L’année 2020 pour le livre : une catastrophe

Ce n’est pas une grande révélation, mais cet excellent article de l’Actualitté révèle à quel point le choc pandémique a été brutal pour le milieu du livre. Dans la majorité des pays en confinement, les ventes de livres ont baissé de 75% à 95% et cette baisse a affecté tout l’écosystème : libraires et éditeurs, mais aussi les plus vulnérables : auteurs et traducteurs dont beaucoup ont vu leurs revenus disparaitre.

L’étude a été réalisée par EuroChambres. Elle couvre tous les secteurs de la culture en Europe.

Le livre audio poursuit son ascension

Différentes études et projections sortent à propos de la croissance du livre audio. Deux retiennent notre attention. D’abord l’Audiobook Publishers Association (APA) aux États-Unis a commandé une étude au groupe NPD, laquelle étude souligne une hausse des  ventes de 17% en 2020. Un livre vendu sur six appartenait à la catégorie audio. Et la pénétration est plus forte dans les secteurs où l’audio joue déjà un rôle, comme celui des podcasts.

D’autre part the Syndicate Market Research a également publié ses projections de ventes mondiales pour 2021-2026

Les Américains se fient aux médias sociaux pour y trouver des nouvelles, en sachant qu’elles sont fausses…

Le Pew Research Center est un pilier de l’évaluation des habitudes numériques des Américains. Lesquelles reflètent souvent celles des autres usagers du Web. Un récent sondage

apporte un éclairage surprenant sur l’opinion des internautes de l’Amérique vis-à-vis les nouvelles de l’actualité. 53% affirment qu’ils glanent les nouvelles sur les médias sociaux souvent ou quelques fois. Facebook demeure la principale source d’information, 36% des Américains y trouvant leurs nouvelles. Après il y a YouTube avec 23% puis Twitter avec 15%. Dans le même élan, 59% des mêmes internautes savent que les nouvelles qu’ils obtiennent sont inexactes, un chiffre en phase avec les sondages de 2019 et 2018.

Le cloud pour héberger ses livres numériques?

Signalé encore une fois par l’excellent webzine Lettres Numériques,

ce nouveau service qui permet d’héberger en ligne toute la bibliothèque numérique d’un usager. Le plus ancien d’entre nous est présent sur le web depuis 1995. Nous nous sommes posé la question : mettre ses livres numériques sur le web, est-ce une bonne idée?

Il y a la question de la collecte de données. Une entreprise peut bien jurer ses grands dieux qu’elle n’amassera jamais les données personnelles de ses clients, la réalité démontre tous les jours que les promesses des entreprises numériques ont bien peu de crédibilité. Le financement privé d’entreprises technos est presque toujours conditionnel à la capacité d’obtenir et cumuler les données, même quand ça n’a rien à voir avec le projet.

Il y a surtout la question de la pérennité d’un projet sur le web. Particulièrement s’il se propose d’assurer la sécurité de nos précieux contenus. Parlez-en aux propriétaires de livres numériques et/ou de liseuses dont les bibliothèques ont été effacées d’un clic lorsque l’entreprise derrière a fermé ses portes ou même simplement fait une mise à jour!  

Quelle est l’espérance de vie d’une entreprise technologique? Ce reportage de 2017 démontre que la technologie a globalement raccourci l’espérance de vie de toutes les entreprises de 60 ans à moins de 20 ans. Cet autre reportage du New York Times paru en 2011, fait état d’une espérance de vie de moins de 10 ans pour les grandes corporations Internet. Pour les autres, c’est selon…

Ce dernier article évalue à 4 ans la durée de vie moyenne d’une entreprise techno. Dans la réalité c’est souvent moins. Bref, d’autres facteurs sont évidemment à considérer, mais dans la mesure où vous faites les sauvegardes requises, ce qu’il y a sur votre ordinateur est bien plus pérenne que n’importe quoi d’entreposé sur le web.

La Fan Fiction s’empare de The Great Gatsby

Photo extraite du film de Baz Lurhman 2013 avec Carey Mulligan et Leonardo Di Caprio

Ce superbe article de la journaliste Alison Flood de The Guardian nous informe sur la frénésie qui s’est emparée de certains milieux littéraires depuis, et même avant, que les droits sur le livre fameux de Scott F. Fitzgerald ne tombent dans le domaine public au 1er janvier de cette année. Le lendemain une première parution présentait Gatsby en vampire. Des fans voudraient voir une version avec les célèbres Muppets. D’autres une fiction qui relaterait l’histoire de Nick Carraway, le narrateur. Pour l’instant sur Wattpad il n’y a que 351 histoires Gatsbiennes et 343 sur FanFiction.net. Mon Dieu, qu’attendent-ils? (;

On dira ce qu’on voudra mais ce qui a maintenu vivant les pièces de Shakespeare à travers les siècles ce n’est pas l’intérêt des académiciens, c’est celui des créateurs et de leurs publics.

Amazon et son emprise sur le livre

Callistoctopus macropus (Méditerranée) / Date   1896
Source: I Cefalopodi viventi nel Golfo di Napoli (sistematica) : monografia
Auteur : Comingio Merculiano in Jatta Giuseppe
 

La nouvelle a été publiée un peu partout y compris par The Guardian. 10 ans après Apple, Amazon est poursuivie aux États-Unis par la même firme et pour la même raison : avoir artificiellement fixé le prix des ebooks avec les mêmes co-conspirateurs qu’en 2011 à savoir le fameux quintette d’éditeurs dit « Big Five » :Penguin Random House, Hachette, HarperCollins, Macmillan and Simon & Schuster. Ce n’est pas une surprise. Mais nous apprenons quand même que selon la poursuite, Amazon vend 90% des livres numériques aux Américains et plus de 50% des livres papier. Quelque chose que personne ne voulait croire il y a 5 ou 6 ans. Amazon est devenu un monstre pour le livre. Et personne ne semble savoir quoi faire.

Les applications de menstruations, l’espionnage des usagers et… l’édition numérique

Privacy International, un organisme sans but lucratif basé à Toronto a publié en décembre 2020 les résultats d’une enquête remarquable concernant la manière dont les applications liées aux menstruations accumulent et partagent les données de leurs utilisatrices.

Les conclusions? Non seulement les entreprises qui vendent ces applications conservent et accumulent les données les plus intimes de la vie  de leurs clientes, de manière incroyablement détaillée, mais elles les partagent aussi avec un large éventail de tierces parties parmi lesquelles : Amazon, Google, Facebook.

Quel est le lien utilitaire entre ces tierces parties et une application concernant la santé des femmes? Aucun. Mais les entreprises font du profit en revendant leurs clientes, comme des marchandises, aux géants commerciaux du Web. Est-ce que ces entreprises productrices des applications ont besoin de toutes ces données pour assurer le bon fonctionnement de leur produit? Absolument pas. 

Maintenant demanderez-vous, quel est le rapport avec le livre et l’édition numériques? Chaque livre vendu, même un PDF, peut être transformé en logiciel espion par sa tablette de lecture. À moins de vouloir tous publier le même livre, les éditeurs n’ont aucun intérêt à posséder les données, gargantuesques, qui s’accumulent sur les usages de lecture de leurs clients. Qui viennent quand même de payer le foutu livre et qui ont également payé la tablette qu’ils utilisent.

Ils n’ont aucun intérêt non plus à ce que les grandes marques qui vendent tablettes et livres, Kindle, Kobo, etc., collectionnent les données de leurs clients concernant leurs habitudes de lecture.  Il y a dans ces viols de la vie privée quelque chose d’indécent et d’immoral dont la culture et l’édition doivent s’éloigner en manifestant leur volonté ferme de protéger la vie privée de leurs usagers, lecteurs et clients. des mesures appropriées.

Les livres numériques et audio cartonnent au Royaume-Uni

Le quotidien The Guardian a fait état récemment des chiffres de vente des éditeurs (« publishers ») du pays pour les 6 premiers mois de 2020 et s’ils sont plutôt calamiteux pour le papier, ils se révèlent en revanche enthousiasmants pour le volet numérique.

Après 6 années de baisse  à partir de son sommet des ventes atteint en 2014, le livre numérique a vu grimper ses ventes de 17% entre janvier et juillet et le livre audio fait encore mieux avec une faramineuse augmentation de 42%. Ça ne compense pas complètement les chiffres du livre papier, mais ça met un baume. 2020 devrait être une année record pour les ventes numériques des éditeurs du Royaume-Uni.

Les librairies indépendantes contre-attaquent Amazon sur le web

Le journal anglais The Guardian a récemment publié un reportage sur la réplique que les libraires indépendantes américaines ont ébauché contre Amazon

Intitulé « Bookshop », le projet est mis sur pied par Andy Hunter, fondateur de Literary Hub, un média numérique américain dédié aux nouvelles quotidiennes de la vie littéraire. Lancé d’abord aux États-Unis, Bookshop vient de débarquer au Royaume-Uni. Il réunit dans une offre commune sur le Web, l’offre des librairies indépendantes aux lecteurs.

C’est tout à fait similaire à ce que fait l’Entrepôt numérique au Québec, à ceci près que le client sur Bookshop procède directement à l’achat sans avoir à retourner ensuite sur le site de son libraire pour y acheter le livre après l’avoir trouvé sur l’entrepôt. « Bookshop » se charge de répartir les profits entre les librairies.

Ebooks, livres audio et podcasts : produits complémentaires

La dernière Foire de Francfort a produit plusieurs études gratuites et l’une de celles-ci évalue la manière dont les usagers consomment livres numériques, podcasts et livres audio. L’idée derrière l’étude, réalisée auprès des publics allemands, est de savoir si ces produits numériques coexistent ou s’ils se font compétition.

L’étude a été produite par Bookwire l’outil de recherche bibliographique de Bowker, la principale institution de références bibliographiques sur le marché planétaire.

Intitulée « Listen And Read », l’étude a permis une constatation fascinante : les différents supports numériques pour le livre : audio, podcasts, ebooks sont complémentaires, et ce à un très haut niveau : 56% des utilisateurs de livres numériques, 57 % des usagers de livres audio et 51% des amateurs de podcasts vont consommer plus d’un média, c’est-à-dire qu’en usant de l’un, ils vont être ensuite incités à aller acheter les autres. Qui plus est, 28% des consommateurs de livres numériques vont être tentés d’acheter un livre traditionnel par la suite.

Voilà autant de bonnes nouvelles qui vont dans le sens du développement d’une stratégie diversifiée pour l’édition.