Quand le virus menace la petite édition

50% des éditeurs

Un reportage dePublic Sénat en France fait état du fait qu’environ la moitié des petites maisons d’édition du pays pourraient succomber aux répercussions économiques de la pandémie causée par la Covid-19.

La baisse des ventes en librairies, la fermeture des salons où ces maisons avaient l’habitude de faire une part appréciable de leur chiffre de vente, et l’incapacité de publier de nouveaux livres figurent au premier rang des facteurs négatifs.

En parallèle, c’est vrai surtout au Québec, mais aussi en France, une bonne part des éditeurs ont atteint ou dépassé l’âge de la retraite. Trouver un repreneur capable de continuer leur travail était déjà une tâche difficile dans un marché ébranlé par le numérique. Mais le contexte actuel signifie non seulement que les investisseurs possibles ont fort probablement nettement moins de possibilités ou d’appétit pour investir, mais également qu’une petite maison d’édition devient également une opération beaucoup plus à risque.

Nous ne savons pas encore exactement ce que seront à long terme les conséquences de la pandémie sur l’édition et la chaine du livre, mais nous savons déjà que de profonds changements auront lieu. Le virus risque d’avoir davantage affecté le livre que près de 30 ans de numérique.

Est-ce une mauvaise chose? Pas entièrement. Le milieu du livre a certainement besoin de renouvellement. Il y a néanmoins une quantité d’expertise considérable qui risque de disparaître.

Le Book Industry Study Group : pour soutenir le livre en temps réel

BISG

 

Le BISG pour reprendre son acronyme a été formé en 1975 aux États-Unis. L’organisme regroupe des éditeurs de tous les horizons, mais aussi les autres acteurs de la chaine du livre; libraires, imprimeurs, distributeurs, revendeurs, etc. Tous sauf les auteurs.

Le groupe constitue un exemple d’organisation concrète dont sont friands les Anglo-saxons, capable d’agir de manière ad hoc pour analyser une situation quelconque et proposer une analyse et des solutions. Il propose par exemple une série de webinaires sur des sujets pratiques pour les éditeurs.

Parmi les sujets: comment démystifier les mots-clés qu’utilise Amazon, faire le point sur les normes du W3C concernant le livre audio, gérer les métadonnées, expliquer la chaine de blocs, etc.

Le BISG n’avait pas produit d’étude majeure depuis 2014, mais tel que rapporté par l’excellent webzine Actualitté il s’est récemment penché sur les conséquences actuelles de la crise pandémique sur le livre, avec d’abord un sondage destiné aux membres, suivi d’une discussion collective enligne tenue le 9 avril dernier. Un sujet commun : comment renforcer la chaine du livre.

Dans le flux des réponses, une évidence s’est dégagée : le livre numérique constitue à l’heure actuelle un filet de protection inattendu pour les éditeurs et les libraires. Inattendu parce que le live numérique a toujours été un encombrement plus qu’une solution pour le monde du livre.

Mais la Covid-19 agit comme un révélateur : dans un monde en changement constant, le livre numérique est un produit accessible facilement et en tout temps.

Si la chaine du livre américaine décide que le livre numérique ce n’est pas seulement pour Amazon, les changements à survenir pourraient avoir de fortes répercussions sur l’univers francophone de l’édition.

Abolition de la taxe de 20% sur les livres et les médias numériques au Royaume-Uni

Guardian

Après une campagne soutenue, le gouvernement britannique va finalement abolir sa taxe de 20% sur les livres (sauf les livres audio) et les médias numériques (comme les journaux). C’est ce qu’annonçait en mars dernier The Guardian.

C’était à la mi-mars, la Grande-Bretagne n’était pas encore en mode pandémie, mais il faudra voir dans les prochaines semaines si cette abolition a pu avoir un effet bénéfique sur les ventes de livres numériques.

Twitter et nous

EFF

Twitter a récemment avisé ses usagers de modifications à ses règles concernant la protection de leurs informations.

Vous avez sans doute vu apparaitre ceci sur votre compte Twitter:

An update to your data-sharing settings
The control you have over what information Twitter shares with its business partners has changed. Specifically, your ability to control mobile app advertising measurements has been removed, but you can control whether to share some non-public data to improve Twitter’s marketing activities on other sites and apps. These changes, which help Twitter to continue operating as a free service, are reflected now in your settings. Learn more.

 

L’Electronic Frontier Foundation organisme à but non lucratif dédié à la protection des droits des usagers numériques explique dans une analyse éclairante ce que signifient ces modifications.

En gros, dans le passé les annonceurs de Twitter profitaient d’un défaut de configuration qui leur permettait d’utiliser les données des usagers afin de les identifier et éventuellement de les pister plus facilement. Ce défaut avait été corrigé il y a quelque temps par les équipes techniques de Twitter qui a vu ses revenus publicitaires baisser par la suite.

La ligne des profits faisant foi de tout dans le monde des médias sociaux corporatifs, Twitter a donc modifié ses règles afin de revenir à la situation prévalant avant ses corrections et ses usagers ne peuvent plus choisir que leurs données ne soient pas partagées avec des tiers.

Sauf en Europe, où des lois protégeant la vie privée des usagers et leurs données existant. Ailleurs, aux États-Unis et au Canada notamment, c’est le laisser-faire total.

L’Electronic Frontier Foundation conclut à la nécessité d’avoir des lois protégeant les usagers. On se demande pourquoi une telle évidence n’a toujours pas trouvé écho auprès des gouvernements.

Soutenir les journalistes, abandonner les journaux

NYTimes

En réponse aux problèmes financiers qui affectent les médias d’information, un mouvement récent aux États-Unis préconise une approche radicalement différente : supporter financièrement les journalistes plutôt que les publications pour lesquelles ils travaillent.

Dans un article récent, le New York Times aborde la question de la stratégie qui devrait guider les investisseurs intéressés aux médias d’information. Le titre percutant résume le débat : Bail Out Journalists. Let Newspaper Chains Die. Sauver les journalistes et laisser les chaines de journaux mourir.

C’est ce que préconise, parmi d’autres, une intervenante de poids lorsqu’il s’agit de trouver des fonds pour rescaper des journaux, Elizabeth Green. Madame Green est également cofondatrice et rédactrice en chef de Chalkbeat, une organisation média qui couvre l’éducation, et plus particulièrement, les efforts faits pour améliorer l’accès des enfants pauvres à une éducation de qualité.

Dans l’exposé que fait Madame Green au New York Times, elle conclut après une analyse mûrement réfléchie, fondée sur la possibilité concrète d’acquérir des journaux et des chaines de journaux à travers les États-Unis, que le modèle d’affaires actuel est désormais mort et enterré.

L’approche de Madame Green consiste à conserver les valeurs du journalisme, préserver les journalistes, et se débarrasser des actionnaires, des fonds d’équités et d’un modèle d’affaires qui n’a plus cours. Mieux vaut à la place supporter financièrement les journalistes à travers des réseaux légers de petites salles de nouvelles numériques consacrées aux nouvelles locales, le maillon le plus important pour les communautés et le plus vital pour la démocratie.

Pour amasser des fonds, elle a cofondé une organisation philanthropique The American Journalism Project qui finance de nouveaux modèles de médias axés localement.  Parmi les exemples, citons : le City Bureau à Chicago, le Mississippi Today, et le VTDigger au Vermont.

 

Est-ce que le livre numérique prend du mieux?

LA Times

Voici quelques informations, pour l’instant éparses, qui laissent à penser que le coronavirus a – peut-être – une influence positive sur les ventes de livres numériques.

Le webzine Livres Hebdo signale d’abord qu’en France, le livre numérique démultiplie ses ventes depuis les fermetures des librairies en mars avec des augmentations, spectaculaires de l’ordre de 75 à 200 % d’augmentation selon les cas.

Toujours selon Livres Hebdo le marché espagnol du livre numérique et audio progressait déjà de 35% en 2019. Ce qui est considérable. Les ventes par abonnements étaient par ailleurs en croissance dans le secteur.

Aux États-Unis dans un article coup de point intitulé How the coronavirus will change book publishing, now and forever, le Los Angeles Times mentionne que le site récemment lancé Bookshop.org qui supporte les librairies locales a accru ses ventes globales (papier et numérique) de 400%. Rakuten Kobo obtient des ventes comparables à celles de la période des Fêtes et le site Libro.fm qui vend des livres audio à travers les librairies indépendantes rapporte lui des ventes de niveau record, mais sans plus de précisions.

Le magazine Forbes mentionne par ailleurs les nombreuses initiatives prises pour offrir des livres numériques gratuits. Par exemple Scribd ouvre son catalogue gratuitement pour une période de 30 jours

Il n’y a pas pour l’instant de chiffres spécifiques venant du Canada. Bien sûr, les libraires font en général des efforts particuliers, comme ailleurs pour vendre des livres numériques. Mais en raison de l’appui du gouvernement canadien aux petites entreprises, les libraires risquent d’être moins touchés au Canada qu’ailleurs et l’écosystème du livre davantage y être davantage préservé.

Webinaires gratuits sur l’édition numérique

Daisy

L’organisation Daisy Consortium a été formée par des groupes de librairies spécialisées en 1996 afin de promouvoir le livre numérique parlé. Ce qui réunit les diverses organisations à but non lucratif qui composent Daisy c’est de faciliter au maximum l’accès au livre numérique, notamment pour les personnes présentant des handicaps.

Tout au long d’avril et de mai, avec possibilité de prolongation après, Daisy offre en anglais, des webinaires gratuits constituant autant d’outils pour apprendre à éditer et publier en mode numérique.

On peut trouver ici la liste des webinaires

Parmi ceux disponibles :

– Comment créer des EPUB

– Comment utiliser les assistants vocaux qui existent déjà dans les ordinateurs, tablettes de lecture ou téléphones pour lire des livres numériques pour les personnes ayant des handicaps ou les téléphones.

– Comment présenter des concepts mathématiques en mode numérique.

Dans la foulée, grâce à une collaboration avec Microsoft, Daisy a créé un nouvel outil WordToEPUB, qui permet justement de produire des EPUB directement à partir de Word. L’outil est disponible gratuitement.

Ce qu’Amazon sait de ses lecteurs

Amazon

 

Le superbe The Guardian, journal anglais qui porte une attention soutenu au livre numérique, publiait récemment un article de l’un de ses collaborateurs spécialisés en technologie à propos de toutes les données qu’Amazon amasse sur ses lecteurs.

Kari Paul profitant d’une toute nouvelle loi californienne protégeant la vie privée a demandé à Amazon de lui donner accès à toutes les données que l’entreprise avait accumulées sur lui.

En dehors des fichiers attendus : historique d’achats, adresses de facturation et d’envoi, etc., il a également déniché deux fichiers Excels de 20 000 lignes chacun, détaillant avec minutie ses habitudes de lecture sur l’application Kindle installée sur son iPhone.

Par exemple le moment exact où il a commencé à lire un livre précis et celui où il s’est arrêté. Chaque période de lecture sur chaque livre est ainsi soigneusement consignée de même que les passages soulignés et ceux copiés sur le clipboard du iPhone ou même les recours au dictionnaire de Kindle.

Inutile pour le fonctionnement de l’application, cette masse de données, additionnée à celles d’autres lecteurs et soumise à des algorithmes de corrélation peut donner des résultats que l’individu normal est incapable de prévoir et comprendre souligne Kari Paul. D’où le danger à laisser aller ce type de pratique sans l’encadrer peut-on conclure.

Entrevue avec Maia Sylba, éditrice de Musetouch

Musetouch 1

 

Musetouch, webzine sophistiqué d’arts visuels existe depuis 10 ans. Nous y avons consacré un article récemment.

À chaque édition Musetouch trouve le moyen de surprendre avec des images d’une extraordinaire beauté créées par des artistes hors du commun. Après un hiatus de quatre ans, le webzine redémarre et son éditrice, Maia Sylba, nous a gentiment expliqué le fonctionnement de sa publication qui se distingue dans l’univers des magazines numérique par sa longévité, son élégance et ses nombreux fans.

 

Mammouth numérique (MN) : Quand avez-vous publié Musetouch pour la première fois?

Maia Sylba (MS) : la première édition est parue en 2010, le 22 août pour être précis. C’était une sorte de publication expérimentale, je n’étais pas certaine moi-même de ce que je voulais faire ni de quelle manière présenter mes objectifs et mes rêves aux usagers. Au final tout s’est bien passé. Les usagers étaient ravis.

MN : D’où est venue l’idée de créer un magazine sur les arts visuels?

MS : Je ne l’ai pas planifié du tout. Ça s’est produit d’une façon un peu étrange, sans réelle intervention de ma part. Un jour sur Internet, j’ai rencontré un peintre et artiste qui semblait attiré par mon prénom. Il disait le trouver à la fois simple et court, mais également signifiant. Il m’a demandé mon autorisation pour lancer des groupes d’arts sur Facebook en usant de mon prénom. La démarche paraissait intéressante, j’ai dit oui. Il a lancé une ‘Art Gallery Maia’, ’Maia In The World’, ’Maia Art Community’ et d’autres encore. Il m’a confié un rôle d’administrateur dans chacune de ces nouvelles communautés. Je n’y prêtais pas une attention particulière, mais les usagers ont commencé à m’écrire, les artistes à me demander mon opinion à propos de leurs oeuvres et de cette manière improvisée, j’ai rencontré virtuellement à travers le monde de nombreux artistes qui sont devenus des amis à travers les années. Mon frère Dejan suggéra à un moment donné que je lance une forme de magazine qui serait consacré aux arts; à la peinture, à la sculpture à la photographie et à l’illustration avant tout. J’ai demandé à certains de mes amis s’ils souhaiteraient publier les œuvres et la réception fut excellente. De cette manière, j’ai créé la première édition, rassemblant sept artistes qui étaient tous des amis.

MN : La nouvelle parution de Musetouch en est une titanesque, et très généreuse. Pourquoi une telle ampleur?

MS : À cause de problèmes de santé dans ma famille, je n’ai rien publié durant quatre années. La nouvelle édition se nomme justement « Musetouch Resurrection ». Je crois que j’étais redevable à nos fans, à nos publics, aussi je désirais quelque chose d’énorme et ce numéro inclut 20 artistes et contiens quelque 1662 pages. Il s’agit en quelque sorte de mon cadeau à nos publics et une manière d’annoncer à tous que nous sommes de retour. À partir du mois prochain, Musetouch sera publié à chaque deux mois avec environ 500 pages par numéro.

MN : MuseTouch a d’abord été publié à l’origine sur Issuu puis en format PDF. Qu’est-ce qui a amené ce changement?

MS : Au début nous ignorions totalement sous quelle forme publier en ligne. Mon frère est un expert en ce qui concerne Internet et ses possibilités. Il a mis de l’avant l’idée de publier sur Issuu qui à l’époque était une plateforme de publication gratuite. Nous nous sommes conformés à leurs normes et avons créé ce premier numéro dont la forme première était en PDF de toute façon. Il était possible alors de lire en ligne ou de télécharger le webzine en PDF. Nous avons conservé ce même principe qui permet aux usagers de lire MuseTouch en ligne, sur leur téléphone ou sur leur ordinateur.

MN : Croyez-vous que l’EPUB offre une expérience de lecture qualitativement concurrentielle?

MS : Oui, mais nous restons quand même fidèles au PDF. Nos usagers aiment l’idée de tourner les pages en ligne. La plupart d’entre eux n’ont jamais vu quelque chose comme ça, ils apprécient beaucoup l’expérience et nous nous ajustons simplement à leurs réactions.

MN : Musetouch compte combien d’usagers en ce moment?

MS : Le site Web officiel de Musetouch reçoit environ 500 000 visites par mois. En ce qui a trait aux médias sociaux, nous avons environ 800 000 fans sur Facebook et 15 000 sur Pinterest. Je dois admettre que je n’avais jusqu’ici porté que peu d’attention à Instagram, mais j’ai commencé récemment à y publier et la réception est bonne. Cependant avoir autant de fans sur Instagram que sur Facebook va demander du temps. J’ai cependant la patience et la persistance qu’il faut.

MN : Quel est le modèle d’affaires de Musetouch?

MS : Nous n’avons jamais vraiment eu de modèle d’affaires. Je suis la créatrice de tout ce que vous voyez et entendez à propos de Musetouch et mon frère s’occupe des aspects techniques. S’il faut aborder le sujet du modèle d’affaires, je dois avouer que je n’en ai simplement aucun. Je ne suis pas une professionnelle qui calcule. Je suis une personne sensible aux émotions et ainsi, après 10 années à oeuvrer sur Musetouch, je continue à voir ce travail comme un jeu où je m’amuse comme une enfant. Je crois que cet aspect ludique est également perçu et apprécié par les lecteurs de Musetouch.

MN : Comment le webzine est-il publicisé?

MS : Je n’ai jamais publicisé Musetouch. Les gens sont simplement venus, de manière spontanée. Ils ont vu sur les réseaux sociaux des publications à propos de Musetouch de la part de leurs amis, de leurs proches, des gens en qui ils avaient confiance et qui étaient ravis de leur expérience avec le webzine. Ainsi ils se sont liés avec notre page Facebook, ils se sont mis à fréquenter le site Web et ils ont été captivés de plus en plus par l’approche globale. Ils le sont encore aujourd’hui.

 MN : À votre avis, qu’est-ce qui pourrait convaincre des usagers de payer pour un webzine d’art?

 MS : L’imagination d’abord et avant tout. Les gens reconnaissent ce qui est vraiment imaginatif et c’est pour moi la recette du succès. Les usagers le sentent également lorsque le créateur s’investit profondément dans son projet, dans ce cas-ci, un webzine artistique. Les usagers sentent que j’adore l’art, que j’ai pour l’art une réelle passion que je leur communique de manière personnelle, que ce soit mes impressions à propos des artistes dont nous publions le travail ou de leurs œuvres. Ils peuvent voir et sentir que je suis absolument convaincue à propos de tout ce que je publie et partage avec eux et voilà pourquoi ils me suivent. C’est aussi simple que ça.

Quoique nous n’ayons jamais tarifé Musetouch, qui a toujours été gratuit, je suis certaine que les usagers paieraient si nous leur demandions. Mais je préfère les laisser payer ce qu’ils croient que nous méritons avec des dons, s’ils se sentent l’envie de le faire.

MN : Est-ce difficile de convaincre des annonceurs de soutenir le projet?

MS : De ce que j’ai pu entendre, ça paraît effectivement difficile. Mais je n’ai jamais essayé. Je publie un peu de publicité pour certaines galeries d’art et quelques artistes. Mais ce sont des gens qui sont des amis et qui aident Musetouch avec leur art et leur support moral. Je leur consacre donc des pages pour les aider. À ce jour nous n’avons jamais eu une publicité qui nous a été achetée. Nous avons viens sûr une section du site Web consacrée à la publicité, mais jusqu’ici, je ne me suis jamais décidé à en publier.

J’aime me consacrer à l’art et la publicité donnerait un aspect commercial au webzine ce que je tente d’éviter par tous les moyens.

 MN : Avez-vous été en mesure de conserver votre équipe créative à travers les hauts et les bas d’une entreprise d’édition numérique?

MS : Oui, j’ai réussi. Les gens croient souvent qu’il y a cent personnes derrière tout le travail fait, ce qui est habituellement le cas pour des magazines comparables. Mais en ce qui concerne Musetouch, l’équipe consiste en mon frère, qui à charge de tous les aspects techniques, et moi qui s’occupe du contenu, qui repère les artistes, et les contacte, assure les entrevues avec eux, produit la couverture et les slogans, etc. Musetouch c’est moi et je suis Musetouch.

Il y a eu bien sûr des moments très difficiles, surtout en ce qui concerne l’aspect financier puisque je paie toutes les dépenses en travaillant comme designer et développeur Web. Les choses ont été particulièrement ardues dans les dernières à cause de problèmes de santé dans ma famille. Mais avec leurs généreuses contributions, des usagers ont maintenu le webzine à flot. Pour la première fois dans ma vie, je ne me sens pas seule dans ce travail. Je peux compter sur de nombreux amis qui sont en quelque sorte des mécènes et des VIP de la famille Musetouch.

 Lorsque quelqu’un vous donne une partie de ses propres revenus pour aider à réaliser vos rêves, cette personne mérite tout et je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir afin de ne pas laisser tomber cet ami qui a donné au webzine. Peu importe le montant, grand ou petit, pour moi chaque don est une bénédiction et une grande aide à ma cause; l’existence de Musetouch magazine d’arts visuels, ma vie, mon rêve, mon tout.

MN : Croyez-vous que l’édition numérique a un futur?

MS : J’en suis certaine. Malheureusement, avec le temps, l’édition papier va disparaître. De plus en plus de magazines et journaux, même de gigantesques comme The Guardian se mettent au format numérique parce que c’est l’avenir de l’édition, soyons franc. Quoique je me fasse régulièrement questionner à propos d’une éventuelle édition papier pour Musetouch. Nous entrons dans une ère numérique, l’avenir est littéralement en ligne, mais nous demeurons nostalgiques.

 MN : Où est-ce que vous vous voyez dans cinq ans?

MS : Je me vois travailler sur Musetouch. C’est mon plus grand souhait. En plus de continuer à parler à nos fans, à ceux que je considère des amis, et profiter enfin du partage avec eux de tout ce que je trouve intéressant, beau et mystérieux. Je vis au jour le jour, je tente de donner ce que j’ai de mieux afin d’inspirer, de découvrir de nouveaux talents, d’en ramener d’autres dans l’œil du public, d‘être enfin pour les usagers une Muse. Et les jours vont passer et s’en aller de cette manière. Je ne pense pas à propos de l’avenir. Je m’amuse et c’est une sensation magnifique.