Nouveau rapport sur les revenus des auteurs : Ouch!

Dre Larson

 

La Authors Guild (Américaine) a confié à une spécialiste, la doctoreure Christine Larson, la tâche de mener une enquête en profondeur sur le statut de l’auteur au 21e siècle. Le rapport, disponible gratuitement ici est abondamment commenté sur The Literary Hub.

Parmi les principales constatations : en 2017, 54% de ceux qui se considèrent auteurs à temps plein gagnent moins que le seuil américain de la pauvreté fixé à 12,488 $ (11502 euros ou 16 526 dollars CAN). 23% d’entre eux n’ont obtenu aucun revenu de leurs livres cette année-là. Les auteurs littéraires seraient les plus sévèrement touchés avec une baisse de 46% de leurs revenus dans les cinq dernières années.

Les données en provenance du Canada et du Royaume-Uni révèlent que le même scénario de pauvreté afflige les auteurs canadiens et britanniques. En parallèle, la Dre Larson prend le soin de souligner que de 2017 à 2018, le nombre de livres autopubliés à atteint le sommet de 1,6 million de titres en douze mois. Et ce, seulement pour les livres dont les auteurs se sont donné la peine de se procurer un ISBN. Cette surabondance constitue un net facteur de perturbation dans le marché actuel.

Parmi les facteurs aggravants, la Dre Larson souligne l’habitude prise par de plus en plus d’éditeurs de ne payer des royautés que sur les revenus nets acquis plutôt que sur le prix de vente au détail et la cession au rabais de titres aux marchands.

La disparition de nombreux journaux et magazines et les difficultés économiques subies par ce secteur de l’édition nuit également aux auteurs qui traditionnellement, pouvaient s’appuyer sur des revenus complémentaires provenant de leur collaboration avec la presse.

Parmi ses recommandations afin de pallier à la situation, la Dre Larson recommande aux auteurs de se regrouper et de travailler de concert afin de lutter notamment contre les bas prix systématiques offerts par les Kindle de ce monde, qui habituent selon elle les lecteurs à considérer que le travail des auteurs ne vaut rien.

Entrevue avec Bellingcat

Bellingcat

Bellingcat est ce webzine connu internationalement, nouveau modèle du reportage d’enquête entièrement numérique, dont nous avons récemment parlé sur Mammouth. Son éditeur (plus précisément: Executive Director) a gentiment accepté de nous accorder une entrevue sur les aspects éditions numérique du webzine.

 

Mammouth numérique (MN) : Quel est le modèle d’affaires de Bellingcat ou comment êtes-vous économiquement en mesure de faire votre travail?

Bellingcat (B) : Nous avons passé la dernière année à mettre sur pied une organisation caritative aux Pays-Bas et à y déménager en même temps nos opérations qui se trouvaient auparavant au Royaume-Uni. Opérer en tant qu’organisme de charité y était malheureusement impossible.

30% de nos revenus proviennent des ateliers que nous donnons et le reste de bourses et remises par des organisations variées dont la liste se trouve sur notre site. Comme organisme de charité, nous avons l’obligation de promouvoir un très haut niveau de transparence et notre fonctionnement est revu sur une base régulière par des organismes indépendants. ce processus est indispensable à la fois pour les organismes qui nous épaulent financièrement mais également pour contrer les fausses accusations et les rumeurs de toute nature qui servent à mettre en doute notre travail. Comme nous accuser par exemple de recevoir de l’argent des services d’espionnage de l’un ou l’autre pays.

Nous étudions également la possibilité de mettre sur pied une compagnie de production qui réaliserait des documentaires à partir de nos enquêtes. Nous pourrions élargir notre assiette financière de cette manière.

MN : Comment sont payés ou compensés les journalistes et collaborateurs du webzine?

B : Durant la dernière année nous sommes passé d’une demi-douzaine d’employés et de quelques douzaines de collaborateurs bénévoles à plus de 20 employés à temps plein, la plupart venus du bassin de volontaires avec lequel nous travaillons depuis des années.

MN : Quelle est votre politique au sujet de la publicité sur Bellingcat?

B : De manière générale je préfère ne pas accueillir de publicités. S’il y a de la promotion c’est pour l’un de nos produits, par exemple un atelier, un podcast ou un autre évènement. Je ne crois pas que nous ayons des statistiques d’utilisation suffisantes pour nous permettre de survivre avec la publicité. En parallèle, je ne veux pas que nous devenions dépendant de la pub et me mettre à courir après des annonceurs avec moins de temps à consacrer à la qualité du contenu.

MN : Est-ce que votre salle de rédaction est entièrement virtuelle? Comment s’organisent la collaboration et la coordination du personnel pendant une enquête? Par exemple l’enquête sur l’avion ukrainien abattu au-dessus de Téhéran?

B : Nous produisons beaucoup sur la plateforme Slack, quoique nous ayons maintenant un bureau à La Hague où une partie de notre personnel travaille désormais et nous avons également davantage d’occasions de nous rencontrer en personne pour travailler.

MN : Comment protégez-vous vos opérations contre le hacking et l’espionnage?

B : Je ne peux aller dans les détails mais nous utilisons une méthode de vérification en deux étapes avec Ubikeys et d’autres éléments du genre.

MN : Croyez-vous que votre formule de financement et votre modèle de reportages et d’enquêtes soient éventuellement pérennes?

B : Je l’espère! Nous sommes une petite organisation aussi la question essentielle pour nous est de savoir jusqu’à quel point nous pouvons grandir [NDLR : « scalability »]. Nous sommes limités dans ce que nous pouvons faire au niveau de la formation, en ce qui concerne l’acquisition de revenus, ce qui signifie que nous devons compter sur les bourses et les donations. Notre stratégie de croissance est basée là-dessus.

MN : Comment vos usagers réagissent-ils à votre travail?

B : Généralement de manière très positive, quoiqu’il existe une communauté enligne qui s’est convaincue elle-même que nous étions partie prenante à un sombre complot d’espionnage, mais c’est malheureusement la nature actuelle du discours enligne.

MN : Avez-vous des objectifs en terme d’usagers, de visites, etc?

B : Pour être franc il importe peu que nous ayons 100 ou un million de visiteurs dans une journée car nous ne dépendons pas de la publicité et ce n’est donc pas quelque chose qui m’inquiète. Nous voulons simplement réaliser des enquêtes de très haut niveau et notre travail est souvent cité par des organisations média, de telle sorte qu’il ne nous est pas nécessaire que notre site soit très fréquenté pour entendre parler de notre travail.

Memeorandum : Un nouveau type d’actualités numériques

Memeorandum

Parfait pour l’air du temps Memeorandum publie les mèmes de l’information qui retiennent le plus l’attention, plus précisément : les sujets que les commentateurs de l’actualité politique aux États-Unis discutent le plus. Ce qui apparaît sur le site est généré par un algorithme et n’est pas filtré par des journalistes.

Memeorandum fait partie de la même famille que Techmeme et Mediagazer, tous fondé par un ancien programmeur d’Intel : Gabe Rivera, et qui font un large usage d’algorithmes pour offrir de manière simplifiée aux aficionados les nouvelles qui les intéressent.

Un wiki répertoire de fictions interactives

IFDB

The Interactive Fiction Database se consacre aux fictions interactives, il faut comprendre dans ce cas-ci ces fictions qui sont d’abord des jeux. Mais le matériel est surabondant et il s’accompagne de critiques, commentaires, recommandations qui permettent à n’importe quel auteur en narration interactive ou en mode expérimental à la recherche d’inspiration d’y trouver des idées.

 

Une plateforme logicielle de création interactive pour les auteurs

Twine

Twine peut être utilisé en ligne ou téléchargé pour travail en mode local. Il permet de créer des formes très variées de créations interactives; histoires ou concepts hybrides mêlant narration et jeu.

Entièrement gratuit, Twine se présente en mode wiki, supporté par un ensemble de fans et de programmeurs. Le logiciel publie automatiquement en mode HTML (5), permet d’ajouter du CSS, du JavaScript, des variables et des images. L’image ici présente le wiki du tutoriel, très complet, qui permet de maitriser les différentes étapes de production.

Le journalisme numérique est en plein essor

Médias 1

Ça peut sembler à contresens, mais depuis quelques années les initiatives de journalisme numérique se multiplient.

Les modèles d’affaires comme la manière de couvrir l’actualité varient d’un projet à l’autre et on peut seulement espérer que l’enthousiasme, et des gouvernements moins frileux devant les GAFA sauront pérenniser au moins quelques-uns de ces projets dont beaucoup sont excitants. Les exemples qui suivent ne prétendent pas à un tour d’horizon quelconque, ça serait une très lourde tâche.

Mais voici des exemples fascinants qui illustrent des catégories étonnantes.

Nec Plus Ultra du journalisme d’enquête numérique, le Global Investigative Journalism Network est un réseau international d’organisations de journalistes et d’enquêteurs auxquels sont liés par exemple Bellingcat et The Intercept. Le GIJN supporte par diverses initiatives le journalisme d’enquête où qu’il opère, en particulier dans les régimes répressifs.

Pour le podcast, comment ne pas mentionner Gaslight Nation  Animé par deux journalistes américaines, Sarah Kendzior et Andrea Chalupa, ce podcast parfois vitriolique analyse l’Amérique Trumpienne.

The Intercept
Principal représentant du « nouveau » journalisme d’enquête numérique, ce webzine international effectue des reportages en profondeur qui sont très remarqués et qui dérangent.

Down to Earth est un média numérique d’information axé sur les changements climatiques et publié en Inde avec un volet international. Ça change la perspective de manière étonnante!

Scholars Strategy Network est un webzine d’information où les sujets sont traités enprofondeur dans une perspective universitaire. Là aussi, comment dire, on est loin du journal traditionnel

Upworthy Là, c’est assez tordu : Upworthy est un site de nouvelles en bonnes et dues formes. Des nouvelles diverses qui ont pour point commun d’être des « feel good stories ». Lorsque l’on fouille cependant, une agence de marketing apparait derrière : Good
Good se donne pour mission de pousser les entreprises en direction du Bien, rien de moins.

À part : Epic Media propose des reportages sur des sujets extraordinaires. C’est en quelque sorte le volet sport extrême du journalisme.

En français : Disclose; comme son nom l’indique, il s’agit d’un média français, qui se veut une sorte de pendant à The Intercept et autre Bellingcat. Disclose est un collectif de journalistes, photographes, juristes, etc. Comme The Intercept il produit des enquêtes et des reportages de fond.

Brief Me : Autre média numérique de France, avec derrière l’ancien DG de Rue89 https://www.nouvelobs.com/rue89/, Laurent Mauriac Brief Me est un curieux modèle entre l’infolettre, la curation de l’info et les actualités tout court. Chaque jour une équipe de journalistes trie l’information pour les lecteurs qui reçoivent une infolettre épurée de toute publicité.

Dernier mais non le moindre, Ulyces se veut le média d’information des 15 à 24 ans avec des approches inédites dans le traitement de l’actualité segmentée en volets spécifiques; les actualités « actualités », tout ce qui concerne la marijuana « Weed », les trucs insolites « Epic », l’exploration extrême en tout genre « Wild », etc.

 

 

Deuxième parution de Revue H

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Revue H 2

Vous vous rappelez Revue H, cette nouvelle revue de textes littéraires au ton frais et caractérisée par son appartenance monde des plateformes de publication en mode cryptomonnaies?

Hé bien le numéro deux vient tout juste de sortir. Sous la direction de Boris Nonveiller, et outre un éditorial, Revue H offre à la découverte les textes suivants :

Miniporno d’Amélie Durand

Hyperprison d’Hélène Laforest et Alexandre Roy

Qui dolorem ipsum quia dolor sit amet de Phillipe Labarre

Le jour où une Intelligence Artificielle intenta un procès et ce qu’il en advint d’Anthony Boulanger

Mise en page surréaliste d’Édith Pineault

Ce que le jour a fait de moi de Louis Marc Lambert

À l’arrière des trains de Hugo Fréjabise

Il vaut la peine de jeter un oeil sur cette revue nouveau genre qui expérimente avec audace et qui fait office de pionnière.

Florilège : livres à colorier numériques des musées

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Coloriage

 

Parfois le bonheur techno vient des choses simples.

Comme le signale l’auguste institution du Smithsonian, l’événement annuel #ColorOurCollections est en cours et plus d’une centaine de musées déjà l’ont rejoint. Ils proposent à leurs usagers sur les médias sociaux des albums à colorier numériques produits à partir de leurs collections.

Ce n’est rien de technologiquement spectaculaire, mais la quantité et la qualité des images numériques proposées par autant d’institutions variées valent largement le détour. La liste complète des propositions des musées est disponible ici

 

Remettre aux créateurs le contrôle de la distribution et des revenus de leurs créations

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Tribler

Le professeur Johan Pouwelse de la Delft University of Technologie, située aux Pays-Bas travaille depuis 15 ans sur un projet particulier du nom de Tribler, la seule plateforme BitTorrent véritablement décentralisée, par où peuvent transiter de manière confidentielle et sécuritaire les fichiers de créations culturelles.

Dans le cadre de leur programme de recherche sur un « Internet de la confiance » (Internet of Trust), les universitaires de la Delft University of Technologie ont reçu 3,3 millions d’euros (environ 5 millions $ canadiens) dont une bonne partie va aller au professeur Pouwelse et Tribler.

Tout ce qui s’appelle producteur, éditeur et distributeur a en horreur le concept derrière BitTorrent système informatique d’échange privilégié par les pirates de contenus. Mais pour le Professeur Pouwelse, il s’agit plutôt d’offrir aux artistes la possibilité d’éliminer les puissants intermédiaires de l’industrie du divertissement afin de récupérer les revenus de leurs créations et de contrôler ainsi entièrement leur destinée artistique.

Le Professeur Pouwelse croit que la combinaison du format de partage BitTorrent avec la chaine de blocs (Blockchain), qu’il vient d’ajouter à son protocole, va enfin permettre aux artistes de réaliser ce vieux rêve de contrôler eux-mêmes leur distribution et leur carrière.

Il s’agit certainement d’un projet à suivre.

Un lecteur e-book en mode open source

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open project

Le webzine techno Gizmodo signalait récemment l’apparition prochaine sur le marché d’un lecteur e-book en mode open source et totalement débarrassé des restrictions que les entreprises y mettent, y compris la surveillance des habitudes de lectures de leurs clients et usagers.

Le Open Book Project est apparu dans le cadre d’un hackaton mis sur pied par Hackaday une communauté de développeurs de matériel informatique et par Diki-Key, un distributeur de composantes électroniques. Diki-Key va d’ailleurs assurer la production d’une première fournée de ces lecteurs au look très dépouillé qui laisse voir la partie électronique comme la photo permet de le constater.

Construit à partir des micro-ordinateurs d’Adafruit Feather, lui-même dérivé d’Arduino, le lecteur de l’Open Book Project offre le grand avantage de pouvoir être aménagé cousu main par quelqu’un qui a un minimum de connaissances dans l’électronique de type Arduino. Les services de base comprennent un écran de 400 X 300 pixels, très modeste comparé à ses concurrents, mais consommant très peu d’énergie, une prise pour des écouteurs et un microphone avec un algorithme d’intelligence artificielle offrant la possibilité de commandes vocales. Une entrée pour une carte microSD permet à l’usager du lecteur d’y insérer tous les textes et livres numériques qu’il souhaite, sans aucune restriction.

Reste à connaître le prix, la date de sortie et la quantité de ces lecteurs qui seront disponibles.