et que chaque jeton valait 100$, ces limites ne peuvent être dépassées par la suite. Chaque jeton peut être revendu par contre.

Le jeton permet donc de revendre sa copie d’un livre numérique. La chaine de blocs enregistre de manière indélébile la transaction. J’ai revendu ma copie, donc elle ne m’appartient plus. Même si elle est numérique et théoriquement copiable à l’infini, la chaine de blocs a validé que je n’en suis plus le propriétaire puisque je l’ai revendue à X, nouveau possesseur unique de l’exemplaire.

NM : Quel rôle va jouer IPtoki dans tout cela?

GD : IPtoki est un fournisseur de services technologiques. Je me considère moi-même comme un « Blockchain Product Owner ». Je possède des produits créés à partir de la chaine de blocs.

Il y aura toujours quelqu’un pour briser un pare-feu en informatique. Pour moi il faut assurer la sécurité des données en les distribuant. Entreposées dans la chaine de blocs, elles sont à la fois pérennes, transparentes et infalsifiables.

Si je prends un domaine que je connais, la musique, l’objectif d’IPtoki est de servir les intérêts des artistes et des utilisateurs en produisant des approches qui tiennent compte de leurs besoins et de ceux de l’industrie.

À l’heure actuelle nous travaillons sur le projet Smart Split. Ce projet inclut les acteurs principaux de la musique au Québec et plusieurs au Canada du point de vue créatif. L’objectif est de mettre sur pied une plate-forme qui va permettre la distribution automatique et transparente des droits et des revenus entre les différents acteurs, en recentrant également ce partage vers les créateurs; ceux qui produisent. En parallèle, la plateforme va permettre de produire et gérer les métadonnées indispensables à la découverte des oeuvres dans l’univers numérique.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s