L’argent de l’édition média au temps des médias sociaux

Peut-on parler pour l’édition, surtout les journaux et les magazines, de nouveaux modèles d’affaires? Le web et le 2.0 en offrent plusieurs ces temps-ci. Mais bon, depuis 1995 que Mammouth suit l’évolution de l’économie des contenus numériques une seule constante s’est imposée : on cherche toujours la solution magique.

Avec un très sérieux bémol qui s’impose cependant: oui, clairement, le contenu numérique souffre depuis le début sauf que depuis ce début le modèle d’accès à  tout ce qui est Internet fonctionne à l’envers : ce qui a de la valeur; le contenu, doit être gratuit pour que ce qui n’en a pas ou très peu; l’accès, soit vendu à prix d’or. À l’heure actuelle Jos Public paie une petite fortune pour accéder à l’Internet. Il ne veut pas payer une deuxième fois pour les contenus. Il croit justement qu’il vient de le faire.

Il en coûte 1 cent (un centime d’euro) environ pour produire un gig de bande passante.

Les analyses diffèrent par leur contenu

Un exemple ici, un autre et enfin un dernier Mais dans l’ensemble elles concordent toutes; il en coûte très très peu pour produire de la bande passante et notamment en Amérique, les profits des télécoms équivalent à plusieurs centaines de fois la dépense. Vendu à un prix raisonnable, 2 euros / 2 dollars par exemple, l’accès mensuel dégagerait la voie vers une économie des contenus dont les effets d’entrainement pour un pays seraient infiniment plus profitables que la situation actuelle.

La solution la plus simple consiste à nationaliser l’accès à Internet ou à proposer une société d’État qui offre le service à coût réel, mais aucun gouvernement n’ose pour l’instant s’aventurer sur cette voie histoire de ne pas déplaire à l’hypercapitalisme.

Comme les changements viennent souvent d’un endroit d’où on ne les attendait pas, les grandes villes vont peut-être forcer la donne en continuant à étendre leurs réseaux sans-fil. Il ne s’en faut pas de beaucoup au fait…

En attendant le retour possible au sens commun, que nous propose le numérique, source originelle du mal?

Les tentants des cryptomonnaies croient dur comme fer que la solution consiste à publier comme Medium (de l’information) ou Publica (des livres) en usant de la chaine de blocs.

Le problème consiste à savoir d’où viendrait l’argent pour alimenter le flux. Parce que l’usager reste aux prises avec un coût d’accès au web absolument prohibitif. Peu importe la forme; « propriété » « pourboire » ou achat, le convaincre de payer pour du contenu va être difficile. Mais puisque les plateformes d’édition en mode cryptomonnaies sont nombreuses, voyons ce que sera leur évolution. L’expérience est en place.

Un journal montréalais, La Presse, a innové (et choqué) en devenant une corporation à but non lucratif et en sollicitant de l’aide financière de l’État. La transformation du journal du papier au numérique a été un succès du point de vue des publics, mais les annonceurs ayant été ramassés par les agences de placement média et les GAFAs, il n’y a plus de revenus.

La démarche soulève de nombreuses questions et surtout, peut-être être répétée pour plusieurs journaux? Il serait étonnant que le public puisse en soutenir plusieurs à lui seul. Ça n’a jamais été le cas dans l’Histoire. Comme les journaux de la fin du 19e et de la première moitié du XXe siècle sont de véritables plateformes transactionnelles où toutes les formes de commerces s’annoncent, un éditeur média peut-il s’accoler avec une plateforme commerciale en bonne et due forme? C’est le pari que fait le mensuel culturel Voir au Québec avec sa plateforme et boutique .

Blogue encore modeste, mais très en vue, celui du journaliste Richard Hétu L’Amérique dans tous ses états se finance à même des collectes de fonds auprès de ses usagers. Comme les coûts sont beaucoup plus modestes que pour tout un journal, l’usager est conforté par le fait que son 5 euros / 5 dollars va permettre la continuité de son blogue préféré ce qui ne serait bien sûr pas le cas avec un journal au complet. Depuis 2 ans en tous cas, cela semble bien fonctionner.

D’autres médias ou des journalistes se financent à partir de Patreon et c’est le cas de Gaslight Nation

Comme vous le constatez, les modèles ne manquent pas et ces expériences méritent d’être suivies de près. Les éditeurs de livres se trouvent dans une problématique différente, quoique certains ne détesteraient pas avoir accès à un Kickstarter ou essayer un Publica

Mais leur problème est surtout de faire en sorte que les publics trouvent leurs livres. Comme Facebook et Instagram ont dramatiquement réduit la portée des publications et donc de l’efficacité des comptes que les éditeurs y aient, il leur faut trouver de nouvelles solutions.

En France il existe probablement assez d’éditeurs pour que leur regroupement éventuel leur permette d’exercer un rôle d’agence de placement médias. Peut-être qu’une relation plus étroite avec les multiples blogues d’amateurs de littérature serait également profitable.

Le distributeur numérique De Marque, qui opère en Europe et au Québec a mis sur pied un service de promotion pour ses éditeurs clients, service qui va au-delà de la diffusion des algorithmes et inclut une véritable équipe marketing en chair et en os. Mais il faudrait interviewer des éditeurs pour savoir si le service est efficace. Ce serait une idée à suivre.

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