Pourquoi les NFT et la chaine de blocs représentent-ils une menace pour les arts et le livre

Un reportage de la BBC ouvre une fenêtre sur la réponse.

Spéculation et manipulation, identité et sécurité sont les problèmes les plus criants. Attardons-nous d’abord a l’aspect spéculatif : l’usage de NFT pour l’achat d’œuvres numériques est promu en grande partie par des individus qui spéculent avec les cryptomonnaies. Le site NFTheft est on ne peut plus lumineux sur le sujet.

Ce qui est vendu avec la chaine de blocs et les NFTs c’est essentiellement un acte de foi : vous êtes propriétaires d’œuvres d’art et non pas d’une collection d’algorithmes. Cet acte de foi peut-il résister au passage du temps?  On ne parlera même pas ici de la valeur artistique des œuvres proposées/acquises. L’édifice financier sur lequel se juche le marché de l’art en mode NFT est précaire.

L’achat d’art permet également aux spéculateurs de gonfler et consolider leurs opérations financières à travers les cryptomonnaies. Mais dans un univers spéculatif, les artistes sortent rarement gagnants. Ils ne sont pas partie prenante au processus où leurs œuvres s’échangent. Or une fois l’emballement passé, il est facile de constater d’une part que la chaine de blocs est un processus encore extrêmement complexe et que les cryptomonnaies sont très volatiles. Le tout est une affaire de spécialistes.

Ensuite, ce n’est pas gratuit, loin de là. S’équiper pour réaliser des transactions avec des NFT, simplement acheter les différents portemonnaies virtuels, va coûter des centaines de dollars/euros. Complexité (ce qui demande temps et énergie à maitriser) et coûts financiers sont des obstacles que l’artiste aux revenus moyens ne peut franchir.

En parallèle, les cryptomonnaies, et le phénomène est maintenant connu, sont le terrain de jeu des mafias de tous genres et des régimes autoritaires qui s’y livrent au blanchiment d’argent et aux manipulations financières.

Voici un article de Forbes sur le sujet et un autre (également en anglais) de La Stampa. Enfin cette analyse de CrossFire KM décortique le blanchiment d’argent grâce aux cryptomonnaies.

Les cryptomonnaies favorisent précisément ce qu’elles devaient contrecarrer : le manque de transparence. Et l’art numérique devient un vecteur de plus favorisant le blanchiment d’argent.

Enfin et surtout : parlons du vol d’œuvres et du hacking mafieux. Le raisonnement qui justifie l’usage de la chaine de blocs et des NFT en arts et en culture veut que l’algorithme soit neutre, objectif et donc idéal et parfaitement sécuritaire pour des transactions.

Si ce raisonnement vous semble familier, vous avez raison. C’est essentiellement l’argument utilisé par la NRA américaine afin de promouvoir l’usage des armes à feu aux États-Unis : le fusil d’assaut est neutre. C’est le doigt sur la gâchette qui cause le mal.

Qui applique l’algorithme à une œuvre, permettant ainsi de l’authentifier  comme étant la sienne? Pas nécessairement son créateur! Le reportage de la BBC démontre bien que déjà des créateurs en arts visuels ont été victimes de vols d’œuvres à travers la chaine de blocs. 

N’importe qui peut voler le porte-folio en ligne d’un artiste et s’approprier ses œuvres numériques comme siennes.

Plus l’accent est mis sur la pseudo-sécurité et la pseudo-authenticité de la chaine de blocs, plus le processus devient presque impossible à contrecarrer. Bien sûr, l’artiste visuel va avoir les fichiers originaux pour défendre ses droits et sa capacité à commercialiser en ligne.

Mais rien de plus facile pour des mafias numériques que de cibler les artistes qui vendent le plus, de se donner la propriété de leurs œuvres à travers la chaine de blocs et de les faire ensuite chanter en menaçant de nuire à leurs activités pour obtenir un pourcentage de leurs ventes. L’artiste a alors le choix de plier ou d’entamer de coûteuses poursuites en justice. Bonne chance pour faire ça en Russie!

En édition c’est encore plus facile. Le piratage d’œuvres littéraires sur certaines plateformes numériques est déjà endémique. Nous en avions déjà parlé à propos de Telegram et surtout d’Amazon. Avec la chaine de blocs, des catalogues d’édition en entier peuvent changer de main. En littérature, un texte exprimé numériquement n’a pas un original numérique de 500 megs en Photoshop avec des dérivés numériques de 329 k utilisés sur Twitter ou Instagram pour l’autopromotion qu’un hacker va dérober dans l’intention de nuire.

Une fois copiée, la version numérique d’un texte est intrinsèque. Toute l’œuvre d’un auteur peut être copiée et réenregistrée, légalement (!) sous le nom d’un autre grâce à la chaine de blocs. Bien sûr, des auteur(e)s comme J.K. Rowlings sont trop connus pour s’inquiéter. Mais les autres? Et leurs maisons d’édition?

Le problème fondamental est qu’à l’heure actuelle, la chaine de blocs est proposée comme une panacée universelle, sans réflexion sur ses conséquences possibles en mettant encore une fois l’ordinateur en avant comme preuve prétendue de neutralité. Comme si derrière, personne n’utilisait l’ordinateur en question!

Les médias sociaux devaient permettre de démocratiser l’information. Le bitcoin devait être la réponse démocratique citoyenne à l’emprise des grandes banques sur le système financier.

L’Histoire nous montre que le communisme est un superbe concept. Théoriquement égalitaire et juste. Le problème c’est quand un Mao, un Lénine ou un Staline gère le concept en question. Le seul contexte dans lequel la chaine de blocs peut être, éventuellement, utile c’est utilisé par un organisme à but non lucratif; Revue H étant un excellent exemple.

Nous y reviendrons dans les prochaines semaines.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s