Médias sociaux et piratage de livres

Howard Pyle /
Illustration de pirates séparant leur butin / Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1744246

L’excellent webzine Lettres numériques fait état du piratage de livres via l’application russe Telegram.

Conçue pour protéger ses utilisateurs de la surveillance de l’État, l’application peut en effet être utilisée sans vergogne pour y orchestrer le téléchargement illégal non seulement de livres, mais de toute forme de contenu numérique : photos, musique, vidéo, etc.

Mais ce n’est pas que le cas de Telegram. La piraterie de livres et de contenus touche l’ensemble des réseaux sociaux. L’an dernier nous avions écrit sur le piratage à grande échelle de textes d’auteur sur Amazon.

Il y a là un problème de fond que les approches actuelles ne résolvent pas.

4400 exposants numériques à Francfort

C’est le chiffre que nous retenons pour l’instant de la Foire de Francfort en mouture Covid. Même si près de 1300 de ces exposants viennent d’Allemagne, cela fait non seulement beaucoup de participants, mais surtout beaucoup d’argent investi dans un mode, le numérique, qui laissait jusque là l’édition plutôt froide.

Publishing Perspectives présente quelques statistiques préliminaires sur la Foire, mais en attendant de connaitre l’état de la participation, le nombre d’exposants impressionne. Là où va l’argent s’inscrit la volonté stratégique et celle de l’édition donne un sérieux coup de barre du côté du numérique.

Les données pour tout le monde

Les données, c’est-à-dire l’accès à ces données et leur appropriation sont devenues littéralement le moteur de la croissance numérique. À chaque fois qu’un projet est mis de l’avant, les investisseurs potentiels font du recueil des données une exigence même si obtenir ces données n’a pas de pertinence pour le projet.

L’édition est particulièrement concernée. Les projets de rédaction grâce à l’intelligence artificielle se multiplient. Les grandes corporations qui fournissent les liseuses celles qui vendent les livres, GAFAs en tête, font tête de la collecte des données une priorité.

À moins de payer une fortune, les éditeurs n’ont pas droit à ces données, les auteurs non plus, va sans dire. Tous doivent vivre avec le résultat que ces données ont contribué à façonner; méthodes et conditions de vente en ligne, mode de fonctionnement des liseuses, mode de distribution numérique, etc. 

En parallèle, les organismes publics qui s’occupent des statistiques de la culture manquent de moyens et d’expertise pour obtenir et analyser les données culturelles en provenance du numérique.

C’est vrai en France, au Québec et en fait, partout. En 2004, un vaste aréopage de fondations a mis sur pied l’Open Knowledge Foundation afin de lutter pour que toutes les données non personnelles puissent être non seulement offertes gratuitement à tous, mais que des outils pour exploiter ces données de manière transparente soient également créés et mis à disposition de tous pour le bien commun.

Vaste pari tenu en bonne partie. L’Open Knowledge est littéralement l’antithèse des GAFAs mais on devine qu’elle a fort à faire!

En plus d’ateliers et de formations qui permettent de savoir quoi faire avec les données et comment, l’organisme propose en même temps des logiciels pour exploiter ces données!

À découvrir!

Découvrir The Public Domain Review

Fondée en 2011, par la Open Knowledge Foundation, The Public Domain Review est un journal numérique indépendant en ligne. L’organisme, qui compte parmi ses collaborateurs réguliers les chercheurs d’organismes prestigieux comme la British Library, le musée Getty, le Rijksmuseum, ou la UK National Archives, se dédie à la promotion et à la mise en valeur de la richesse des contenus libres de droits.

Les collaborateurs de l’organisme à but non lucratif fouillent chaque jour ses vastes collections numériques pour offrir aux visiteurs virtuels oeuvres d’art et réflexions avec une orientation particulière que PDR définit ainsi : « With a focus on the surprising, the strange, and the beautiful, we hope to provide an ever-growing cabinet of curiosities for the digital age. »

Toutes les deux semaines, PDR publie un essai. Une fois par mois, ses collaborateurs des grands musées créent une revue des œuvres les plus remarquables provenant de leurs collections et qui s’insèrent dans la vision du journal.

Avec 921 collections provenant de pas moins de 130 institutions à travers le monde, The Public Domain Review offre un accès exceptionnel à l’exploration du contenu culturel et artistique libre de droits!

L’accès aux œuvres du domaine public

Le domaine public offre des œuvres : livres, photographies, films, musique, gravures,  dessins, peintures, etc., d’une richesse exceptionnelle encore méconnue et sous-exploitée.  

Mais le mot magique pour un éditeur ou un créateur est : gratuit.

Les autres mots-clés qui s’appliquent aux contenus libres de droits sont : stimulants et utiles. Ils constituent en effet une source d’inspiration constante. Ils prouvent également leur utilité à répétition. Pourquoi payer pour une image ou de la musique quand on peut les obtenir sans frais?

Voici quelques ressources incontournables :

Wikimedia Commons permet de trouver des images, gratuites,  en tous genres sur tous les sujets.

Projet Gutenberg L’organisme à but non lucratif offre gratuitement sous forme numérique plus de 60 000 livres passés dans le domaine public.

Internet Archive Encore relativement méconnu malgré son ampleur, l’organisme est une immense médiathèque de livres, de films et de vidéos, de sons et d’images. Internet Archive propose aussi des logiciels gratuits!

IA possède également la Wayback Machine, le centre d’archivage du Web, qui contient pas moins de 477 milliards de pages et constitue la mémoire du Web.

Pour permettre de s’y retrouver, d’apprivoiser ce contenu, d’en apprendre davantage et d’en discuter, il y a le Café des savoirs libres qui propose ressources et ateliers. Jusque l’an dernier il y avait également SavoirsCOM1 qui effectuait le même salutaire travail. Espérons que la pandémie n’aura pas eu raison de l’organisme

Le projet Gutenberg, les algorithmes et les droits

Comme le signale Lettres numériques, un superbe webzine sur le livre numérique, le Projet Gutenberg a eu cet été un petit accrochage avec l’Italie qui l’a pendant un mois mis sur la liste des sites pirates pour une question de mésinterprétation des droits sur un titre passé dans le domaine public. Le Projet Gutenberg publie et offre gratuitement et en toute transparence des livres qui appartiennent justement au domaine public.

Mais il y a plus de 200 nations inscrites à l’ONU et pour la majorité, chacune a ses règles concernant ce qui fait ou non partie du domaine public. Souvent, pour des raisons pratiques, un algorithme fait le tri. Il serait peut-être temps qu’un seul organisme pilote un (1) algorithme qui fasse le tour de la question pour l’ensemble des législations de la planète.

Les seuls algorithmes « globaux » à l’heure actuelle sont ceux des GAFAs. You Tube par exemple appartient à Google. Son algorithme contrecarre bien souvent les projets de ceux qui déposent une vidéo en ligne que le réseau social juge illicite. Même si dans sa contrée, le vidéo en question est tout à fait libre de droits.

Sauf que l’algorithme est américain. Parce qu’il a été écrit pas des Américains. Pour qui le droit international est évidemment celui made in USA.

Bref, le Projet Gutenberg n’a pas à se taper la tâche extrême d’écrire un algorithme universel. L’UNESCO pourrait. Ou une autre organisation internationale digne de confiance et avec des moyens ad hoc.