La poésie vend au Québec et sur Instagram!

Le dernier rapport des ventes 2021 (les premières pages peuvent être consultées gratuitement) de Gaspard, le système d’information qui assure le suivi des ventes de livres au Québec, montre une spectaculaire croissance de la poésie avec un bond des ventes de 43,2%. Cette croissance du livre de poésie avait déjà été notée par Booknet Canada qui a établi un lien fort intéressant entre la hausse des ventes et la présence des poètes sur Instagram. En 2017 les livres des poètes présents sur Instagram comptaient pour 80% du total des ventes de poésie. Même si leur présence dans le palmarès des ventes a décru par la suite, ces livres de poètes Instagram comptaient encore en 2020 pour un très respectable 49% des ventes totales.

Près du quart des américains se fient sur les podcasts pour l’information

Une enquête du Pew Research Center

révélait en février que 23% des citoyens américains usaient du podcast comme source d’information au moins partielle concernant l’actualité. Cette proportion est stable comparée à 2020 et les usagers les plus actifs au niveau de l’information étaient les citoyens mieux éduqués et plus fortunés. Il faudra voir dans le futur proche comment le podcast influence l’évolution de l’information écrite, qu’elle soit numérique ou papier.

Livres au Québec: les chiffres de vente 2021 sont excellents mais…

Source: wikimedia commons : Catherine M Wood, « Old books », huile sur toile.

Fin mars, Gaspard le système d’information qui assure le suivi des ventes de livres au Québec pour la BTLF (Société de gestion de la banque de titres de langue française) a publié son bilan annuel du marché du livre (les premières pages peuvent être consultées gratuitement) pour 2021.

Et ces chiffres sont excellents avec une hausse des ventes de 16,3% où le livre jeunesse croit de 13,4%, le livre adulte de 13,3% et la bande dessinée d’un robuste 28,6%. Cependant, comme à l’habitude, ce portrait demeure très incomplet dans la mesure où il ne prend pas en compte les ventes faites sur Amazon et autres Apple. Ce qui n’est pas rien. Impossible d’évaluer correctement la santé du livre local et des librairies du Québec sans avoir un portrait d’ensemble du marché et des préférences d’achat des clientèles.

La liberté numérique des pirates de livres


Source : Wikimedia Commons The Pirate Publisher
Auteur: Joseph Ferdinand Keppler 1886

Le webzine d’information spécialisé Torrent Freak publiait fin décembre le résultat d’un procès intenté par Amazon et des auteurs comme John Grisham contre Kiss Library, un site ukrainien qui à travers ses nombreux avatars numériques, piratait des livres et les revendait à bas prix. Le jugement accorde 7,8 millions de dollars US aux plaignants.

Maintenant la question qui se pose en relation avec la piraterie numérique est de savoir quels effets pratiques ce jugement peut avoir sur les coupables. Le juge émet une injonction contre les propriétaires, interdit aux organismes qui pivotent autour de n’importe quel site de vente de collaborer avec les pirates. Ce qui veut dire par exemple : les firmes de gestion de paiement en ligne, les moteurs de recherche, les registraires de noms de domaines, les hébergeurs, etc. Cela fait beaucoup. Sauf qu’une caractéristique du numérique, c’est de favoriser l’opacité en tentant de protéger l’anonymat et par là la liberté individuelle. Prêtes-noms (ou faux noms), nouveaux noms de domaine et c’est reparti. Les auteurs et les maisons d’édition entrent ainsi dans un cercle sans fin de poursuites.

Ironiquement l’image qui accompagne le texte évoque une situation similaire. En 1886, Joseph Ferdinand Keppler publie cette caricature de « l’éditeur pirate ». Les lois de l’époque en effet permettent à n’importe quel éditeur de publier dans un autre pays, sans aucune redevance, les œuvres d’un auteur. Par exemple, les livres de Jules Verne pouvaient, une fois traduits, être publiés aux États-Unis par un autre éditeur sans qu’il ne doive verser un sou à l’auteur et à l’éditeur d’origine. Un traité international sur le copyright intervenu en 1911 est venu mettre fin à cette iniquité.

Combien de temps nous faudra-t-il attendre avant que les États de la planète ne s’assoient ensemble pour intervenir? Le piratage n’est qu’un symptôme d’un problème plus vaste : nos sociétés sont inféodées à des barons numériques laissés sans aucun contrôle.

En 2022 les journaux devaient être disparus au Canada, en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Source : wikimedia comons images / Funérailles de Arnt Olsen en 1932 à Bonå, Norvège / Auteur : Lyder Kvantoland (1893 – 1972)

Les prédictions ont été nombreuses qui annonçaient la mort prochaine des journaux. En 2011 parait la carte indiquant la ligne de temps de la disparition des journaux de la planète. Cette carte a fait le tour du monde à l’époque et provoqué un boucan aux États-Unis. Selon cette carte prédicative, les journaux devaient disparaitre des É.-U. en 2017, au Royaume-Uni en 2019. et ainsi de suite.

C’est sans compter tous ces sites web et tous ces blogues technos qui péroraient sur le journalisme citoyen qui allait s’imposer sur les médias sociaux et rendre caduque l’information professionnelle, laquelle de toute manière était en surplus. Trouvez-vous aujourd’hui qu’il y a trop d’information produite par des journalistes compétents?

La CEE prend des mesures pour assurer l’équité sur les grandes plateformes de vente en ligne mais…

La Communauté Économique Européenne a récemment promulgué sa Législation sur les marchés numériques. Le but est de s’assurer que les géants comme Amazon ou le App Store de Apple accordent un traitement équitable à ceux qui veulent offrir leurs produits sur ces plateformes, ce qui inclut leurs compétiteurs. La loi veut empêcher notamment qu’une plateforme ne favorise ses propres produits, par exemple dans le moteur de recherche interne ou dans la présentation de ce qui est offert ou n’impose à des tiers des conditions qui nuisent à leurs ventes. Tout cela est bel et bon.

Mais en ce qui a trait au livre personne ne sait combien de bouquins une plateforme comme Amazon peut vendre sur un territoire donné, ni dans quelles catégories : fiction, romance, etc., ni non plus à qui : c’est-à-dire les acheteurs par tranche d’âge par exemple, ou par région.

Personne n’a accès à ces chiffres, donc personne non plus n’est en mesure d’évaluer l’impact réel de ces plateformes sur l’industrie du livre et c’est là un trou énorme dans la connaissance de chaque marché national. Une ignorance qui empêche les décideurs de prendre les décisions appropriées. Dans les circonstances, la loi actuelle prévient sans doute le pire. Mais ne répare pas nécessairement ce qui est brisé. Combien de temps une telle ignorance va-t-elle être tolérée?

NFTs et chaine de blocs créent une épidémie de fraudes dans les arts visuels

Source: Wikimedia commons Howard Pyle: « Pirates city »

La fondation Thomson Reuters (Thomson Reuters Foundation) a publié un reportage impressionnant le 18 janvier dernier sur l’ampleur des méfaits causés par les fameux jetons non-fongibles, en anglais NFT (pour Non Fungible Token). Un jeton non fongible est un jeton numérique (jeton cryptographique) dont l’authenticité est validée par la chaine de blocs.

Selon le journaliste Avi Asher-Schapiro spécialisé en droits numériques, la plateforme Deviant Art a elle seule rapporte plus de 90 000 cas d’oeuvres piratées via les NFTs depuis septembre 2021.

En 2020 selon le même journaliste, les transactions commerciales avec des NFTs totalisaient 95 millions de dollars. En 2021? 25 milliards de dollars US (22 milliards d’euros, 31,72 milliards de dollars canadiens). Le volume élevé de transactions explique en partie le côté infectieux de la fraude.

Les artistes sont impuissants à défendre leurs œuvres. Les vols sont trop faciles et trop nombreux. Pour retirer des oeuvres volées de leur catalogue, les plateformes qui transigent des NFTs exigent des artistes floués qu’ils remplissent une requête nommée aux États-Unis Digital Millennium Copyright Request pour…chacune des oeuvres dérobées. Une tâche titanesque lorsque des dizaines d’oeuvres œuvres sont dérobées. Poursuivre en cours est impossible pour un artiste. D’abord il lui faut éventuellement se préparer à poursuivre en Russie, en Asie, bref, un peu n’importe où. Avec les coûts idoines.

Le pire cependant est le narratif juridique même de la chaine de blocs : elle serait invulnérable à la manipulation et à la fraude selon ses adeptes puisqu’il s’agit d’un algorithme. Le problème escamoté ici étant que n’importe qui peut l’utiliser pour identifier comme siennes les œuvres d’un autre. D’une manière ou de l’autre, le narratif technologique rend les procédures en justice plus coûteuses, plus complexes et plus hasardeuses.

Certains arguent que le vol d’oeuvres a toujours existé en arts. Sauf que l’alliance du numérique et de la chaine de blocs lui donne une ampleur et une facilité extraordinaires.

Pour l’instant, les fraudeurs portent leur attention sur les œuvres d’art, faciles à voler et éventuellement faciles à monnayer. Ce n’est qu’une question de temps afin que l’édition et les auteurs ne fassent les frais de leurs actions.

Rappelons que ces temps-ci, de nombreux experts numériques et davantage d’entreprises tentent de convaincre nos gouvernements d’adapter la chaine de blocs pour valider les droits et les identités individuelles. La même chaine de blocs qui sert de carburant aux fraudes NFTs. Peut-on imaginer la catastrophe que cela représenterait élargit à l’ensemble de la société?

Un journal sportif entièrement numérique vendu pour 550 millions $ US

Source : wikimedia commons Images / 1888 Captain J.C. Daly, All Around Athlete, from World’s Champions, Second Series (N43) for Allen & Ginter Cigarettes MET DP839298.jpg

La semaine dernière le vénérable New York Times a fait l’acquisition du média numérique The Athletic pour la modique somme de 550 millions de dollars US soit 486 millions d’euros ou 699 millions de dollars canadiens. La transaction fait partie de la stratégie du New York Times d’augmenter d’ici 2025 à 10 millions le nombre de ses abonnés. Entièrement numérique et dédié aux sports, The Athletic a fait le pari de réussir en misant sur les reportages longs et les journalistes locaux dans chaque ville où il s’est implanté. Impossible de savoir combien au total les investisseurs ont dépensé pour faire rouler le journal mais les estimations varient autour de 150 millions $ US (132,5 euros ou 190 millions$ Can.). Les premiers profits sont prévus pour 2023.

L’intérêt de la nouvelle pour Mammouth est que le journalisme numérique lentement s’impose. Les journaux et leurs journalistes devaient disparaitre selon les prédictions. Ce n’est heureusement pas le cas.

Le livre américain va bien, très bien

Source: Wikimedia Commons. Science library of Upper Lusatia in Görlitz, Germany. Ralf Roletschek
Creative Commons Attribution 3.0

Publiée par le site InfoDocket (dédié essentiellement aux actualités concernant les bibliothèques) : la compilation des chiffres-clés du plus récent rapport des ventes de livres mensuelles aux États-Unis, celles d’octobre, émise par l’AAP (Associations of American Publishers).

Toutes catégories confondues, les ventes d’octobre 2021 augmentent de 23,1% comparées à un an auparavant et de 13,7% sur l’ensemble de l’année. À 84 millions $ US, les ventes de ebooks étaient en baisse cependant de 12,3% sur celles d’octobre 2020. Il fallait probablement s’y attendre. Les ventes de livres audio numériques étaient par contre en hausse de 10,3%.

L’état du livre au Canada : Booknet publie son rapport 2021

Booknet, l’organisme qui observe et analyse l’évolution du livre au Canada vient de publier son dernier rapport sur l’état des choses. L’étude porte sur l’année 2019, mais inclut cependant chiffres et analyses sur la manière dont le milieu du livre a été affecté par la pandémie.

Le plus récent sondage inclus a été réalisé en janvier 2021. Parmi les phénomènes intéressants, lors que durant la pandémie 62% des lecteurs voyaient leurs capacités à acheter un livre entravé en raison de la Covid, cette proportion n’était plus que de 36% vers la mi-2021. Par contre, 40% des lecteurs canadiens considéraient que leur capacité à emprunter des livres avait diminué. La majorité des visites en librairie était virtuelle.

Une bonne nouvelle pour les libraires : près de 80% des Canadiens considèrent essentielle la présence physique (en pierre et en brique) des librairies. Par contre la majorité des acheteurs; 61%, ont fait leur transaction en ligne. Le pourcentage de lecteurs s’étant procuré un ebook est identique : 61%.

Un phénomène à surveiller : de 2017 à 2019, la proportion de petits éditeurs est passée de 66 à 63%, et celle des grands éditeurs de 15 à 10%. C’est la catégorie des éditeurs de taille moyenne qui a augmenté passant de 19 à 27%.