Substack : un nouveau modèle d’affaires pour les auteurs

L’excellent The Guardian en parle. Substack, lancé il y a quatre ans en ciblant essentiellement les journalistes, s’intéresse désormais aux auteurs. L’entreprise vient de conclure une entente avec Salman Rushdie et lance en parallèle une série de partenariats avec des auteurs de Marvel et de DC.

Substack propose un modèle d’affaires simples qui offre aux auteurs tous les outils dont ils ont besoin pour rejoindre directement leurs publics: design, mode de distribution, mode de paiement, etc. L’entreprise prélève de 10 à 15% des revenus que font les auteurs, mais contrairement aux médias sociaux, Substack ne s’arroge aucun droit sur les contenus ni même aucun droit de publication. Et pour attirer davantage de monde, elle crée ces partenariats avec des auteurs connus en leur offrant, comme dans l’édition traditionnelle, une avance confortable afin qu’ils puissent créer les contenus dont ils ont envie et les livrer directement à leurs publics. Directement ici signifie dans la boite courriel, comme une infolettre.

Découvrir les magazines numériques d’art qui sortent des sentiers battus

Le webzine; le magazine numérique, ne se limite pas à l’information et à la culture techno. On en trouve un florilège sur le Web, et dans les catégories les plus diverses. Et l’art tire un profit particulier du numérique. Les magazines papier, riches en couleur, coûtent cher à imprimer tandis qu’un webzine permet une générosité qui frôle l’extravagance dans la quantité et la variété des œuvres proposées. MuseTouch dont nous avons déjà parlé produit parfois des numéros qui font plus de 500 pages.

Autres avantages du numérique en art : on peut y insérer du vidéo et de l’animation, et pointer vers les pages et les fils de médias sociaux des artistes. Enfin, les médias sociaux justement ont permis à des centaines de milliers d’artistes de pays jusqu’alors exclus des circuits internationaux de l’art de se faire connaitre. Qui plus est, ces mêmes médias sociaux ont donné une tribune élargie et une forte visibilité à des genres comme le fantasy et l’illustration de jeu vidéo.

Voici quelques suggestions pour vois initier rapidement et découvrir des webzines ébouriffants qui éblouissent et informent en même temps. Loin du convenu et des clichés académiques, vous pourrez découvrir l’art qui retient l’attention et des artistes et des fans dans des domaines variés où l’évolution est constante : le dessin, l’illustration, la photo, la sculpture, le cosplay, etc.

MuseTouch

Le plus prolixe et généreux des magazines numériques: non seulement par l’abondance du contenu, mais parce qu’il est gratuit! Ça n’empêche pas l’équipe éditoriale de connaître son sujet et de proposer des artistes qui déménagent.

BeautifulBizarre

Non seulement le webzine le plus complet, mais celui qui a le chic de proposer constamment des artistes dont le rayonnement s’élargit rapidement. C’est peut-être parce que l’équipe de BeautifulBizarre s’associe régulièrement avec des galeries pour tenir des expositions thématiques. 

Le fil Twitter de BB est définitivement un « must » à suivre, nourri de publications toutes plus riches visuellement les unes que les autres. De plus le webzine propose gratuitement aux artistes la série Mentor Me où des collectionneurs, des galeristes, des agents et des artistes dont la carrière est bien établiedonnent des conseils pratiques pour percer dans le milieu des arts. Et pour une fis il ne s’agit pas d’une indigeste bouillie d’un chat dopé au marketing. On découvre plutôt à travers mentor me les coulisses du marché de l’art.

wow x wow, son fil Twitter

Autant galerie numérique que webzine, wow x wow fait dans l’avant-garde. L’intérêt pour le visiteur est bien sûr de découvrir les œuvres, mais il aurait tort de négliger les sections de contenus : Interviews, Guest Blogs, et enfin Profiles.

Colossal, son fil Twitter

Le webzine se distingue par sa couverture de l’art public : murales, sculptures extérieures, etc. Colossal  couvre aussi l’artisanat-concept. C’est ce webzine qui propose les trucs décoiffants comme les découpes papiers intégrés au paysage urbain ou la courtepointe canopée exécutée au crochet.

Juxtapoz, son fil Twitter

Le webzine donne davantage dans le concept et l’analyse. Nettement moins contemplatif donc. Mais les analyses sont fascinantes

Hi Fructose, son fil Twitter

Le webzine propose des œuvres et aussi l’actualité des arts modernes, avec des vidéos, et des analyses.

Pour l’instant en français, il n’y a pas de comparable. Un problème de fonds dans le milieu des webzines : l’offre est insuffisante et beaucoup d’usagers bilingues ou capables de se débrouiller en anglais migrent du côté anglophone, où il est difficile évidemment par la suite d’aller les chercher. Ce qui réduit évidemment le marché et…la capacité de créer une offre compétitive en français. Ce qui serait chouette c’est qu’un éditeur de webzine nous fasse honte en nous détrompant.

Une application gratuite pour créer des manga

Annoncé par le milieu de l’anime et aussi par l’excellent webzine ActuaLitté l’éditeur japonais Shueisha en collaboration avec Shonen Jump lançait en septembre World Maker, une application conçue par Kayac et permettant même au néophyte ne sachant pas dessiner de créer ses propres mangas.

Il existe déjà de multiples applications de création de mangas mais celle-ci promet d’être la plus accessible au plus grand nombre.

Sculptures de textes!

Cet article du webzine Colossal met en valeur les sculptures textuelles créées par l’artiste Stephen Doyle à partir de livres. Il en extrait, physiquement, au hasard des phrases et reconstruit le sens du livre dans l’espace. C’est une revisite ébouriffante de ce qu’est un livre et on peut voir davantage du travail de Doyle ici sur Viméo

et dans ce reportage du journal anglais The Guardian.

Édition savante : un nouveau logiciel d’édition

Tout ceux qui ont eu à faire d l’édition savante savent à quel point le processus hyperpointilleux use les nerfs. Sous la direction du professeur Marcello Vitali-Rosato, Écritures numériques, la Chaire de recherche du Canada sur les Écritures numériques, en collaboration avec Érudit (plateforme numérique qui promeut et diffuse la recherche en sciences humaines), a mis au point Stylo, un éditeur de texte destiné à simplifier la rédaction et l’édition de textes scientifiques.

La documentation concernant Stylo est ici et un vidéo de démonstration existe sur YouTube

Les sites pirates font une fortune grâce au placement publicitaire

Ils encaissent plus de un milliard de dollars US par an (environ 860 millions d’euros ou 1,300 millions de dollars canadiens) selon cet article du webzine TorrentFreak, un site à suivre pour ceux qui s’intéressent au piratage de contenus culturels: musique, livres et films notamment. L’article s’appuie sur une étude du groupe Digital Citizens Alliance qui révèle notamment que des technos géants comme Facebook, Google et Amazon paient des sites pirates pour afficher leurs publicités!

L’étude évalue en fait à 1,3 milliard US (soit 1,11 milliards d’euros ou 1,66 milliards $ Can.) par an la valeur globale du marché publicitaire pour ces sites pirates qui font des affaires d’or dans le marché culturel, en s’appropriant illégalement surtout des films, mais également des livres et des pièces musicales. Pour ce qui est des livres, nous avons déjà abordé les – nombreux– problèmes de piraterie.

Le trafic publicitaire se fait également sur les applications que téléchargent des usagers et le tiers d’entre elles les expose directement à la fraude ou à des logiciels malveillants.

Le marché combiné; publicités et abonnements de ces sites et applications s’élève à environ 2,3 milliards US (soit 1,95 milliards d’euros ou 2,95 milliards $ Can.) et ne tient pas compte d’autres sources de profits comme les revenus des opérateurs de services qui s’allient avec des pirates ou la valeur des données de consommateurs revendues au noir.

Digital Citizens Alliance est un groupe de défense des droits des consommateurs Internet qui regroupe des spécialistes technos, des entreprises et des citoyens qui luttent contre les abus numériques. Avec son partenaire White Bullet, le groupe a passé en revue pas moins de 84 000 sites identifiés comme affichant des contenus illicites.

Nous en parlions au printemps dernier en citant l’experte en marketing numérique Michelle Blanc, le marché de la publicité en ligne sur les médias sociaux notamment, a des ratés. Et ces ratés sont nombreux.

Ce qui devrait amener nos gouvernements, qui y investissent massivement notre argent, à se poser quelques questions.

Découvrir Open Culture

La plateforme OpenCulture est un titanesque agglomérat de contenus éducatifs culturels.

Non seulement le site répertorie au-delà de 1700 cours et MOOCs (Massive Open Online Course), plus de 4000 films classiques, des dizaines de podcasts culturels, et une vaste quantité d’outils et ressources pour les enseignants, il propose chaque jour des publications sur des aspects historiques de la culture et offre à travers ses publications un accès direct à des tonnes de contenus gratuits.  Le fil Twitter en particulier est à suivre!

L’Union européenne tente d’encadrer l’intelligence artificielle dans la création

Paily, M.U. Graphics on Artificial intelligence and Education.jpg

Et ça peut être plus facile à dire qu’à faire! L’excellent webzine Lettres Numériques signale cet effort de l’UE qui tente de ménager sur le plan de l’éthique la chèvre de l’incitation au développement technologique et le chou des (maigres) revenus de la création pour ses artistes, éditeurs et producteurs, en proposant l’Artificial Intelligence Act.

Il faudra voir comment cela se traduira concrètement. Le sujet n’est pas banal. Dans l’édition numérique, l’intelligence artificielle est déjà un sujet préoccupant. Quand il s’agit par exemple de savoir qui a la propriété d’un livre cybernétique. Quand il s’agit de la « création » de tels livres qu’ils soient scientifiques ou de fiction. Ou encore de l’exploitation et de la gestion des données des usagers des livres numériques. La Foire de Francfort en 2020 a publié une étude sur le sujet des relations entre l’intelligence artificielle et l’édition.

Un sujet à suivre!

Un coup d’oeil sur les magazines numériques littéraires.

Le webzine, ou magazine numérique, connait de beaux jours même si la rentabilité se fait parfois encore attendre. Le terrain de jeu est vaste mais nous vous proposons une plongée exploratoire qui vous fera découvrir des webzines de pointe tout à fait accessibles cependant en termes de contenu (et de coûts le cas échéant).

Nous divisons l’exploration en deux catégories :

Les magazines qui discutent littérature et en couvrent l’actualité (numérique) et ceux de type revue littéraire; qui offrent des textes d’auteur. Lorsque cela vaut la peine, nous incluons également le fil Twitter

A) D’abord les webzines littéraires (analyses, discussions, information) :

Literary Hub

Son fil Twitter

Le webzine de loin le plus imposant, celui qui couvre le plus large terrain, avec notamment une vaste section Lit Hub Radio qui distille une vingtaine de podcasts sur des sujets variés. Le webzine offre également une section nouvelles prolixe, News and Culture couvrant tous les arts: télé, cinéma, etc, où une œuvre est abordée, traduite, transformée.  Enfin la section Fiction and Poetry offre en abondance des extraits d’oeuvres. Bref, s’il y a un webzine incontournable, c’est celui-ci.

Electric Literature

Son fil Twitter

Totalement numérique, le webzine couvre l’actualité de l’Internet littéraire tout en se voulant pertinent et accessible avec ses essais, critiques, entrevues, analyses, etc. Avec Literary Hub, c’est le plus ébouriffant et le plus vivant des webzines que nous avons trouvé. À but non lucratif, EL garde un œil sur le concept de justice social dans ses publications et vit de contributions. Il publie également, sur une base hebdomadaire The Commuter; un mini-webzine axé lui sur la création : poésie, nouvelles ultra-courtes (flash fiction) et nouvelles illustrées.

Opuscules

Une création québécoise, et francophone (!) Opuscules est une application mobile qui offre l’actualité de l’édition littéraire à ses usagers.

B) Voici maintenant quelques webzines de fictions :

Strange Horizons

Son fil Twitter

Il s’agit d’un webzine de fiction spéculative (fantasy, science fiction, horreur, etc.) Strange Horizons joue sur les deux terrains, publiant œuvres : poésie, nouvelles, etc, et essais, critiques, etc.

Uncanny

Son fil Twitter

Uniquement numérique, Uncanny se distingue dans les domaines de la science-fiction et du fantasy ayant déjà remporté les prix les plus prestigieux (et des dizaines de récompenses!) malgré sa jeune existence. Il se distingue aussi par son modèle de financement participatif et ses numéros publiés en mode pdf.

Revue H

Première revue francophone (!) de crypto-littérature, c’est-à-dire appuyée sur une crypto-monnaie, Revue H propose pour chaque numéro des thèmes différents et publie des auteurs aux propositions littéraires originales mais créées avec à l’esprit un public de lecteurs/trices plutôt que d’éditeurs et d’académiciens, comme c’est généralement le cas pour le milieu littéraire francophone.

Amazon et ses relations toxiques avec les petits éditeurs

Publie.net est une remarquable maison d’édition, orientée dès le départ vers le numérique, elle soigne ses productions, communique avec art usant avec doigté des médais soociaux et porte une grande attention à ses lecteurs.

Il y a deux ans nous avions interviewé Guillaume Vissac, son éditeur principal. Ce dernier fin juillet faisait exception au silence dont les éditeurs entourent leurs opérations en expliquant concrètement et clairement dans une tirade Twitter toute simple comment le système Amazon détruit les petits éditeurs. Avec des guillemets sur « petits », car au Québec, publie.net serait une maison de taille moyenne.

À lire absolument pour ceux qui veulent comprendre les obstacles qu’une maison d’édition doit affronter dans le marché actuel. Et on parle d’ici d’une maison née d’abord en mode numérique et qui connaît à fond son sujet techno!