Entrevues : un créateur en série de logiciels d’édition numérique : Tiger Ng, le programmeur derrière la chaine de Creative Book Builder

Mammouth numérique a déjà présenté le logiciel d’éditique Creative Book Builder (CBB) un logiciel populaire notamment auprès du milieu scolaire américain pour sa grande facilité d’utilisation, la gamme large de possibilités offertes et son coût très bas, autour de 3 euros.

Mais Tiger Ng, le pseudonyme du programmeur et entrepreneur derrière CBB a produit au cours des dernières années toute une chaine de produits logiciels qui encadrent et complètent son logiciel originel. Par exemple Book Generator qui permet de transformer en livre numérique (EPub ou PDF) des tableaux Trello, des documents Excel ou Word, des documents Google ou .csv, etc. Ou encore TouchAppCreator v3.6 qui permet de créer rapidement des applications Web.

L’hyperactif et très discret personnage a accepté de répondre brièvement aux questions de Mammouth numérique via Internet.

Mammouth numérique (MN): Quelle part de votre parcours professionnel vous a mené vers CC et l’édition numérique?

Tiger Ng (TN) : Je travaille déjà depuis de très nombreuses années au développement de logiciels liés à la mobilité et à des projets reliés au milieu de l’éducation. J’ai pu œuvrer en même temps à la production de plusieurs plateformes de gestion de contenu et de publication numérique.

MN : Qu’est-ce qui vous a mené à construire Creative Book Builder?

TG : En 2010 Apple venait de lancer son IPad et il y avait une forte demande pour des applications capables de produire du contenu. J’ai d’abord produit TouchAppCreator afin de permettre aux usagers de produire des contenus pensées et optimisé pour les applications mobiles et Web. Puis j’ai réalisé qu’il n’y avait pas vraiment d’applications qui permettaient de créer des livres numériques susceptibles d’êtres lus sur iBooks. J’ai alors produit Creative Book Builder qui permet littéralement de créer des fichiers EPUB à la demande (« on the go »).

MN : Quels étaient vos objectifs à l’époque? Souhaitiez-vous créer quelque chose d’absolument distinctif?

TN : J’espère avoir réussi. CBB supporte à peu près tout ce qu’on peut trouver dans un EPUB. Un usager peut par exemple créer un design de livre fixe ou ajustable (« reflowable »). Il peut ajouter des métadonnées à son livre, adapter le CSS et la table des matières interactive. Il peut insérer des widgets et surtout il peut exporter son livre en formats variées; PDF, HTML5, et y insérer de l’audio, du vidéo, etc.

MN : Est-ce que les écoles et les enseignants sont les principaux utilisateurs de CBB?

TN : Absolument. Je crois que créer des livres simule les étudiants. Les enseignants peuvent également produire à la demande des livres interactives qui contiennent des casse-têtes, des jeux, des jeux-questionnaires, etc.; qui tous contribuent à rendre l’apprentissage plus dynamique.

MN : Qu’avez-vous créé après CBB?

TN : J’ai travaillé sur plusieurs applications qui peuvent être utilisées avec CBB. À titre d’exemple, Creative Widget Builder permet aux usagers de produire leurs propres widgets qui peuvent ensuite être insérés dans un EPUB. L’application rend également plus facile l’importation de widgets dans CBB.
Je me suis également attelé à la production de Book Generator, laquelle application permet de transformer une large gamme de formats en EPUB ou PDF

MN : Comment percevez-vous l’édition numérique maintenant?

TN : CBB est arrivé à l’étape de la maturation. Je vois très peu de progrès du côté du format EPUB. Le EPUB 4.0 en est toujours à l’étape de la conception et de toute manière iBooks ne supporte pas cette version.  J’ai l’impression que le standard EPUB va évolué très lentement.

MN : Croyez-vous que le livre interactif a un avenir?

TN : Bien sûr. Je suis déjà en train de créer un nouveau type de livre à partir du format EPUB. Pour le moment je l’appelle « livre HTML5 » (« HTML5 books »). Il s’agit d’un fichier.zip qui contient des pages HTLM et des médias (vidéo, audio, images, etc.). Il peut être lu avec un navigateur ou en utilisant Creative Book Reader

Vers de nouveaux modèles d’affaires pour les magazines : entrevue avec Mathieu Carbasse de L’actualité.

Il y a bientôt trois ans, L’actualité, un prestigieux magazine d’affaires publiques très connu au Canada a été acquis par une entreprise de l’économie numérique ; MishMash Media

Il y avait derrière cet achat la volonté de définir de nouveaux espaces de revenus dans l‘univers numérique pour un magazine traditionnel. En septembre L’actualité a publié un nouveau numéro censé refléter les nouvelles approches mises sur pied par la direction. Mathieu Carbasse est chef du pupitre numérique au magazine et répond aux questions de Mammouth sur l’influence du numérique dans les nouvelles façons de faire de L’actualité.

Mammouth numérique (MN) : Parlez-nous un peu de votre rôle au sein de L’actualité?

Mathieu Carbasse (MC) : Je suis responsable des publications numériques, alors une partie de mon travail est plutôt traditionnelle comme l’optimisation des contenus produits à l’origine pour le papier et diffusés en mode numérique. Mais j’assume également la charge des publications numériques natives. Une grande part des contenus produits par notre équipe de journalistes est créée de manière exclusive pour le Web. À l’heure actuelle, L’actualité est vraiment au carrefour du Web et du papier. Quand nous pensons à un bon sujet magazine, nous pensons également à un bon sujet Web.

MN : Quelle est l’influence du numérique dans la nouvelle mouture du magazine lancée en septembre?

MC : La première étape de travail lors de l’achat de L’actualité a été de consolider le magazine. Ensuite, il est passé de 20 à 12 numéros par an. L’étape suivante, celle où nous sommes; c’est le numérique qui devient le centre de gravité du magazine. En avril dernier, nous avons installé sur notre site ce qui est appelé en jargon un « Hard Pay Wall », un volet autour de nos contenus. Le visiteur a droit à deux articles gratuits. S’il veut en lire deux de plus, il doit s’abonner à notre infolettre et au-delà de ces quatre articles au total, il doit s’abonner et payer.

MN : Est-ce que ça fonctionne?

MC : Les premiers résultats paraissent positifs. En fait, pour le moment, tous les indicateurs sont au vert. Nous nous méfions évidemment, nous connaissons notre milieu et le contexte dans lequel évoluent les magazines, donc au final on se dit que nous pourrons évaluer solidement seulement après un an, mais pour l’instant nous sommes très satisfaits. Nous avons plus de nouveaux abonnés et aussi plus de nouveaux lecteurs. En termes de nouveaux abonnés, il s’agit d’un sommet depuis la reprise du magazine. Nous avions cru au départ que le mur payant allait faire diminuer le nombre de visiteurs, mais il s’est au contraire accru.

MN: Est-ce qu’il existe d’autres éléments de votre stratégie numérique qui pourraient vous permettre de générer davantage de revenus?

MC: Il va y avoir de nouvelles approches avec les annonceurs, mais L’actualité demeure un média d’informations et ne va pas s’accoler à une plateforme de commercialisation de produits de consommation par exemple. L’idée est d’augmenter et de varier nos sources de revenus.

MN: À quelle hauteur espérez-vous que les revenus numériques pourront s’élever grâce à la nouvelle approche?

MC: Nous en saurons davantage après un an à vivre l’expérience. Mais je souhaite préciser qu’une bonne partie de l’amélioration, lorsque l’on parle d’accroitre les revenus, n’est pas nécessairement visible sur le Web et se situe  derrière le site. Notre base d’abonnements a également migré entièrement en mode  en numérique et cela nous permet d’améliorer significativement notre taux de réabonnements alors que nous profitons aussi de nouveaux abonnements.

MN: Comment est-ce que ces péripéties numériques sont vues par l’équipe de journalistes?

MC: Ils sont très heureux de la nouvelle plateforme où leurs contenus sont mieux mis en valeur et comme ils sont évidemment conscients du contexte économique qui entoure les magazines, la plateforme leur donne de l’espoir.

MN: Comptez-vous implanter d’autres stratégies à saveur numérique?

MC: Je ne peux rien révéler, mais il y aura certainement de nouvelles étapes. Un avantage de notre petite équipe c’est que nous pouvons discuter plein de projets et qu’il y a une grande ouverture face à l’innovation.

publie.net, maison d’édition numérique

écran Publie net

Fondée en 2008, publie.net, située à Montpellier en France est l’une sinon la première plateforme d’édition numérique francophone. Mammouth a interrogé son éditeur Guillaume Vissac.

 

Mamouth numérique (MN) : Quelles sont les origines de publie.net ?

Guillaume Vissac (GV) : publie.net a déjà plusieurs vies. Fondée par l’auteur François Bon  la maison a d’abord été pensée comme une coopérative d’auteurs éditant en mode numérique. Concentrée sur la littérature contemporaine la maison publiait via de nouveaux formats distribués par le Web.

Petit à petit, le publie.net actuel s’est construit. En 2012 la maison s’est ouverte à l’imprimé puis en 2014 François Bon a décidé d’arrêter. Un collectif, composé d’auteurs maison et de travailleurs de la coop s’est mis en place pour racheter l’entreprise et en faire un modèle davantage professionnalisé et adapté aux caractéristiques de l’édition d’aujourd’hui. publie.net a cessé d’être une coopérative. Maintenant la maison publie autant des livres numériques que des livres papier ou des objets Web. Le fil commun c’est que nous favorisons les littératures qui se partagent.

MN : Quelle est l’influence du numérique dans le travail de l’équipe éditoriale?

GV : Auteurs, graphistes ou moi en tant qu’éditeur, ce qui nous lie et nous motive tous c’est le Web. Notre travail s’est toujours fait essentiellement à partir du Web qui réunit aussi nos intérêts personnels. Plusieurs d’entre nous sommes également auteurs. Mais les lectures qui nous attirent et nous inspirent nous les trouvons aussi à partir du Web. Les auteurs que nous publions programment ou expérimentent via un site ou alors interviennent d’une manière ou de l’autre sur le Web également.

MN : Comment fonctionne la maison d’édition dans la vie de tous les jours?

GV : Nous sommes une boite atypique et ça se reflète aussi dans la manière de vendre. Par exemple ceux qui achètent un de nos livres papier trouvent à l’intérieur un code qui leur permet de télécharger gratuitement la version numérique. Nous maintenons également des prix bas. Pour nous le juste prix d’un livre numérique doit se situer sous le prix d’un livre poche papier.

Le livre numérique constitue de 20 à 25% de nos ventes. Nous misons également sur un volet abonnement qui se développe beaucoup et qui possède un solide potentiel de croissance à terme, surtout au niveau des collectivités et des bibliothèques,  par exemple à l’Université de Montréal.

Avec les auteurs nous accordons pour le numérique des taux plus élevés que la moyenne de l’industrie. Comme les dépenses sont nettement moins élevées que pour le papier, l’auteur reçoit environ 30% du revenu hors-taxes. Pour le papier nous sommes évidemment plus limités dans ce que nous pouvons accorder. Nous avons également un taux spécifique pour chaque autre catégorie de vente, par exemple les abonnements. Ce qui nous caractérise de manière spécifique c’est l’implication que nous avons de la part de nos lecteurs. Le format abonnement crée une véritable communauté de lecteurs qui nous suit et qui a un effet concret de recommandation

J’anime aussi en ligne un carnet de bord de la maison. Ça a pas mal de succès. L’édition étant un milieu assez fermé, le lecteur n’a pas accès à l’aspect « cuisine » et ce carnet nous permet d’avoir une relation directe avec les lecteurs.

MN : Comment est-ce que le milieu vous perçoit?

GV : Nous sommes certainement mieux perçus maintenant qu’il y a 5 ou 10 ans. Nous participons aux différents salons et à certains marchés du livre, comme le marché de la poésie. Les éditeurs voient bien que nous sommes sérieux et que nous avons en commun les mêmes réalités qu’eux : la littérature, les auteurs, l’imprimerie, etc. ce qui aide également c’est que les médias parlent de nous et forcément cela influence le regard de nos pairs.

MN : Quelle est votre perception des littératures numérique ou nouvelles littératures.

GV : Notre regard là-dessus est très franco-français. Personnellement je me méfie des noms mis sur des pratiques d’écriture. Par exemple il existait des formes d’écriture à contrainte bien avant Twitter. Une question que nous devons également nous poser comme éditeurs c’est comment partir du format, par exemple Twitter, pour arriver au livre? Enfin, de manière générale, les universités ont généralement 10 ans de retard sur ce qui se fait dans la réalité. Leur manière d’analyser et étiqueter une pratique n’a pas nécessairement d’écho hors de leurs murs.

MN : Est-ce que vous obtenez du support de la part des structures régionales?

GV : Oui. Nous profitons d’un bon support de la région Occitanie sur des projets divers. Pas des projets de publication de livres mais des projets d’envergure afin de promouvoir le catalogue papier auprès des librairies, développer l’offre numérique aux bibliothèques et nous raccorder à elles. Nous avons besoin de ces soutiens institutionnels pour survivre.

MN : Comment voyez-vous votre rôle d’éditeur?

GV : Pour la sélection des textes, chaque éditeur a sa sensibilité propre et chez publie.net nous sommes très attentifs à ce qui se publie sur le Web. Je me sens plus utile dans le travail avec les auteurs. En plus d’écrire je construis également aussi des sites Internet, dont certains sont créés pour recevoir un projet spécifique comme Kalces.

Nous possédons une quinzaine de collections dont une dizaine d’actives. Nous avons parmi elles des univers variés pour le théâtre, la poésie, etc. L’aspect graphique est très important pour nous et nous y accordons le soin approprié. Notre graphiste, Roxane Lecomte, possède une grande habileté pour changer de registre selon et le ton de la collection, et celui du livre.

Contrairement à la poésie traditionnelle, nos couvertures de poésie sont très colorées. Parmi toutes, notre collection ArchéoSF se distingue et les lecteurs viennent nous en parler dans chaque salon.

Une revue littéraire en mode cryptomonnaie

screenshotDémarrée en plein été, en juillet, Revue H  se veut le premier projet de revue littéraire francophone appuyée sur les cryptomonnaies. En plus de sa présence Web, Revue H niche également sur la plateforme de publication Steemit

Particularité de cette plateforme : elle récompense tous les acteurs de la chaine de publication en mode média social : les auteurs, ceux qui partagent les contenus et permettent de les faire connaitre et ceux qui aiment et donnent une première visibilité à ses contenus. La plateforme pour se faire a sa propre cryptomonnaie, le steem

Cette cryptomonnaie est strictement dédiée à la publication!

L’équipe fondatrice espère que l’installation sur Steemit va lui contribuer à payer les auteurs et les frais de la revue et lui permettre ainsi de s’ancrer dans la pérennité. Le mode de financement choisi distingue radicalement des autres la Revue H. Mammouth s’est entretenu avec Walid Romani  son idéateur.

Mammouth numérique (MN): Comment est né le projet de la Revue H?

Walid Romani (WR): Il y avait déjà plusieurs revues littéraires sur le Web et je ne voulais pas en rajouter une nouvelle. J’avais certes l’envie de faire quelque chose, mais il fallait pour moi que ce soit différent, que ça apporte quelque chose de neuf au genre. Lorsqu’il y a deux ans je suis tombé sur Steem et les cryptomonnaies, il y a un déclic qui s’est fait.

Il faut comprendre que les revues littéraires sont très difficiles à financer. Le système de subvention favorise les grandes revues qui possèdent déjà un tirage solide. Au fil des ans, parmi tous les projets de revue littéraire que j’ai pu voir, seules les plus importantes d’entre elles ont pu survivre.

MN : Justement, comment ce projet-ci s’est-il construit?

WR: Pour le contenu je souhaitais trouver des textes originaux, quelque chose avec un ton nouveau qui sorte du cercle fermé des études littéraires.

Je ne voulais justement pas des auteurs qui écrivent pour le milieu littéraire. Ça produit en général des textes qui manifestent par trop la conscience de soi. Alors tranquillement, une équipe s’est assemblée autour sentiment commun. Le premier fut Boris Nonveiller, dont j’apprécie le regard extérieur au monde littéraire. L’élément qui a vraiment orchestré toute la démarche cependant reste le désir de mettre en place un système offrant la possibilité de rémunérer les auteurs, lesquels doivent souvent œuvrer gratuitement. Steem permet cela.

MN : Comment en êtes-vous arrivé à travailler avec Steem?

WR : À l’origine, je croyais que nous pourrions lancer notre propre plateforme de cryptomonnaies. Nous aurions ainsi pu financer systématiquement des publications différentes.

Sauf que le système financier québécois assimile la cryptomonnaie à des valeurs financières. Lesquelles tombent alors dans le giron de l’AMF (Autorité des marchés Financiers).

Pour lancer une cryptomonnaie, l’AMF exige la publication d’un prospectus comme pour une opération boursière. Les seuls frais d’avocats pour ce faire s’élèvent à autour de 15 000 $ (10 000 euros). Avec ses 5 millions d’utilisateurs, Steem était déjà en place et crédible. En 2017, il n’y avait pas nécessairement d’autres cryptomonnaies qui se dédiaient à la publication de contenus.

Après avoir exploré Steem et compris son fonctionnement, nous avons lancé une opération de sociofinancement. Nous avons récolté nettement moins que les 10 000$ (7 500 euros) souhaités. Mais nous avons quand même été en mesure sur « Steem » de créer un « bloc » pour que ce « bloc », conservé en jachère pendant un certain temps selon les règles d’utilisation de Steem, ramène mensuellement à Revue H une forme de revenus d’intérêt. C’est essentiellement cet intérêt, né de l’ensemble de la masse monétaire en mode « Blocking » sur Steem, qui est partagé entre les auteurs et les éditeurs de la plateforme de contenus elle-même ( Steemit) et qui au final récompense nos auteurs. Steemit pour l’Instant compte près d’un million d’usagers.

Les autres revenus de la Revue H proviennent des votes que les usagers procurent à chaque texte.

MN : Ça doit quand même prendre une grande masse d’usagers pour faire fonctionner la plateforme?

WR : Steem n’est pas un système parfait. Tout d’abord le processus dans l’ensemble est complexe. Ensuite sur Steemit les contenus sont très difficiles à trouver.

L’accès à Steemit n’est pas facile non plus et entrer dans le système financier de Steem encore moins. Enfin, il y a très peu de francophones sur Steemit : quelques centaines à peine.

Publier de manière hybride, c’est-à-dire à la fois sur Steemit et sur un site Web à permis de régler ces deux problèmes : celui de la facilité d’accès et celui des lecteurs francophones. Sur le Web les textes sont immédiatement accessibles et les usagers peuvent donner à chaque texte des points et pour ce faire payer de manière très simple à l’aide de Paypal ou de leur carte de crédit. Bien sûr, la transaction entre dans le système de Steem, mais c’est beaucoup moins complexe que passer par Steemit.

Autre irritant : la fameuse longue traine si chère aux médias sociaux est inutile sur Steemit qui impose une limite de 7 jours pour voter pour un contenu. Découvrir un auteur ou des articles à un moment donné dans le temps et remonter toute la chaine pour récompenser auteurs et/ou éditeurs devient donc impossible et voilà un avantage traditionnel des médias sociaux qui disparaît.

Quand je regarde ces obstacles, je ne peux que constater que Facebook a un énorme avantage sur tous ses compétiteurs dans le secteur des cryptomonnaies; la plateforme profite d’une extraordinaire expérience utilisateur. Les équipes de design et de gestion de Facebook connaissent déjà tous les problèmes possibles.

MN : Comment envisagez-vous la suite?

WR : Élargir la présence de Revue H à d’autres plateformes de publication en mode cryptomonnaie, par exemple Tribe, actuellement en version bêta. Ensuite, la présence visuelle et financière de Revue H peut être augmentée en migrant vers d’autres plateformes de contenus qui fonctionnent avec le Steem par exemple DTube, dédiée à la vidéo.

Je crois que la blockchain peut contribuer à assurer à terme l’avenir du contenu numérique. Il faudra voir cependant comment la situation évolue dans les prochains mois. Notre équipe ne s’est fixé aucun objectif sinon de faire au moins un an et donc de publier les trois numéros annuels prévus à l’origine. La prochaine parution de Revue H devrait avoir lieu vers novembre ou décembre.

 

Note de Mammouth: Revue H est ouvert à tous les auteurs de la francophonie.

 

Entrevue: Nicolas Rodelet et le Laboratoire d’édition de Paris

Nous jetons un œil sur le Laboratoire d’édition de Paris avec son responsable, Nicolas Rodelet.  Il veille aux destinées du Laboratoire que la Ville de Paris a mis sur pied en 2011 au sein de la structure d’innovation urbaine : Paris&Co.

NR légerMammouth numérique (MN) : Qu’est-ce que le Laboratoire d’édition de Paris&Co.?

Nicolas Rodelet (NR) : Paris&Co est une agence de développement économique en mode associatif (OBNL) qui comprend une quinzaine de plateformes d’innovation sur des thèmes porteurs parmi lesquels l’alimentation, la santé et bien sûr, l’édition. Le Laboratoire est né de la volonté de la Ville de Paris de faciliter la transition vers le numérique pour les éditeurs. C’est aussi la seule entité à être un marché de la Ville c’est-à-dire que notre Association (ONBL) doit présenter une offre de services tous les quatre ans à la Ville pour voir son mandat renouvelé ou pas.

Le Laboratoire a deux volets principaux : L’incubateur d’entreprise et les activités. L’enjeu c’est de représenter les intervenants, très divers, du monde de l’édition et aussi de leur permettre de profiter d’une plateforme d’échange et d’expérimentation. Nous voulons vraiment incarner l’idée d’un laboratoire; faire bouillonner les idées, orchestrer les rencontres des acteurs du milieu. Les librairies par exemple jouent un rôle crucial pour le livre au niveau local. Les éditeurs et les écoles ne se rencontrent pas souvent, mais ils sont également essentiels l’un à l’autre.

MN : Comment est-ce que ça se concrétise au quotidien ?

NR : L’aspect événement et formations, dont s’occupe Roxanne Bittard  joue un grand rôle. Nous avons de nombreux ateliers. Jusqu’à la fin juin par exemple la laboratoire fait équipe avec « WhyStories » pour que jeunes et auteurs découvrent le « storytelling » interactif.

Nous organisons aussi plusieurs formations pour les éditeurs à travers l’Asfored, une organisation à but non lucratif dédiée à la formation et au perfectionnement des professionnels de l’édition. Durant nos quatre premières années, ces formations étaient données par la Sofia, la Société Française des Intérêts des Auteurs de l’écrit.

MN : Et ça fonctionne bien?

NR : Nous avons eu beaucoup de difficultés à nous faire accepter du milieu de l’édition à nos débuts, mais les choses vont beaucoup mieux depuis 2016. Je crois que les éditeurs sont plus relaxes face au numérique. Ils s’aperçoivent que le livre traditionnel va continuer à exister et certains voient maintenant le numérique comme un outil complémentaire indispensable à maitriser. Le Laboratoire est également soutenu dans ses activités par de grands acteurs de l’édition : Fleurus, Lombard, Vivendi, etc.

MN : Comment fonctionne le volet incubateur ?

NR : L’incubateur d’entreprises occupe une large part des activités de Paris&Co, avec une trentaine de « startups » par an. Le Laboratoire en accueille pour sa part une dizaine. Nos locaux, situés dans le 5e arrondissement, sont physiquement séparés de l’ensemble principal de Paris&Co (dans le 19e). Nous accueillons 1 à 3 personnes par « startup », donc en général, nous avons environ une vingtaine de personnes dans nos locaux.Chaque projet de « startup » reçoit 30 000 euros (45 000,00 $ Can.) pour mettre au point un premier prototype et créer un produit qui répond à un besoin.

MN :  Avez-vous défini des catégories spécifiques pour les projets ?

NR : Non. Du mode de lecture à l’usager, toute la chaine est ouverte à l’innovation en ce qui nous concerne. Ç peut être un projet de conversion de fichiers, de plateforme de recommandation, etc. Par contre, il faut que le projet soit viable et donc qu’il repose sur des bases sérieuses.

MN : Et ça marche?

NR : 70% de nos « startups » sont en vie après 5 ans. II faut dire qu’en plus de la subvention, Paris&Co prend en charge tous les aspects concrets d’une entreprise qui sont examinés un à un avec l’entrepreneur : la commercialisation, la promotion, la tenue de libres, la capacité de faire de véritables budgets et états financiers, etc. Quand leur projet est terminé, ces entrepreneurs sont vraiment prêts à voler de leurs propres ailes.

Nous avons également un volet préprojet ou pour 500 euros (hors taxe) par mois, un candidat à l’entrepreneuriat peut louer une place dans nos locaux et apprendre comment présenter un projet susceptible d’être choisi.

MN : Avez-vous des projets de livre numérique ou interactif?

NR : Pas à l’heure actuelle, car il n’y a pas de marché. Même les applications ne se vendent plus sauf en modèle « freemium ». Quelque chose qui marche vraiment bien c’est le modèle Webtoon qui permet de lire un manga en mode vertical sur un portable (téléphone cellulaire). Le Webtoon constitue un marché de 700 milliers d’euros en Corée comparé au marché total de la bande dessinée en France qui représente 400 millions d’euros. Le Webtoon est surtout l’apanage des 15 à 25 ans. L’entreprise française la plus connue dans ce domaine est Delitoon.

Un modèle crédible pour nous au niveau contenu c’est la complémentarité : papier et numérique. Le papier vend et finance l’application.

 

 

 

Entrevue avec Bertrand Gervais

BG 2 léger filtre

Figure incontournable de l’exploration des nouvelles littératures et de leurs modes d’expression hypermédiatiques, Bertrand Gervais anime les principales structures québécoises qui explorent, étudient et analysent l’évolution de ces littératures et de leurs pratiques dans la sphère numérique.

Ces structures, largement reconnues au niveau international, sont les outils essentiels qui permettent à l’édition au Québec et dans la francophonie d’espérer pouvoir comprendre et maitriser les phénomènes numériques qui la secouent.

C’est parce qu’il est au coeur d’un mouvement structuré qui non seulement observe et analyse, mais propose aussi au milieu du livre des solutions concrètes que Bertrand Gervais constitue la première personnalité interviewée par Mammouth numérique.

Un bref survol de sa carrière permet de découvrir les structures qu’il a mises sur pied.

Docteur en sémiologie et professeur au Département des études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Bertrand Gervais a fondé en 1999 Figura : Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire

http://figura.uqam.ca

puis en 2004 il a mis sur pied NT2, le Laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques qui rayonne à travers plusieurs institutions et partenaires.

http://nt2.uqam.ca/fr

NT2 a été financé par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI)

https://www.innovation.ca/fr

Son projet phare :

L’Observatoire de l’imaginaire contemporain

http://oic.uqam.ca

À l’heure actuelle, Bertrand Gervais est également le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les arts et les littératures numériques ou ALN

http://nt2.uqam.ca/fr/chaire-aln

Mammouth : Où en êtes-vous à l’heure actuelle?

Bertrand Gervais : La Chaire de recherche est un projet de sept ans dont je termine la quatrième année. Il en reste donc trois à compter du 1er juin. La chaire existe pour explorer la manière dont le numérique influence les formes littéraires.

M : Quelles sont les orientations prioritaires de votre travail en général?

BG : Entre autres identifier ce qui sur le web apparait comme une œuvre numérique sans nécessairement que la définition d’oeuvre soit soumise à un cloisonnement. On perle d’art ou de théâtre autant que de littérature.

L’une des premières réalisations consiste à répertorier les littératures hypermédiatiques mais observer les transitions entre la culture du livre et la culture de l’écran.

 Je peux donner 3 exemples très concrets de travaux que nous accomplissons :

Le premier exemple est un énorme partenariat établi avec les principaux intervenants du livre au Québec. Il en réunit en tout 23: l’UNEQ qui représente les écrivains, L’ANEL qui assemble les éditeurs, des éditeurs comme Nota Bene, Estuaire, plusieurs universités, des créatifs, etc.

Le projet s’appelle « Littérature québécoise mobile ».

Ce partenariat est financé pour une durée de cinq ans par le Conseil des recherches en Sciences humaines du Canada

http://www.sshrc-crsh.gc.ca/home-accueil-fra.aspx

Il comporte trois axes à travers lesquels il y a aura 12 chantiers:

– Documenter

– Soutenir

– Prendre part

À travers ce projet nous voulons accompagner les acteurs de l’édition, découvrir comment les transformations numériques influencent concrètement édition et diffusion et proposer des solutions. Le projet affiche franchement sa volonté de servir le milieu de l’édition.

L’un des premiers résultats concrets est une version améliorée de l’application mobile Opuscules.ca

[Note de mammouth : application très bien décrite par son concepteur d’origine, l’UNEQ, ici : https://www.uneq.qc.ca/2017/11/13/opuscules-application-mobile]

Opuscules permet aux usagers de créer avec la littérature locale une relation dynamique : ils peuvent découvrir des textes, des auteurs, mais aussi participer à des évènements et réaliser eux-mêmes leur propre collection.

Le second de ces exemples est lié à la communauté scientifique et il s’agit d’aider les chercheurs à mettre en ligne leurs recherches afin qu’elles soient le plus largement accessibles.

 L’Observatoire de recherche sur l’imaginaire contemporain possède une base de données multimédiatique dont c’est le rôle.

 Dans la foulée nous avons créé une revue savante, « Captures » http://revuecaptures.org

dont nous avons soigné le design et l’interface afin qu’elle soit belle à regarder. Tous les travaux réalisés, en collaboration avec NT2 d’ailleurs, respectent les standards les plus élevés du web.

 Enfin, le troisième exemple s’articule autour du site « Archiver le présent »

http://archiverlepresent.org

Les activités du site concernent l’imaginaire de l’exhaustivité dans les productions littéraires contemporaines que ce soit un espace, un thème, un moment, etc. Comme l’indique le terme exhaustivité, il s’agit de fouiller totalement chaque sujet retenu.

http://archiverlepresent.org/carnet/imaginaire-de-lexhaustivite-2017-2018

Nous disposons d’un atout précieux, la base de données.

: Est-ce qu’on peut parler de l’existence d’une véritable littérature numérique?

BG : La littérature numérique existe au sens où il se fait plein d’explorations. Mais est-ce une forme reconnue qui est achetée par le public? Non. Est-ce que ça signifie que le numérique au niveau de l’édition va mourir ? Non plus. Nous savons que la période actuelle en est une de transition. Il faut l’explorer et la baliser. On ne doit pas se laisser distancer. Il faut penser également à ajuster les dispositifs aux attentes actuelles.

Le texte demeure quelque chose d’extraordinaire qui ne connait aucun équivalent. Je suis moi-même auteur [Note de Mammouth : Bertrand Gervais a publié 10 romans]. Je reste fasciné par le fait qu’à travers le contact avec des mots, l’imaginaire de quelqu’un se met à fonctionner à plein régime. Le rapport de l’être humain au texte va demeurer. Peut-on maintenir la pertinence culturelle du livre ça c’est une autre question.

Bertrand Gervais est l’une des têtes d’affiche du colloque « Autour de l’adulte de demain, 2e colloque international sur l’enseignement de la littérature avec le numérique» qui a lieu du 6 au 9 mai à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

La participation là où on ne l’attend pas

Le sociofinancement est devenu un incontournable de l’agitation culturelle sur les réseaux sociaux. Kickstarter http://www.kickstarter.com

est perçu d’abord comme une plateforme de sociofinancement de projets « geek », orientés par exemple vers l’objet intelligent, mais il a son importance pour les secteurs traditionnels de la culture, ne serait-ce que parce que le nombre d’utilisateurs y est si important que des organismes culturels y lancent des projets sans avoir besoin d’argent, simplement pour profiter des retombées promotionnelles constituées par la présence du projet sur Kickstarter. C’est là une conséquence tout à fait imprévue du sociofinancement, mais les choses vont plus loin. En septembre 2016 le journal anglais de Guardian annonçait que Kickstarter, était devenu l’un des cinq plus importants éditeurs du monde : https://bit.ly/2c8tyWn

« …if you put the 1,973 publishing pitches that were successfully funded in 2015 together with the 994 successful comic and graphic novel projects, then last year’s tally of 2,967 literary projects puts the crowdfunding site up among publishing’s “Big Four”: Penguin Random House, Harper Collins, Hachette and Simon and Schuster. The latter, which is the smallest of the Big Four according to Publishers Weekly, publishes “over 2,000 titles annually. »

Il y aurait de sérieuses analyses à faire sur ce seul impact sur le monde de l’édition de la part d’une plateforme de sociofinancement. Néanmoins le fait soulève une évidence; le poids du nombre sur les réseaux sociaux peut engendrer des résultats phénoménaux.

 

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