Thot Cursus : un coffre à outil pour l’éducation francophone.

Présent en ligne depuis 1996 et avec un réseau de quelques dizaines de milliers d’éducateurs actifs dans toute la francophonie, Thot Cursus est un site pionnier dans le domaine de l’apprentissage et du numérique au service de l’apprentissage. En plus des articles de fond, Thot Cursus propose ressources, cours et formations tous azimuts.

Un site à suivre!

Webtoon est en croissance

Nous en avons déjà parlé dans nos pages, le webtoon est un format de bande dessinée adapté pour le téléphone cellulaire : les histoires se lisent verticalement, de haut en bas, plutôt que de droite à gauche.

Originaire de Corée du Sud le webtoon est également le cheval de bataille d’une entreprise du même nom : Webtoon. Signalé par l’excellent Lettres Numériques, l’acquisition de Wattpad (éditeur numérique de fiction et de fan fiction) par le conglomérat Internet Naver, également originaire de Corée provoque un bouleversement majeur dans la bande dessinée numérique.

Naver fusionne en effet les studios créatifs de Wattpad et de Webtoon et crée en même temps un géant de l’édition du manga et de la bande dessinée numériques. Or, en parallèle, ActuaLitté nous apprend que Webtoon vient également de conclure un partenariat avec DC Comics afin de produire une ou des séries de webcomics exploitant l’univers DC.

Ce sera à surveiller!

Un mouvement pour retirer les forces policières des bibliothèques aux États-Unis

Soulevé par InfoDocket le journal des bibliothèques américaines, ce phénomène détaillé dans cet article par Teen Vogue; il se développe aux États-Unis un mouvement pour l’abolition de la présence des forces policières dans les bibliothèques. On a peine à croire qu’une telle présence soit même possible, mais quoi qu’il en soit, la surveillance policière des bibliothèques pèse lourdement, à la fois sur le budget de ces institutions et sur la qualité de l’expérience qu’elles peuvent proposer à leurs usagers.

Un groupe s’est formé : le Abolitionist Library Association qui propose comme son nom l’indique d’abolir la présence policière entre les rangées de livres et de consacrer l’argent économisé aux services à la communauté et en premier, à de meilleurs services offerts par les bibliothèques.

L’Indéprimeuse: les délices numériques de la typographie

Née dans une famille d’imprimeurs depuis plusieurs générations, L’Indéprimeuse connaît sur le bout des doigts les heurs et malheurs de la typographie. Et c’est avec humour qu’elle nous entretient du sujet sur son fil Twitter, en plus de proposer sur son site une kyrielle de produits dérivés qui exploitent le sujet de la typographie avec originalité. Dans tous les cas, on apprend en souriant.

Comme quoi l’impression papier et le numérique peuvent, à l’occasion, devenir de parfaits partenaires.

Vol d’oeuvres et NFT: Deviant Art intervient

Les vols d’oeuvres d’art se multipliant via l’usage des NFTs (Non Fungible Token ou jeton non fongible), DeviantArt l’un des plus anciens médias sociaux consacrés aux arts, met en place des mesures de préventions. DeviantArt Protect est un algorithme de détection qui sur la plateforme, repère les œuvres par trop semblables et en avertit les auteurs. DA élargit désormais le service en passant en revue les différents sites de NFT destinés aux arts.

Le problème est que cette « protection » ne couvre que les trois premiers mois de la présence d’une œuvre sur la plateforme et seuls les membres payants sont protégés de manière permanente, tant qu’ils paient bien sûr. Signalons que sur DeviantArt, se trouvent également des sections dédiées à la fan fiction, à la poésie et à la littérature, même si DA est reconnu presque exclusivement pour ses artistes en illustration (fantasy et jeu vidéo), photos et cosplay.  

Pourquoi les NFT et la chaine de blocs représentent-ils une menace pour les arts et le livre

Un reportage de la BBC ouvre une fenêtre sur la réponse.

Spéculation et manipulation, identité et sécurité sont les problèmes les plus criants. Attardons-nous d’abord a l’aspect spéculatif : l’usage de NFT pour l’achat d’œuvres numériques est promu en grande partie par des individus qui spéculent avec les cryptomonnaies. Le site NFTheft est on ne peut plus lumineux sur le sujet.

Ce qui est vendu avec la chaine de blocs et les NFTs c’est essentiellement un acte de foi : vous êtes propriétaires d’œuvres d’art et non pas d’une collection d’algorithmes. Cet acte de foi peut-il résister au passage du temps?  On ne parlera même pas ici de la valeur artistique des œuvres proposées/acquises. L’édifice financier sur lequel se juche le marché de l’art en mode NFT est précaire.

L’achat d’art permet également aux spéculateurs de gonfler et consolider leurs opérations financières à travers les cryptomonnaies. Mais dans un univers spéculatif, les artistes sortent rarement gagnants. Ils ne sont pas partie prenante au processus où leurs œuvres s’échangent. Or une fois l’emballement passé, il est facile de constater d’une part que la chaine de blocs est un processus encore extrêmement complexe et que les cryptomonnaies sont très volatiles. Le tout est une affaire de spécialistes.

Ensuite, ce n’est pas gratuit, loin de là. S’équiper pour réaliser des transactions avec des NFT, simplement acheter les différents portemonnaies virtuels, va coûter des centaines de dollars/euros. Complexité (ce qui demande temps et énergie à maitriser) et coûts financiers sont des obstacles que l’artiste aux revenus moyens ne peut franchir.

En parallèle, les cryptomonnaies, et le phénomène est maintenant connu, sont le terrain de jeu des mafias de tous genres et des régimes autoritaires qui s’y livrent au blanchiment d’argent et aux manipulations financières.

Voici un article de Forbes sur le sujet et un autre (également en anglais) de La Stampa. Enfin cette analyse de CrossFire KM décortique le blanchiment d’argent grâce aux cryptomonnaies.

Les cryptomonnaies favorisent précisément ce qu’elles devaient contrecarrer : le manque de transparence. Et l’art numérique devient un vecteur de plus favorisant le blanchiment d’argent.

Enfin et surtout : parlons du vol d’œuvres et du hacking mafieux. Le raisonnement qui justifie l’usage de la chaine de blocs et des NFT en arts et en culture veut que l’algorithme soit neutre, objectif et donc idéal et parfaitement sécuritaire pour des transactions.

Si ce raisonnement vous semble familier, vous avez raison. C’est essentiellement l’argument utilisé par la NRA américaine afin de promouvoir l’usage des armes à feu aux États-Unis : le fusil d’assaut est neutre. C’est le doigt sur la gâchette qui cause le mal.

Qui applique l’algorithme à une œuvre, permettant ainsi de l’authentifier  comme étant la sienne? Pas nécessairement son créateur! Le reportage de la BBC démontre bien que déjà des créateurs en arts visuels ont été victimes de vols d’œuvres à travers la chaine de blocs. 

N’importe qui peut voler le porte-folio en ligne d’un artiste et s’approprier ses œuvres numériques comme siennes.

Plus l’accent est mis sur la pseudo-sécurité et la pseudo-authenticité de la chaine de blocs, plus le processus devient presque impossible à contrecarrer. Bien sûr, l’artiste visuel va avoir les fichiers originaux pour défendre ses droits et sa capacité à commercialiser en ligne.

Mais rien de plus facile pour des mafias numériques que de cibler les artistes qui vendent le plus, de se donner la propriété de leurs œuvres à travers la chaine de blocs et de les faire ensuite chanter en menaçant de nuire à leurs activités pour obtenir un pourcentage de leurs ventes. L’artiste a alors le choix de plier ou d’entamer de coûteuses poursuites en justice. Bonne chance pour faire ça en Russie!

En édition c’est encore plus facile. Le piratage d’œuvres littéraires sur certaines plateformes numériques est déjà endémique. Nous en avions déjà parlé à propos de Telegram et surtout d’Amazon. Avec la chaine de blocs, des catalogues d’édition en entier peuvent changer de main. En littérature, un texte exprimé numériquement n’a pas un original numérique de 500 megs en Photoshop avec des dérivés numériques de 329 k utilisés sur Twitter ou Instagram pour l’autopromotion qu’un hacker va dérober dans l’intention de nuire.

Une fois copiée, la version numérique d’un texte est intrinsèque. Toute l’œuvre d’un auteur peut être copiée et réenregistrée, légalement (!) sous le nom d’un autre grâce à la chaine de blocs. Bien sûr, des auteur(e)s comme J.K. Rowlings sont trop connus pour s’inquiéter. Mais les autres? Et leurs maisons d’édition?

Le problème fondamental est qu’à l’heure actuelle, la chaine de blocs est proposée comme une panacée universelle, sans réflexion sur ses conséquences possibles en mettant encore une fois l’ordinateur en avant comme preuve prétendue de neutralité. Comme si derrière, personne n’utilisait l’ordinateur en question!

Les médias sociaux devaient permettre de démocratiser l’information. Le bitcoin devait être la réponse démocratique citoyenne à l’emprise des grandes banques sur le système financier.

L’Histoire nous montre que le communisme est un superbe concept. Théoriquement égalitaire et juste. Le problème c’est quand un Mao, un Lénine ou un Staline gère le concept en question. Le seul contexte dans lequel la chaine de blocs peut être, éventuellement, utile c’est utilisé par un organisme à but non lucratif; Revue H étant un excellent exemple.

Nous y reviendrons dans les prochaines semaines.

Un site pour visualiser la partialité des moteurs de recherche

Non les résultats de recherche de Google ne sont pas neutres, bien au contraire. Ils varient selon le profil de recherche que l’algorithme attribue à un individu en fonction de ses recherches passées, et ils changent également selon les régions et les pays.

Signalé par Wired, le geste des chercheurs Rodrigo Achigame du Massachusetts Institute of Technology et Katherine Ye de la Carnegie Mellon University qui ont créé Search Atlas leur propre engin qui, en agglomérant les résultats d’une même recherche sur Google dans différents pays; permet de visualiser clairement les disparités dans l’affichage de ces mêmes résultats.  

Les résultats sont spectaculaires comme le montre l’image ci-haut, tirée du site de Search Atlas

Les auteurs (et l’édition) devraient-ils se laisser tenter par les NFTs?

Ce ne sont pas les commentaires et les analyses qui manquent sur la question. Nous en avons consulté quelques dizaines! Pour faire court et vous faciliter la tâche, voici deux articles en remarquable opposition : le premier; 9 Ways Writers Can Use NFTs énumère les raisons favorables pour se lancer dans les NFTs. Le second; Could NFTs Work in Publishing? démonte en gros les arguments du premier.

Leurs lectures nous ont remis à la mémoire que le merveilleux monde de la techno souffre d’une forme systémique d’Alzheimer : les mêmes arguments sont recyclés à intervalles réguliers pour de nouvelles innovations technos après avoir bien démontré la (les) fois d’avant qu’ils ne fonctionnaient pas. Ce qui n’empêche pas les promoteurs, dans un nouveau contexte, de nous les recracher comme s’ils étaient nouveaux.

Nous allons donc cette fois-ci procéder comme Bill Rosenblatt, l’auteur du second article et faire comme si nous nous rappelions ce qui s’est passé auparavant, en présentant les pour avec les contre.

Vous pouvez publier sans intermédiaires. Vrai. Mais c’était le cas aussi à travers les médias sociaux, avec le long tail, le blogue et bref, Amazon est toujours le royaume de l’auto-publication, sans compter tous les Lulu de ce monde. Ajoutons enfin que c’est là le discours du financement participatif et que ce dernier demeure un processus bien moins complexe (tout en restant très exigeant) que les NFTs.

Votre livre accède à un véritable marché de la revente où vous pouvez obtenir des royautés. Comme le souligne Bill Rosenblatt, l’obligation de payer une royauté à un auteur lors de la revente d’in contenu existe déjà. Surtout, dans la mesure où le produit est largement disponible numériquement pour un prix intéressant, l’acheteur va préférer la solution la plus facile pour l’acquérir; soit son vendeur habituel.

Le corollaire de l’argument précédent : votre « œuvre » va prendre de la valeur avec les reventes. Le marché de la revente de livres numériques est à peu près inexistant. Il est vrai que les éditeurs mettent des bâtons dans les roues. Mais la valeur d’une œuvre à long terme dépend d’une foule de facteurs, dont sa réputation, celle de son créateur et bien sûr de son unicité. Dans ce cas-ci l’unicité est relative et artificielle. Le livre ancien existe, il est vrai, mais justement, l’objet est ancien et recherché parce que c’est précisément un objet dont l’existence physique est un témoignage en soi. Dans cent ans peut-être qu’un PDF publié en 2003 aura une certaine valeur, mais jamais de la même dimension.

Vous pouvez créer la rareté artificielle de votre œuvre et partant lui donner de la valeur. Exact. Mais cette rareté repose uniquement et seulement sur l’état d’esprit de l’acheteur qui accepte que l’algorithme dont il est propriétaire lui donne un droit particulier. Or ce droit est déjà qualifié de « bragging right » (littéralement : droit de se vanter) à la grandeur de l’Internet. Vous pouvez parier que les acheteurs technos amateurs de « bling-bling » vont vite se lasser.  Si un million de personnes possèdent chez eux la même copie rigoureusement exacte d’une nouvelle Joconde, quel est l’intérêt de payer beaucoup plus cher pour l’algorithme qui indique que vous être propriétaire de l’oeuvre « originale »?

La chaine de blocs et les NFTs authentifient une œuvre. Les œuvres sont déjà piratées de multiples manières; des pirates copient les contenus offerts, d’autres authentifient comme leurs des oeuvres qui ne leur appartiennent pas, d’autres encore pillent Creative Commons ou les oeuvres sont offertes gratuitement. Authentifier une œuvre et la vendre via des NFTs est un processus complexe hors de la portée de la vaste majorité des artistes pour des raisons de familiarité avec la culture techno, mais aussi pare que ça coûte de l’argent.

Le processus est bien plus facile pour des pirates technos qui procèdent à grande échelle en pillant systématiquement. À terme, la fraude va alourdir un processus d’authentification déjà complexe et va nuire à la crédibilité de la chaine de blocs.

Vous pouvez moduler une offre originale, en offrant des récompenses différentes par niveaux. Financement participatif quelqu’un?

Vous pouvez cultiver votre base de fans qui vont vous promouvoir. Vous aurez votre propre réseau d’investisseurs/acheteurs. C’était l’argument massue des réseaux sociaux et même avant, du blogue. Les problèmes résiduels des réseaux sociaux sont maintenant connus à ce niveau; l’immense consommation de temps, la compétition d’un océan d’artistes dans le même créneau et la difficulté de se démarquer, la nécessité de profiter d’une immense base de fans afin de pouvoir justement en profiter financièrement, etc.

C’est une manière de vous faire de la publicité. Celle-là nous est servie depuis 1993. Littéralement.

Au final, est-ce que cela veut dire de ne pas toucher à la chaine de blocs même avec une pince à sucre? Non. Pour toutes les bonnes raisons de s’y opposer. La chaine de blocs et les NFT représentent un danger réel dont il faut connaitre à fond les tenants et les aboutissants.

Habituellement les auteurs et l’édition fuient les problématiques numériques. Elles ne disparaissent pas pour autant et le milieu souffre de son ignorance. Ça vaut la peine de suivre, avec prudence, le mouvement. Aussi, dans un cadre coopératif, avec la mise en commun de ressources technos et financières, l’accès des auteurs et des petits éditeurs à la chaine de blocs et aux NFTs peut être grandement facilité et peut éventuellement contribuer sinon à améliorer leurs conditions économiques, du moins à les préserver des problèmes éventuels que peut entrainer la popularité croissante de la chaine de blocs.

Voici en terminant d’autres articles qui nous ont davantage intéressés :

https://thedebrief.org/publishing-books-as-nfts-is-gaining-popularity-and-authors-are-cashing-in/

Un jugement qui pourrait causer des problèmes à Facebook et aux médias sociaux

Le magazine Forbes rapportait fin juin ce jugement de la cour suprême du Texas aux États-Unis : bien que Facebook ne puisse être tenu responsable des propos tenus sur sa plateforme, l’entreprise peut être poursuivie pour les activités criminelles auxquelles se livrent les prédateurs sexuels qui y sévissent.

Et Facebook devra prochainement faire face à plusieurs de ces poursuites par des victimes. Aux États-Unis, les montants des poursuites peuvent avoir des conséquences financières sérieuses même pour des titans du 2.0 comme Facebook.

Évidemment, ce jugement sera porté devant la cour suprême du pays, mais c’est peut-être un premier pas pour mettre fin au règne du laissez-faire et amener les pays à contrôler les aspects toxiques des réseaux sociaux.