NFTs et chaine de blocs créent une épidémie de fraudes dans les arts visuels

Source: Wikimedia commons Howard Pyle: « Pirates city »

La fondation Thomson Reuters (Thomson Reuters Foundation) a publié un reportage impressionnant le 18 janvier dernier sur l’ampleur des méfaits causés par les fameux jetons non-fongibles, en anglais NFT (pour Non Fungible Token). Un jeton non fongible est un jeton numérique (jeton cryptographique) dont l’authenticité est validée par la chaine de blocs.

Selon le journaliste Avi Asher-Schapiro spécialisé en droits numériques, la plateforme Deviant Art a elle seule rapporte plus de 90 000 cas d’oeuvres piratées via les NFTs depuis septembre 2021.

En 2020 selon le même journaliste, les transactions commerciales avec des NFTs totalisaient 95 millions de dollars. En 2021? 25 milliards de dollars US (22 milliards d’euros, 31,72 milliards de dollars canadiens). Le volume élevé de transactions explique en partie le côté infectieux de la fraude.

Les artistes sont impuissants à défendre leurs œuvres. Les vols sont trop faciles et trop nombreux. Pour retirer des oeuvres volées de leur catalogue, les plateformes qui transigent des NFTs exigent des artistes floués qu’ils remplissent une requête nommée aux États-Unis Digital Millennium Copyright Request pour…chacune des oeuvres dérobées. Une tâche titanesque lorsque des dizaines d’oeuvres œuvres sont dérobées. Poursuivre en cours est impossible pour un artiste. D’abord il lui faut éventuellement se préparer à poursuivre en Russie, en Asie, bref, un peu n’importe où. Avec les coûts idoines.

Le pire cependant est le narratif juridique même de la chaine de blocs : elle serait invulnérable à la manipulation et à la fraude selon ses adeptes puisqu’il s’agit d’un algorithme. Le problème escamoté ici étant que n’importe qui peut l’utiliser pour identifier comme siennes les œuvres d’un autre. D’une manière ou de l’autre, le narratif technologique rend les procédures en justice plus coûteuses, plus complexes et plus hasardeuses.

Certains arguent que le vol d’oeuvres a toujours existé en arts. Sauf que l’alliance du numérique et de la chaine de blocs lui donne une ampleur et une facilité extraordinaires.

Pour l’instant, les fraudeurs portent leur attention sur les œuvres d’art, faciles à voler et éventuellement faciles à monnayer. Ce n’est qu’une question de temps afin que l’édition et les auteurs ne fassent les frais de leurs actions.

Rappelons que ces temps-ci, de nombreux experts numériques et davantage d’entreprises tentent de convaincre nos gouvernements d’adapter la chaine de blocs pour valider les droits et les identités individuelles. La même chaine de blocs qui sert de carburant aux fraudes NFTs. Peut-on imaginer la catastrophe que cela représenterait élargit à l’ensemble de la société?

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