Le livre numérique et le livre audio poursuivent leur montée.

« The phonograph at home reading out a novel. » From ‘The Papa of the Phonograph,’ Daily Graphic (New York), April 2, 1878, 1 (The Western Reserve Historical Society, Cleveland, Ohio)./ Wikipedia

La pandémie favorise le virtuel. Livres numériques et livres audio semblent en profiter. L’excellent webzine Lettres numériques publie un article sur le sujet

On peut y trouver un lien vers une étude gratuite (en anglais cependant)

sur la hausse des ventes du livre numérique et du livre audio dans la zone Allemagne, Autriche et Suisse germanophone.

La tendance déjà observée ailleurs se poursuit donc.

Le secteur romance en mode numérique augmente ses ventes aux Etats-Unis

Signalé par la version en ligne de Publishing Perspective, les ventes de ebooks dans le secteur romance augmentent de 17 points de pourcentage de janvier à mai seulement. Même si ses ventes sont impressionnantes depuis plusieurs années, le secteur de la romance demeure difficile à cerner, car c’est le domaine des auteurs autopubliés qui profitent d’un public extrêmement loyal.

Nous avons hâte de voir les chiffres de vente de mai à septembre!

Une étude (gratuite) sur les ventes du livre audio

La Foire de Francfort publie gratuitement une étude (« White Paper ») sur le livre audio. Linda Lee, qui durant quatre ans fut présidente de l’Audio Publishers Association aux États-Unis a produit l’étude qui analyse la croissance du marché, les données démographiques disponibles sur les acheteurs et usagers en terminant avec les perspectives d’avenir vues par quelques-uns des principaux joueurs de l’industrie.

Pour davantage d’informations sur les grandes lignes de l’étude, le webzine Publishing Perspectives en publie un survol complet.

Abolition de la taxe de 20% sur les livres et les médias numériques au Royaume-Uni

Guardian

Après une campagne soutenue, le gouvernement britannique va finalement abolir sa taxe de 20% sur les livres (sauf les livres audio) et les médias numériques (comme les journaux). C’est ce qu’annonçait en mars dernier The Guardian.

C’était à la mi-mars, la Grande-Bretagne n’était pas encore en mode pandémie, mais il faudra voir dans les prochaines semaines si cette abolition a pu avoir un effet bénéfique sur les ventes de livres numériques.

Twitter et nous

EFF

Twitter a récemment avisé ses usagers de modifications à ses règles concernant la protection de leurs informations.

Vous avez sans doute vu apparaitre ceci sur votre compte Twitter:

An update to your data-sharing settings
The control you have over what information Twitter shares with its business partners has changed. Specifically, your ability to control mobile app advertising measurements has been removed, but you can control whether to share some non-public data to improve Twitter’s marketing activities on other sites and apps. These changes, which help Twitter to continue operating as a free service, are reflected now in your settings. Learn more.

 

L’Electronic Frontier Foundation organisme à but non lucratif dédié à la protection des droits des usagers numériques explique dans une analyse éclairante ce que signifient ces modifications.

En gros, dans le passé les annonceurs de Twitter profitaient d’un défaut de configuration qui leur permettait d’utiliser les données des usagers afin de les identifier et éventuellement de les pister plus facilement. Ce défaut avait été corrigé il y a quelque temps par les équipes techniques de Twitter qui a vu ses revenus publicitaires baisser par la suite.

La ligne des profits faisant foi de tout dans le monde des médias sociaux corporatifs, Twitter a donc modifié ses règles afin de revenir à la situation prévalant avant ses corrections et ses usagers ne peuvent plus choisir que leurs données ne soient pas partagées avec des tiers.

Sauf en Europe, où des lois protégeant la vie privée des usagers et leurs données existant. Ailleurs, aux États-Unis et au Canada notamment, c’est le laisser-faire total.

L’Electronic Frontier Foundation conclut à la nécessité d’avoir des lois protégeant les usagers. On se demande pourquoi une telle évidence n’a toujours pas trouvé écho auprès des gouvernements.

Soutenir les journalistes, abandonner les journaux

NYTimes

En réponse aux problèmes financiers qui affectent les médias d’information, un mouvement récent aux États-Unis préconise une approche radicalement différente : supporter financièrement les journalistes plutôt que les publications pour lesquelles ils travaillent.

Dans un article récent, le New York Times aborde la question de la stratégie qui devrait guider les investisseurs intéressés aux médias d’information. Le titre percutant résume le débat : Bail Out Journalists. Let Newspaper Chains Die. Sauver les journalistes et laisser les chaines de journaux mourir.

C’est ce que préconise, parmi d’autres, une intervenante de poids lorsqu’il s’agit de trouver des fonds pour rescaper des journaux, Elizabeth Green. Madame Green est également cofondatrice et rédactrice en chef de Chalkbeat, une organisation média qui couvre l’éducation, et plus particulièrement, les efforts faits pour améliorer l’accès des enfants pauvres à une éducation de qualité.

Dans l’exposé que fait Madame Green au New York Times, elle conclut après une analyse mûrement réfléchie, fondée sur la possibilité concrète d’acquérir des journaux et des chaines de journaux à travers les États-Unis, que le modèle d’affaires actuel est désormais mort et enterré.

L’approche de Madame Green consiste à conserver les valeurs du journalisme, préserver les journalistes, et se débarrasser des actionnaires, des fonds d’équités et d’un modèle d’affaires qui n’a plus cours. Mieux vaut à la place supporter financièrement les journalistes à travers des réseaux légers de petites salles de nouvelles numériques consacrées aux nouvelles locales, le maillon le plus important pour les communautés et le plus vital pour la démocratie.

Pour amasser des fonds, elle a cofondé une organisation philanthropique The American Journalism Project qui finance de nouveaux modèles de médias axés localement.  Parmi les exemples, citons : le City Bureau à Chicago, le Mississippi Today, et le VTDigger au Vermont.

 

Ce qu’Amazon sait de ses lecteurs

Amazon

 

Le superbe The Guardian, journal anglais qui porte une attention soutenu au livre numérique, publiait récemment un article de l’un de ses collaborateurs spécialisés en technologie à propos de toutes les données qu’Amazon amasse sur ses lecteurs.

Kari Paul profitant d’une toute nouvelle loi californienne protégeant la vie privée a demandé à Amazon de lui donner accès à toutes les données que l’entreprise avait accumulées sur lui.

En dehors des fichiers attendus : historique d’achats, adresses de facturation et d’envoi, etc., il a également déniché deux fichiers Excels de 20 000 lignes chacun, détaillant avec minutie ses habitudes de lecture sur l’application Kindle installée sur son iPhone.

Par exemple le moment exact où il a commencé à lire un livre précis et celui où il s’est arrêté. Chaque période de lecture sur chaque livre est ainsi soigneusement consignée de même que les passages soulignés et ceux copiés sur le clipboard du iPhone ou même les recours au dictionnaire de Kindle.

Inutile pour le fonctionnement de l’application, cette masse de données, additionnée à celles d’autres lecteurs et soumise à des algorithmes de corrélation peut donner des résultats que l’individu normal est incapable de prévoir et comprendre souligne Kari Paul. D’où le danger à laisser aller ce type de pratique sans l’encadrer peut-on conclure.

Patreon et autres: transformer les fans en mécènes

Patreon

Patreon est loin d’être une nouveauté, mais dans le monde de l’édition, plusieurs ignorent encore ce type de plateformes qui permet aux artistes de financer leur travail créatif par les donations de leurs fans sur une base mensuelle.

Chaque créateur ménage plusieurs niveaux de donations mensuelles pour ses fidèles, chaque niveau donnant droit à des « récompenses » différentes. Il y a évidemment des auteurs sur Patreon. La plateforme a différentes sections pour les podcasters, artistes en arts visuels, écrivains et journalistes, créateurs de jeux et il y a même une section pour ceux qui créent des produits éducatifs.

Parmi le groupe des journalistes et écrivains, Gaslit Nation est sans doute la plus connue des offres actuellement existantes sur Patreon. Ce qui contribue évidemment, vu leur succès, à mettre à l’abri des pressions politiques les deux journalistes qui animent cette série de podcasts.

Mis sur pied par Jack Conte et Sam Yam, respectivement musicien et programmeur, Patreon se distingue d’autres sites de financement participatif comme Kickstarter par l’établissement d’une communauté de relations continues entre l’artiste et ses fans qu’elle transforme en autant de mécènes.

Il va de soi que pour que le processus fonctionne, il faut qu’un créateur possède au démarrage une solide base de fans. Dans la foulée de Patreon, d’autres plateformes similaires ont vu le jour, avec des variantes. Par exemple Ko-Fi où le mécène peut offrir un nombre plus ou moins grand de cafés à l’artiste qu’il supporte en échange de récompenses.

Pour l’instant et en excluant les plateformes basées sur les cryptomonnaies, Ko-Fi et Patreon demeurent de loin les propositions les plus efficaces offrent aux artistes pour espérer vivre d’une relation suivie avec ses fans devenus mécènes.

 

Écrire devient un luxe

Dirty Secret

Nous avons récemment publié un article sur les coûts imposés aux auteurs par certaines activités pourtant indispensables comme participer à des conférences.

 

Un article publié fin février dans The Guardian et repris en français par ActuaLitté, intitulé: ‘A dirty secret: you can only be a writer if you can afford itpose sans ambages que l’écriture est dorénavant un luxe réservé à ceux qui peuvent se le payer. L’autrice, Lynn Steger Strong mentionne que le revenu médian des auteurs/trices américain(e)s; 6, 080,00 $ US (5449.50 euros ou 8 229,00 $ Can.) en 2017 représentait une baisse considérable par rapport aux 10 500,00 $ US (9411.14 euros ou 14 211,00 $ Can.) de 2009 (et ce, sans tenir compte de l’inflation).

Madame Steger Strong souligne dans son analyse que pour écrire l’auteur ou l’autrice doit disposer de revenus confortables, d’un héritage ou du support financier indéfectible de ses proches, en particulier si l’auteur a aussi des enfants. Écrire coûte très cher parce que ça demande du temps. Faute de support financier extérieur, il faut pouvoir profiter d’un emploi à horaire flexible suffisamment rémunérateur pour laisser à la création deux jours par semaine du lundi au vendredi, afin de travailler à l’écriture.

Ce qui nous amène à nous demander; dans une industrie le livre, où absolument tout se calcule du coût d’impression du livre et du graphisme, au coût la distribution et de la publicité en passant par le coût de l’espace occupé par un titre sur les étagères des librairies, etc.; pourquoi les auteurs et les autrices n’évaluent pas le coût de leurs efforts?

Pourquoi doivent-ils toujours penser en terme de gratuité et d’amour de l’art alors qu’ils sont les seuls à le faire? Le salaire horaire moyen en France, selon l’INSEE et tel que rapporté par Articque s’établit à 12,8 euros (soit 19,32 $ Can.).

Supposons un auteur qui travaille trois jours semaine, juste assez pour se maintenir à flot vis-à-vis le paiement du loyer, l’épicerie, les charges. Bref, le créateur en question réussit dans une année à consacrer 350 heures à son travail d’écrivain.

Ce qui fait un investissement de 4 480 euros (6 765 $ Can.) dans son projet de livre. Au tarif horaire médian bien sûr. Maintenant, quelles sont les chances de cet auteur de récupérer les coûts de son investissement? Ou même la moitié?

À peu près nulles. Ce tableau infographique publié par ActuaLitté en 2016 montre qu’en 2013, 101 600 auteurs avaient reçu une forme de rémunération pour leur travail d’écrivains. Le chiffre n’inclut évidemment pas les auteurs n’ayant rien reçu. Parmi les 101 600, 5 000 d’entre eux ( un peu moins de 5%) avaient gagné suffisamment; 8 649 euros (13,060,00 $ Can.) et plus, pour devenir affiliés à l’Agessa qui gère le volet sécurité sociale des auteurs.

Est-ce que l’effort littéraire devrait se limiter à la comptabilité? Non bien sûr, mais il devrait l’inclure. L’écriture est un travail à très haut risque sur le plan financier et il n’est pas certain que la satisfaction de créer quelque chose compense pour les déceptions de ne pas voir son livre publié, ou de le savoir négligé par son éditeur, de savoir qu’à peine deux ou trois douzaines de copies se sont vendues ou que le livre créé avec tant de peines a eu droit de cité sur les rayons des librairies pendant 10 jours avant d’être remplacé par un autre. Pour que son existence soit justifiée, le livre demande le regard des autres, le regard des lecteurs. Nous voulons dire par là, plus que deux ou trois douzaines de ces lecteurs. Et trop souvent les publications passent de l’imprimerie au pilon sans ce regard.

La progression du livre audio aux États-Unis

Audiobook

Signalé en 2017 par l’excellent Lettres Numériques, un rapport de l’Audio Publishers Association sur la bonne marche des ventes de livresaudio soulignait quelques éléments-clés :

– Les ventes de 2016 ayant augmenté de 18,6% vs celles de 2015, il s’agissait de la troisième année consécutive où l’augmentation des ventes se situait près de 20%.

– Le nombre d’auditeurs progressait lui de 22% par rapport à l’année précédente pour atteindre 67 millions de personnes; un marché considérable totalement orienté vers la fiction (mystère, suspenses, science-fiction, fantasy).

L’an dernier, Publishing Perspectives analysait les chiffres sortis pour 2018. Les ventes avaient alors augmenté dans une proportion de 27,3%, rejoignant la moitié de la population américaine à partir de 12 ans et plus. Les catégories de livres vendus se situaient encore une fois dans les mêmes catégories de fiction.

Les ventes de 2019 seront probablement analysées lors de la conférence annuelle de l’Association fin mai 2020.

Ça va être à suivre!