Twitter nous en apprend davantage sur le terrorisme académique à l’Université d’Ottawa

Les tweets qui ont lancé l’opération contre l’enseignante sont disparus et certains de leurs acteurs/trices aussi.

Mais ce qu’il est possible d’apprendre en remontant les fils Twitter de quelques-uns des principaux protagonistes c’est que la rigidité idéologique, la certitude absolue d’avoir raison et que tous les moyens sont bons liés à une absence totale d’empathie et de compassion pour leurs victimes vont faire en sorte que ces incidents vont se reproduire, de plus en plus souvent, avec des risques de violence de plus en plus grande. Le Québec n’est pas à l’abri, loin de là.

Voici quelques tweets marquants qui permettent à chacun d’apprécier le contexte. Ambiance…

Commentaires bienvenus.

Le mot en N et le désir de lynchage dans les universités canadiennes

Sorcières au bûcher

Mammouth se sent obligé de prendre position sur l’affaire consternante qui secoue actuellement les universités canadiennes, opposant les anglophones aux francophones, et qui remet en question non seulement la liberté d’enseigner à l’université, mais toute forme d’expression libre de la pensée et ça concerne l’édition au premier plan. Numérique ou papier, peu importe.

Voici deux résumés de l’affaire.

Un par un journal francophone

Un autre provenant d’un journal anglophone

Et au fil du texte, des images de fil Twitter qui reflètent les humeurs face au contexte.

Vous pouvez explorer, vous faire votre idée. Voici mon humble point de vue comme éditeur de Mammouth numérique.

Au départ Verushka Lieutenant-Duval, une enseignante au nom francophone (ça joue un rôle) de l’université d’Ottawa qui explique le racisme contre les noirs dans les arts (soulignons qu’il n’y a pas que les noirs victimes de racisme dans les arts et ailleurs) en utilisant le mot en N, le mot devenu voldemort en ce sens qu’il ne peut désormais plus être dit. 

L’enseignante ne défend pas le racisme. Elle en souligne au contraire le côté abject. Le cours se passe bien. Mais par la suite une étudiante lui en fait reproche. Le mot en N même avec les meilleures intentions du monde, même pour expliquer, même pour dénoncer le racisme, n’aurait pas dû être prononcé. La professeure s’excuse tout de suite. On lui refuse ce droit. Elle tente d’organiser une discussion en classe. On lui refuse ce droit à nouveau. Elle essaie par la suite de s’expliquer. Chaque fois ce droit lui est nié. « On », désigne  l’étudiante en question et d‘autres « militants », demeurés confortablement à l’abri dans l’obscurité de leur position idéologique, qui ont pris le relais de ce qui ne peut être autre chose que de l’incitation au lynchage virtuel.

L’étudiante a publié en ligne le nom et les coordonnées de la professeure. Pourquoi si ce n’est dans le but que l’on s’en prenne à elle au moins virtuellement? Une « Cancel Operation », familière aux Anglo-saxons, destinée à effacer l’existence professionnelle de l‘enseignante à l’université d’Ottawa. Le tweet a été immédiatement repris dans la foulée par la meute appelant à punir.

Des pétitions ont été mises en ligne. D’abord l’une exigeant le renvoi de Madame Lieutenant-Duval qui craint maintenant pour sa sécurité, à juste titre. Puis une deuxième pétition exigeant des actions punitives contre les 34 professeurs francophones venus à son secours en soulignant qu’elle était de bonne foi et qu’elle s’exprimait dans un contexte académique.

Les étudiants, et pire, les collègues des universités anglophones s’en sont pris à eux de la même manière. Et la violence qui en résulte? Elle est l’entière responsabilité des professeurs qui selon eux supportent l’usage du mot en N, ce qui justifie toutes les actions.

Nous résumons : le problème ici n’est pas l’utilisation du mot en N comme le prétendent les apôtres de l’éradication professionnelle de l’enseignante. Ou comme le manifestent les universités et les médias anglophones.

Dès le moment où l’enseignante s’est excusée, et elle s’est excusée platement, avec humilité et à répétition, l’affaire était entendue et l’argument clos.

Toutes les parties impliquées, et pas mal de monde que la couverture médiatique a rejoint, a bien compris qu’il ne faut pas utiliser le mot en N (en souhaitant qu’il n’y en ait pas parmi les victimes  de l’Holocauste ou le génocide Arménien ou l’atomisation d’Hiroshima, bref, que l’on puisse encore légitimement enseigner les horreurs de l’Histoire afin d’éviter qu’elles ne se reproduisent!). Tout le monde au Québec et au Canada est également d’accord pour ne pas utiliser le foutu mot en N. Avec cette petite exception relative au fait que personne ne sait plus ni quoi ni comment enseigner.

Mais avoir raison n’est pas le but des manifestants. L’objectif c’est le lynchage virtuel : la destruction de l’existence au moins professionnelle de l’enseignante et de tous ceux parmi le corps enseignant qui l’ont appuyée. Au sein des universités canadiennes, Verushka Lieutenant-Duval n’est pas la première ni la dernière à être victime de cette forme de persécution dont il faut souligner le sadisme.

Le désir du lynchage et de mort virtuelle c’est la mutation, prévisible,  de cette idéologie néo-puritaine venue des États-Unis; la « Cancel Culture » (que certains intellectuels appellent pieusement la « conversation ») et qui vise à punir par une « justice citoyenne », véritable Djihad culturel et académique, ceux qui sont vus comme transgressant le courant idéologique perçue comme « idéal » et « juste ». C’est précisément ce qu’a fait l’étudiante qui a lancé le mouvement en sachant très bien que cela risquait de déclencher la violence qui a éclaté contre l’enseignante. Violence qui a rapidement révélé un aspect étonnant de l’affaire. Le mot en N était verboten, mais « Fuckin Frogs », « Fucking French », adressé à l’enseignante au nom francophone et aux professeurs qui l’ont défendu, ça c’était uber cool!

Bien sûr, le Canada conserve ce léger problème de fonds; le racisme contre les francophones. On parle après tout du pays qui a littéralement effacé la nation métisse de l’histoire après s’être emparé de ses territoires et avoir pendu son chef de manière ignominieuse. Et les métis étaient infiniment plus nombreux que les esclaves noirs ne l’ont jamais été au Canada!

Mais dans la logique de ces opérations de Djihad académique ou Cancel Culture, que pour appeler un chat par son nom je qualifierais de terrorisme virtuel, il y a une hiérarchie dans la souffrance des citoyens et des peuples qui fait que les noirs et BlackLivesMatter, trônent pour l’instant au sommet, les autres; Yéménites, Lybiens, Syriens, Libanais, Rohingya, Kurdes, etc., étant quantités négligeables.

Cela s’accompagne de l’idée, aussi débile que raciste, que l’homme blanc Caucasien constitue un bloc monolithique qui n’a jamais souffert et qui est responsable de tous les maux de l’humanité. Staline et Hitler ont tué au bas mot environ 40 millions de Russes entre 1920 et 1960, 62 millions de personnes, la majorité des civils, sont mortes dans la lutte contre les forces de l’Axe et 20 millions de soldats, presque tous caucasiens, ont été tués dans les tranchées de la Première Guerre mondiale.  La Guerre Civile américaine a tué environ 800 000 hommes (environ 8 millions à l’échelle d’aujourd’hui) dont la moitié sont tombés afin de mettre fin à l’esclavage. Ce qui ne manque pas d’ironie dans le contexte actuel. Les massacres ne sont pas non plus l’apanage de l’homme blanc; les victimes chinoises de la Révolution culturelle de Mao ou celles des Khmers rouges au Cambodge l’attestent.

À l’heure actuelle des historiens canadiens déploient des efforts inouïs afin de trouver la moindre trace de l’esclavage au pays et mieux s’autoflageller. S’il faut pourtant chercher des poux au Canada, les sujets ne manquent pas. Les Métis ou les Acadiens par exemple. Mais eux? Who cares?

Seuls les peuples autochtones ont droit à une certaine considération. Je soupçonne que c’est moins par solidarité que pour leur potentiel à pouvoir générer de nouvelles campagnes d’épurations idéologiques.

Dans la foulée les terroristes académiques s’en sont pris à l’histoire du pays, surtout celle du Québec, et à la littérature.

Environ deux semaines avant l’université d’Ottawa, l’université anglophone Concordia à Montréal a en effet javellisé l’histoire du pays. Une autre enseignante a eu l’idée d’expliquer à ses étudiants le livre de Pierre Vallières; « Nègre blancs d’Amérique »

Vous avez bien compris, le mot en N est dans le titre! Cela a mérité une volée de bois vert à l’enseignante et le livre en entier, et son propos, a été déclaré nul et non avenu pour cause de racisme.

Or, Vallières traduisait simplement dans son titre un surnom accolé aux Canadiens francophones par les élites canadiennes et américaines. Ce surnom reflétait le fait avéré que les ouvriers francophones étaient plus mal payés et plus mal traités que leur contrepartie racisée du sud de l’Amérique. Le fond du baril social, c’était eux.

Quiconque a étudié les conditions de travail des ouvriers à Montréal entre 1870 et 1960 le sait. Voilà la problématique qu’explorait en partie le livre de Pierre Vallières. Mais cette sinistre réalité vient d’être effacée par les militants. Peut-être davantage par ignorance crasse de l’histoire du Québec et du Canada que par racisme, mais ce n’est pas nécessairement plus excusable.

Notre planète est littéralement en feu. Comment lutter pour préserver l’environnement, tenter de mettre fin aux inégalités et aux horreurs qui dévastent notre monde, y compris l’esclavage, aussi présent que jamais, quand une frange idéologique, adepte du lynchage virtuel, véhicule l’idée répugnante qu’il existe une hiérarchie de la souffrance des êtres selon l’élégance de leur couleur et/ou l’importance de leur cause?

Amis Européens et Français, vous n’aurez pas été sans remarquer que le gouvernement du Canada, d’habitude si prompt à s’excuser pour tout et pour rien est resté étrangement silencieux sur le meurtre de Samuel Paty. Il a fallu l’intervention d’un parti de l’opposition pour qu’il se décide à se prononcer sur une motion de soutien deux semaines après les faits.

C’est parce qu’une solide partie de l’intelligentsia canadienne pense que Samuel Paty l’a bien cherché et qu’il est coupable du délit d’impureté intellectuelle, du délit de pensée libre. Et dans la guerre contre l’obscurantisme, le Canada a choisi le côté de l’ombre.

Jean Paul Thomin, éditeur

Faire appel à Twitch pour rejoindre les jeunes lecteurs.

Created with GIMP

Archipel Numérique est une association francophone qui fait la promotion des nouvelles formes du livre en Europe. Pour rejoindre les jeunes lecteurs ses responsables ont eu l’idée formidable de passer par Twitch.tv une plateforme de chat qui en s’appuyant sur la vidéo, est littéralement devenue la galaxie télé internationale des « gamers », les fans de jeux.

Les gens d’Archipel Numérique viennent de commencer à produire l’émission « Les Littéranautes » que l’on peut voir sur leur chaine Twitch et qui porte évidemment sur les nouvelles formes du livre. Nous leur souhaitons un vif succès!

C’est la fête pour les amateurs de cartes géographiques!

La British Library annonçait tout récemment qu’elle mettait à la disposition des publics les copies numérisées des quelque 40 000 cartes et illustrations topographiques de la collection du roi George III.

Les amateurs, et ils sont nombreux, vont se réjouir! Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, l’Arizona State University déclare également qu’elle donne accès à la collection « The Federalist Papers » une collection de courts essais rédigés par Alexander Hamilton, James Madison et John Hay en 1788.

Édition aux États-Unis : papier stable, numérique en hausse continue.

Le webzine spécialisé américain InfoDocket publie le rapport mensuel de l’Association of American Publishers

On peut trouver gratuitement l’essentiel du rapport en ligne.

Ce que Mammouth en retient : les revenus de l’édition papier toutes catégories sont stables, ce qui dans les circonstances, n’est pas à dédaigner. Les revenus provenant du livre numérique eux continuent de grimper avec une hausse de18,4% des revenus. La hausse combinée pour les 8 premiers mois de 2020 atteint 14,8%, trainée par les catégories « Children » et « Young Adults ».

La hausse des revenus du livre audio pour août? Encore plus fort : 32,9% et 17,7% pour l’année.

Les librairies indépendantes américaines se mettent …en boite

Auteur : Husky  / Photo par Hay Kranen

Signalé par l’excellent ActuaLittés, l’American Booksellers Association qui représente les libraires indépendants des États-Unis lançait mardi le 12 sa campagne « Boxed Out » contre l’hégémonie d’Amazon qui les menace d’étouffement.

L’idée de mettre littéralement la devanture des libraires en boite (un concept que n’aurait pas dédaigné feu Christo) vise à sensibiliser les citoyens à l’importance de conserver des librairies dans les milieux de vie.

Et à rappeler que l’on ne peut tout permettre aux GAFAs mais pour l’instant, comme pour l’environnement, le message ne se rend pas aux gouvernements.

4400 exposants numériques à Francfort

C’est le chiffre que nous retenons pour l’instant de la Foire de Francfort en mouture Covid. Même si près de 1300 de ces exposants viennent d’Allemagne, cela fait non seulement beaucoup de participants, mais surtout beaucoup d’argent investi dans un mode, le numérique, qui laissait jusque là l’édition plutôt froide.

Publishing Perspectives présente quelques statistiques préliminaires sur la Foire, mais en attendant de connaitre l’état de la participation, le nombre d’exposants impressionne. Là où va l’argent s’inscrit la volonté stratégique et celle de l’édition donne un sérieux coup de barre du côté du numérique.

Les données pour tout le monde

Les données, c’est-à-dire l’accès à ces données et leur appropriation sont devenues littéralement le moteur de la croissance numérique. À chaque fois qu’un projet est mis de l’avant, les investisseurs potentiels font du recueil des données une exigence même si obtenir ces données n’a pas de pertinence pour le projet.

L’édition est particulièrement concernée. Les projets de rédaction grâce à l’intelligence artificielle se multiplient. Les grandes corporations qui fournissent les liseuses celles qui vendent les livres, GAFAs en tête, font tête de la collecte des données une priorité.

À moins de payer une fortune, les éditeurs n’ont pas droit à ces données, les auteurs non plus, va sans dire. Tous doivent vivre avec le résultat que ces données ont contribué à façonner; méthodes et conditions de vente en ligne, mode de fonctionnement des liseuses, mode de distribution numérique, etc. 

En parallèle, les organismes publics qui s’occupent des statistiques de la culture manquent de moyens et d’expertise pour obtenir et analyser les données culturelles en provenance du numérique.

C’est vrai en France, au Québec et en fait, partout. En 2004, un vaste aréopage de fondations a mis sur pied l’Open Knowledge Foundation afin de lutter pour que toutes les données non personnelles puissent être non seulement offertes gratuitement à tous, mais que des outils pour exploiter ces données de manière transparente soient également créés et mis à disposition de tous pour le bien commun.

Vaste pari tenu en bonne partie. L’Open Knowledge est littéralement l’antithèse des GAFAs mais on devine qu’elle a fort à faire!

En plus d’ateliers et de formations qui permettent de savoir quoi faire avec les données et comment, l’organisme propose en même temps des logiciels pour exploiter ces données!

À découvrir!

Découvrir The Public Domain Review

Fondée en 2011, par la Open Knowledge Foundation, The Public Domain Review est un journal numérique indépendant en ligne. L’organisme, qui compte parmi ses collaborateurs réguliers les chercheurs d’organismes prestigieux comme la British Library, le musée Getty, le Rijksmuseum, ou la UK National Archives, se dédie à la promotion et à la mise en valeur de la richesse des contenus libres de droits.

Les collaborateurs de l’organisme à but non lucratif fouillent chaque jour ses vastes collections numériques pour offrir aux visiteurs virtuels oeuvres d’art et réflexions avec une orientation particulière que PDR définit ainsi : « With a focus on the surprising, the strange, and the beautiful, we hope to provide an ever-growing cabinet of curiosities for the digital age. »

Toutes les deux semaines, PDR publie un essai. Une fois par mois, ses collaborateurs des grands musées créent une revue des œuvres les plus remarquables provenant de leurs collections et qui s’insèrent dans la vision du journal.

Avec 921 collections provenant de pas moins de 130 institutions à travers le monde, The Public Domain Review offre un accès exceptionnel à l’exploration du contenu culturel et artistique libre de droits!

L’accès aux œuvres du domaine public

Le domaine public offre des œuvres : livres, photographies, films, musique, gravures,  dessins, peintures, etc., d’une richesse exceptionnelle encore méconnue et sous-exploitée.  

Mais le mot magique pour un éditeur ou un créateur est : gratuit.

Les autres mots-clés qui s’appliquent aux contenus libres de droits sont : stimulants et utiles. Ils constituent en effet une source d’inspiration constante. Ils prouvent également leur utilité à répétition. Pourquoi payer pour une image ou de la musique quand on peut les obtenir sans frais?

Voici quelques ressources incontournables :

Wikimedia Commons permet de trouver des images, gratuites,  en tous genres sur tous les sujets.

Projet Gutenberg L’organisme à but non lucratif offre gratuitement sous forme numérique plus de 60 000 livres passés dans le domaine public.

Internet Archive Encore relativement méconnu malgré son ampleur, l’organisme est une immense médiathèque de livres, de films et de vidéos, de sons et d’images. Internet Archive propose aussi des logiciels gratuits!

IA possède également la Wayback Machine, le centre d’archivage du Web, qui contient pas moins de 477 milliards de pages et constitue la mémoire du Web.

Pour permettre de s’y retrouver, d’apprivoiser ce contenu, d’en apprendre davantage et d’en discuter, il y a le Café des savoirs libres qui propose ressources et ateliers. Jusque l’an dernier il y avait également SavoirsCOM1 qui effectuait le même salutaire travail. Espérons que la pandémie n’aura pas eu raison de l’organisme