La relation entre les auteurs et les éditeurs : ça chauffe en France

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Leonid Pasternak : « La passion de la création » Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=17996539

Le webzine l’Actualitté a mis de l’avant en 2019 et au début de cette année une série d’analyses sur les relations de moins en moins bonnes entre les auteurs et les éditeurs.

En ce mois de janvier il y a notamment ce refus du Syndicat national de l’édition (SNE) https://www.sne.fr d’accorder systématiquement 10% des revenus de ventes aux auteurs (ce qui est précisément le droit d’auteur).

Les auteurs ont eu en France une année 2019 exécrable, renforcée par des actions imprévues de certains organismes publics. Un rapport commandé par le Ministère de la Culture sur le statut du créateur en France et attendu avec espoir par les artistes et les auteurs semble avoir été « Godot-isé ». Tout le monde en parle et en discute, mais le rapport en question n’a jamais été vu.

Ce qui crée un contexte pas du tout confortable pour les auteurs et, avec nos excuses à eux et aux autres parties impliquées, un formidable laboratoire sur l’avenir de la culture française et francophone, du moins dans le domaine du livre.

Avec la présence d’Amazon, celle de plus en plus envahissante de l’intelligence artificielle dans le champ de la « rédaction », l’évolution de l’auto-édition et l’entrée en scène progressive des cryptomonnaies et des chaines de blocs qui permettent davantage d’indépendance aux auteurs, le bouillonnement actuel va s’amplifier.

La fonction d’éditeur a été créée par une sanction royale de la monarchie anglaise au XVIIIe siècle. Ce n’est pas exactement conçu pour l’économie numérique. Tout le système français du livre (calqué par le Québec) est également règlementé d’une manière aussi détaillée que systématique. C’est un modèle de forteresse qui peut rompre brutalement, mais ne peut pas plier.

Le résultat éventuel va être n’importe quoi sauf ennuyeux.

Piraterie numérique : le cas fascinant de l’Australie

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Howard Pyle illustration de pirates séparant leur butin Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1744246

Torrent Freak a publié fin décembre une analyse très intéressante concernant la piraterie numérique en Australie.

L’article étudie un rapport publié par le Department of Communications and the Arts du gouvernement australien. Le résumé du rapport est disponible ici et le rapport lui-même à cet endroit. Il fait état d’une diminution de la piraterie en ligne et une augmentation de la consommation de contenus culturels numériques.

Torrent Freak relève autre chose dans les chiffres que ne soulignent pas les communiqués de presse et les articles des médias traditionnels. Il est vrai que depuis 2015, le nombre de pirates numériques a diminué drastiquement avec le resserrement des lois et les campagnes de sensibilisation, passant de 43 à 16%, une diminution drastique.

Cependant dans plusieurs catégories, les achats ont également diminué notablement : par exemple dans le cinéma, le jeu et la musique. Le rapport du gouvernement a démontré qu’a contrario, les pirates dépensent deux fois plus en contenus culturels que le citoyen agissant légalement. Ce qui laisse à penser qu’ils sont les consommateurs de contenus les plus enthousiastes et probablement aussi les plus actifs lorsqu’il s’agit de promouvoir un contenu.

Bref, lutter contre la piraterie en ligne pourrait demander aux conglomérats médiatiques plus de doigté que prévu à l’origine. En ce qui concerne le livre numérique, le rapport n’étudie pas l’effet de la piraterie sur le livre, mais mentionne cependant que la consommation générale (incluant la gratuité) montre une baisse de 15 à 14% entre 2018 et 2019. Le nombre des consommateurs eux-mêmes étant passé de 12 à 10%.

 

 

La taxe de vente sur les livres numériques en Europe

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Taxe

En 2019 et au 1er janvier de cette année, la TVA sur les livres numériques a diminué dans la plupart des grands pays : Finlande, Allemagne, Belgique, Suède, etc. En France il est de 5,5%, comparable au livre papier.

Mais comme le démontre cet article de la fin octobre dernier de l’excellent The Guardian, cela fait déjà un moment que divers intervenants réclament la baisse de la TVA de 20% (!) sur les livres numériques dans le Royaume-Uni. Sans succès.

Il va être intéressant, et peut-être désolant, de suivre quels effets le Brexit produira sur le livre et la culture en général dans les pays du Royaume-Uni.

Amazon : les auteurs en profitent ou pas?

Image : Par Moriz Jung – This file was donated to Wikimedia Commons as part of a project by the Metropolitan Museum of Art. See the Image and Data Resources Open Access Policy, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=60859469

L’excellent webzine l’ActuaLitté a récemment publié un article qui s’interroge sur les profits que les auteurs qui choisissent de publier sur Amazon ou pas peuvent recevoir du géant de la vente.

Amazon prétend en effet que ses auteurs se sont partagé environ 290 millions $ US, que des milliers gagnent plus de 50 000,00 $ US grâce à leurs ventes sur Amazon et plus d’un millier de ces heureux créateurs obtiendraient annuellement plus de 100 000,00 $ US en confiant leurs récits à Amazon.

Tout ce que l’on sait d’à peu près fiable à propos des ventes de livres sur Amazon date déjà de quelques années. À l’époque où le défunt site Author Earnings avait envahi la plateforme de vente du géant américain avec ses bots pour y amasser l’information; vente de livre par vente de livres ,et en faire exécuter l’analyse par des algorithmes sophistiqués.

Qu’avons-nous appris qui s’est vérifié au fil du temps?

Que les ventes de livres numériques sur Amazon dépassaient de deux fois celles des livres papier aux USA incluant les ventes papier d’Amazon qui de toute manière surpassaient celles de tous ses concurrents réunis. Nous étions donc devant un cas où de manière un peu caricaturale, Amazon ebook vendait deux fois plus qu’Amazon papier.

Que ces ventes profitaient de la vitalité de secteurs largement sous-estimés par l’édition traditionnelle; comme les romans à l’eau de rose.

La publication des rapports de Author Earnings a l’époque (2015 à 2018) a bouleversé l’industrie du livre aux États-Unis. Notamment parce que ces rapports mettaient en lumière que la collecte des données par l’industrie traditionnelle souffrait de nombreuses faiblesses et présentait un portrait très biaisé de la réalité du marché.

S’il y a des ventes, et si elles sont massives, il y a donc, en principe, des revenus pour les auteurs. Maintenant combien d’auteurs touchent combien de recettes et dans quels marchés? Il faudrait avoir les chiffres des sommes versés par Amazon pour le savoir.

Nous aurions surtout besoin d’un nouveau Author Earnings ou plus utilement un Revenu des Auteurs qui applique ses algorithmes de collecte et d’analyse de données  au marché francophone.

La personne derrière Author Earning a depuis profité de la visibilité et du prestige engendré par ses rapports pour lancer Bookstat ; un service de cueillette et d’analyse des données pour les besoins des grandes maisons d’édition.

Ça vaut la peine de jeter un œil sur la page d’accueil où Bookstat montre en quoi il se distingue des sociétés traditionnelles spécialisées dans la collecte et l’analyse des données de ventes des éditeurs, par exemple nommément Nielsen.

Le financement du petit éditeur


Légende : par C.T. Dazey. Source: Librairie du Congrès

Dans les 30 dernières années, le personnel de Mammouth a souvent été impliqué dans le financement de projets culturels. Et là, disons-le franchement, la petite boite ou la petite association/OBNL est très souvent son pire ennemi. Trois fois sur quatre le financement va échouer à cause de failles dans le processus et non parce que le financement n’est pas disponible ou que les bailleurs de fonds, quels qu’ils soient, ne sont pas intéressés.

Alors voici gratuitement quelques conseils essentiels pour lesquels vous n’aurez pas à dépenser quelques centaines d’euros ou dollars pour les apprendre dans un atelier.

Le financement est un processus permanent. Pensez agriculture ici. On travaille son lopin à chaque jour. Corollaire contre-intuitif : on ne cherche jamais de financement lorque l’on en a besoin. Parce que le contrôle de l’agenda nous échappe et le risque que le stress entraine de mauvaises décisions augmente de manière vertigineuse.

Même les organismes philanthropiques exigent des résultats! Personne ne sort un euro pour le mérite artistique de la présentation d’un projet. Pour un investisseur ou un analyste financier, tout doit être clair et cohérent. Ça commence par la mission ou l’objectif de votre projet. Évitez les trucs vagues : sensibiliser, diffuser, faire connaitre. Que voulez-vous faire exactement et pour quels publics spécifiques?

Vous voulez éditer des livres pour les vendre dans un créneau spécifique? Utilisez Boileau : « ce qui se conçoit clairement… » Vous n’avez pas idée à quel point des projets se patafiolent parce que les intentions de départ ne sont pas explicitées clairement. Les objectifs doivent se traduire par un plan d’action tout aussi facile à comprendre avec un processus opération simple et des actions précises.

Et pour finir, l’investisseur s’attend à ce que le tout s’incarne dans un budget solide et cohérent. Est-ce que votre budget peut tout prévoir? Non. Dans la majorité des cas, les plans d’affaires se modifient pour faire face aux circonstances dès les premiers mois. Tous les investisseurs savent que votre plan a les plus grandes chances de ne pas se dérouler comme vous l’avez prévu. Mais à travers la cohérence du plan et du budget, le bailleur de fonds peut reconnaitre quelqu’un qui a les capacités de s’adapter.

Vous allez vous éviter beaucoup de « shopping » d’ange financier si au départ vous avez idée avec quel type d’investisseur et de personnalité vous souhaitez travailler. De manière générale, il vaut mieux chercher des investisseurs qui proviennent du milieu. S’ils y sont actifs, c’est parce qu’ils connaissent le secteur, mais aussi parce qu’ils l’aiment!

A contrario, dans certains contextes ou dans certains domaines, l’édition en est peut-être un, mieux vaut chercher à l’extérieur, pour profiter d’une expertise différente et d’un regard neuf, surtout si votre projet est novateur.

Enfin, dans l’édition, la demande de subvention est partie incontournable de la vie d’une boite d’édition petite ou grande. Lisez soigneusement jusque dans les moindres petits détails. Ne vous contentez jamais de cette première étape! L’essentiel n’est pas de savoir ce qui est écrit, mais comment les fonctionnaires l’interprètent. Cette cueillette d’information est indispensable si vous souhaitez éviter de perdre votre temps à rédiger des demandes qui seront refusées.

Voilà donc quelques éléments de base. Il y aurait matière à faire un livre avec le sujet du financement mais ce sera pour une autre fois.

The Atlantic et le modèle d’affaires numérique

Sous la plume d’Erik Martin, le webzine DCN pour Digital Content Next publie un court reportage sur les changements apportés par le vénérable magazine « The Atlantic » à son application mobile (iOS) et son site Web.

Plus dépouillé, le contenu numérique a doublé les prévisions de revenus en septembre et octobre et attire plus de 30 millions de visites par mois. Plus remarquable cependant reste le fait que la publicité numérique constitue 45% des revenus. Ça demeure loin des beaux jours de la presse écrite, mais le progrès est substantiel.

Cependant, c’est une citation d’Adrienne LaFrance, éditrice exécutive du magazine qui retient l’attention de Mammouth et pourrait faire grincer des dents ses lecteurs des médias :

“It’s actually a wonderful time to be a publisher because the incentives for the highest-quality journalism and what journalists want to make are aligned with what readers are willing to pay for. So, we can be incredibly ambitious knowing that the highest quality product is what people will want to subscribe to,”

Est-ce que la période actuelle est vraiment formidable pour être un éditeur média? Et est-ce que les usagers sont vraiment enclins à payer pour le contenu qu’ils désirent? Trouver la réponse à deuxième question en tous cas est dans les cordes de Mammouth et il faudra y revenir.

Culture et chiffres en France : le livre ne suit pas la croissance

Titre: Triumphzug Kaiser Maximilians
Par : Albrecht Altdorfer  (1480–1538) Source : Wikipedia

L’excellent webzine l’ActuaLitté sort les statistiques qui concernent la croissance de la culture en France. On y apprend notamment que les industries créatives y pèsent un joli 91,3 milliards d’euros dans l’économie de l’État et a crû de 6,7% depuis 2013. Le secteur fait travailler 300 000 entreprises. 

La culture constitue 2,3% de l’économie globale en France en 2017. Avec 6,3 milliards d’euros de chiffres d’affaires, la croissance du livre, à 3,6%, atteint environ la moitié de la croissance sectorielle. Une surprise pour Mammouth; les arts visuels avec 9,4% de croissance et un chiffre d’affaires de 23,4 milliards d’euros. Nous devrions peut-être nous mettre à la peinture.

Le Québec n’est pas différent de la France. Plus petite, l’économie de l’industrie créative  y fait quand même un respectable 9,4 milliards de dollars et procure 4,7% des emplois occupés par les Montréalais. À trouver: le poids des livres là-dedans.