Écrire devient un luxe

Dirty Secret

Nous avons récemment publié un article sur les coûts imposés aux auteurs par certaines activités pourtant indispensables comme participer à des conférences.

 

Un article publié fin février dans The Guardian et repris en français par ActuaLitté, intitulé: ‘A dirty secret: you can only be a writer if you can afford itpose sans ambages que l’écriture est dorénavant un luxe réservé à ceux qui peuvent se le payer. L’autrice, Lynn Steger Strong mentionne que le revenu médian des auteurs/trices américain(e)s; 6, 080,00 $ US (5449.50 euros ou 8 229,00 $ Can.) en 2017 représentait une baisse considérable par rapport aux 10 500,00 $ US (9411.14 euros ou 14 211,00 $ Can.) de 2009 (et ce, sans tenir compte de l’inflation).

Madame Steger Strong souligne dans son analyse que pour écrire l’auteur ou l’autrice doit disposer de revenus confortables, d’un héritage ou du support financier indéfectible de ses proches, en particulier si l’auteur a aussi des enfants. Écrire coûte très cher parce que ça demande du temps. Faute de support financier extérieur, il faut pouvoir profiter d’un emploi à horaire flexible suffisamment rémunérateur pour laisser à la création deux jours par semaine du lundi au vendredi, afin de travailler à l’écriture.

Ce qui nous amène à nous demander; dans une industrie le livre, où absolument tout se calcule du coût d’impression du livre et du graphisme, au coût la distribution et de la publicité en passant par le coût de l’espace occupé par un titre sur les étagères des librairies, etc.; pourquoi les auteurs et les autrices n’évaluent pas le coût de leurs efforts?

Pourquoi doivent-ils toujours penser en terme de gratuité et d’amour de l’art alors qu’ils sont les seuls à le faire? Le salaire horaire moyen en France, selon l’INSEE et tel que rapporté par Articque s’établit à 12,8 euros (soit 19,32 $ Can.).

Supposons un auteur qui travaille trois jours semaine, juste assez pour se maintenir à flot vis-à-vis le paiement du loyer, l’épicerie, les charges. Bref, le créateur en question réussit dans une année à consacrer 350 heures à son travail d’écrivain.

Ce qui fait un investissement de 4 480 euros (6 765 $ Can.) dans son projet de livre. Au tarif horaire médian bien sûr. Maintenant, quelles sont les chances de cet auteur de récupérer les coûts de son investissement? Ou même la moitié?

À peu près nulles. Ce tableau infographique publié par ActuaLitté en 2016 montre qu’en 2013, 101 600 auteurs avaient reçu une forme de rémunération pour leur travail d’écrivains. Le chiffre n’inclut évidemment pas les auteurs n’ayant rien reçu. Parmi les 101 600, 5 000 d’entre eux ( un peu moins de 5%) avaient gagné suffisamment; 8 649 euros (13,060,00 $ Can.) et plus, pour devenir affiliés à l’Agessa qui gère le volet sécurité sociale des auteurs.

Est-ce que l’effort littéraire devrait se limiter à la comptabilité? Non bien sûr, mais il devrait l’inclure. L’écriture est un travail à très haut risque sur le plan financier et il n’est pas certain que la satisfaction de créer quelque chose compense pour les déceptions de ne pas voir son livre publié, ou de le savoir négligé par son éditeur, de savoir qu’à peine deux ou trois douzaines de copies se sont vendues ou que le livre créé avec tant de peines a eu droit de cité sur les rayons des librairies pendant 10 jours avant d’être remplacé par un autre. Pour que son existence soit justifiée, le livre demande le regard des autres, le regard des lecteurs. Nous voulons dire par là, plus que deux ou trois douzaines de ces lecteurs. Et trop souvent les publications passent de l’imprimerie au pilon sans ce regard.

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