La production de bandes-annonces vidéos pour les livres

Source: Thomas Edison Studios, wikimedia

ActuaLitté aborde d’excellente manière le sujet avec un article qui mentionne différentes ressources.

Le sujet est utile et Mammouth ajoute d’autres ressources (en anglais hélas) qui permettent d’avoir une idée de ce qui se produit comme bandes-annonces de livres (dans le jargon du milieu le « book trailer »), voir les bandes-annonces qui obtiennent du succès et tenter de savoir si l’outil est utile ou pas.

ActuaLitté propose 4 plateformes qui avec des conditions variables; abonnement au mois, paiement à l’usage, disponibilité d’un stock de photos et de bandes vidéos préexistantes, etc.; permettent de monter facilement des bandes-annonces.

Il s’agit de : Powtoon, Moovly, Adobe Spark, et Animoto. On peut également y ajouter Biteable

Maintenant, élargissons un peu nos horizons en vue d’obtenir davantage de possibilités et d’autonomie dans la création tout en conservant la simplicité et en cherchant la gratuité.

OpenShot est un logiciel de montage gratuit, open source, qu’un enfant de 7-8 ans peut utiliser. Vous pouvez décider de tourner votre propre matériel, avec votre téléphone cellulaire qui peut très bien faire l’affaire. Les appareils actuels donnent une qualité d’image comparable au moins au défunt 16 mm.

Mais il existe plusieurs banques de ressources gratuites dont le contenu est extraordinaire :

Moving Image Archive offre des millions de films et de vidéos dans de multiples catégories dont la plus exceptionnelle est sans contredit celle des films anciens : Chaplin, Méliès, Murnau, etc. Pour les bandes sonores pas de problème; la BBC propose plus de 16 000 extraits sonores divers.

Soundwhich offre également, gratuitement, quelques centaines de milliers de sons mais aussi de bandes musicales.

TCK offre un répertoire des 10 meilleurs books trailers selon eux et analysent pourquoi ils sont efficaces. Film 14, essentiellement un studio de production de bandes-annonces pour livres offre plusieurs conseils gratuits sur les diverses facettes de ce type de création, ses orientations préférables, son utilité, etc. Le site a également un répertoire des meilleures réalisations de 2018. Voilà, avec cela, l’éditeur moyen devrait avoir de quoi faire.

Il y a le livre audio et le livre audio

Comme nous avons pu le lire ici auparavant, Audible, filiale d’Amazon qui produit des livres audio est poursuivi par des éditeurs qui lui reprochent d’ajouter du texte non autorisé (des légendes en fait) aux livres, et ce sans en informer les éditeurs en question.

Audible vient récemment de présenter sa défense qui mérite un examen de près. Audible prétend que son usage technologique du texte du livre mis en audio entre dans les limites de l’usage raisonnable (« fair use »). Au fur et à mesure que la bande sonore qui reproduit oralement le livre se déroule, une fenêtre affiche 20 mots à la fois du livre original, au rythme du déroulement de la bande. Puisqu’il est impossible de lire plus de 20 mots à la fois et que ces mots apparaissent de manière contrainte, en suivant le rythme du son, Audible prétend qu’elle n’utilise pas le livre, mais offre un service d’intérêt public.

Bien des éditeurs vont grincer des dents en entendant cela.

Entrevue: Guillaume Déziel, une toute nouvelle approche technologique pour commercialiser le livre numérique.

G Déziel écran

Le nom de Guillaume Déziel est connu dans le milieu québécois de la culture numérique. Ses approches novatrices en matière de marketing numérique ont fortement contribué à assurer le succès commercial du groupe musical Valaire.

Devenu consultant,  il continue d’œuvrer au sommet de l’innovation commerciale numérique et a entrepris plusieurs projets liés à la chaine de blocs (« blockchain ») à travers sa nouvelle entreprise IPtoki (pour Intellectual Property Token).

Présente sur GitHub, le repère des programmeurs, IPtoki n’a pas encore de fenêtre Web publique et son plus gros projet demeure temporairement confidentiel, mais Guillaume Déziel a néanmoins accepté de répondre aux questions de Mammouth concernant IPtoki et le rôle de la chaine de blocs pour le livre numérique.

Avec un accent particulier sur le rôle joué par un nouvel élément de la chaine de blocs appelé à devenir incontournable pour l’édition : le « token » ou jeton.

MN : Comment pourrait-on brièvement présenter la tokenisation?

GD: La tokenisation concerne la propriété intellectuelle des contenus numériques. Ce sont le token ou jeton est l’identifiant unique d’un acte numérique reliée à la gestion de ces contenus. Comme un achat ou une déclaration de propriété.

NM : Quel rôle y joue la chaine de blocs?

GD : La chaine de blocs est un grand registre distribué. C’est d’ailleurs littéralement une base de données distribuée qui marque de manière indélébile chaque transaction et en fait automatiquement autant de copies qu’il y a d’ordinateurs dans la chaine.

J’ai produit un article qui explique de manière simplifiée ce qu’est la chaine de blocs. Une transaction sur la chaine de blocs ne peut être falsifiée, modifiée ou altérée et demeure pérenne. Puisqu’elle est distribuée, elle est également transparente : tout le monde peut la voir. Avec la tokenisation, la chaine de blocs permet d’authentifier de manière formelle qui est propriétaire d’in contenu numérique.

NM : On voit maints cas de piraterie à l’heure actuelle dans le commerce du livre numérique. Qu’est-ce qui empêcherait par exemple une ferme de contenus en Russie d’inscrire dans la chaine de blocs tous les contenus d’une maison d’édition ou d’auteurs et d’ainsi se les approprier?

GD : Ce serait montrer ainsi qu’ils sont des voleurs! La chaine de blocs sert à développer de bonnes pratiques dans le commerce électronique. Elle n’amène pas un problème technique. S’Il y a piraterie, c’est un problème juridique. Ça reste aux auteurs ou aux éditeurs à intenter des poursuites pour faire valoir leurs droits.

Oui des contenus peuvent être copiés sur le web. Mais Internet même est une gigantesque photocopieuse. Le système a été créé durant les années 60 afin de préserver l’information en cas d’attaque nucléaire. Le gramophone permettait également une copie mécanique d’un acte musical.

L’évolution numérique entraine effectivement des ajustements, mais ne crée pas les actes de piraterie.

D’ailleurs, le token ou jeton est une approche technologique formelle pour affirmer l’authenticité d’un contenu. Plus encore, il peut être utilisé pour garantir la rareté du même contenu. Par exemple, avec un contrat intelligent (« smart contract »), je peux décider qu’il n’y aura que mille copies de mon livre numérique et en distribuer les droits et/ou les revenus entre l’auteur, l’éditeur et tous les autres maillons de la chaine du livre. Laquelle chaine se transforme alors pour devenir plutôt un carrousel du livre.

Pour chaque vente d’un exemplaire d’un livre numérique, le jeton redistribue les revenus à chaque ayant droit.

NM : La tokenisation peut servir pour quels types de contenus?

GD : Tous les contenus. Nous pourrions même décider de tokeniser un café en décidant que tous ceux qui y achètent sont en même temps ses propriétaires.

Seulement, il faut se rappeler qu’il doit y avoir une limite fixe au nombre de jetons comme de propriétaires afin que le contenu conserve sa valeur. Si au départ il a été décidé qu’il y aurait 1000 propriétaires et que chaque jeton valait 100$, ces limites ne peuvent être dépassées par la suite. Chaque jeton peut être revendu par contre.

Le jeton permet donc de revendre sa copie d’un livre numérique. La chaine de blocs enregistre de manière indélébile la transaction. J’ai revendu ma copie, donc elle ne m’appartient plus. Même si elle est numérique et théoriquement copiable à l’infini, la chaine de blocs a validé que je n’en suis plus le propriétaire puisque je l’ai revendue à X, nouveau possesseur unique de l’exemplaire.

NM : Quel rôle va jouer IPtoki dans tout cela?

GD : IPtoki est un fournisseur de services technologiques. Je me considère moi-même comme un « Blockchain Product Owner ». Je possède des produits créés à partir de la chaine de blocs.

Il y aura toujours quelqu’un pour briser un pare-feu en informatique. Pour moi il faut assurer la sécurité des données en les distribuant. Entreposées dans la chaine de blocs, elles sont à la fois pérennes, transparentes et infalsifiables.

Si je prends un domaine que je connais, la musique, l’objectif d’IPtoki est de servir les intérêts des artistes et des utilisateurs en produisant des approches qui tiennent compte de leurs besoins et de ceux de l’industrie.

À l’heure actuelle nous travaillons sur le projet Smart Split. Ce projet inclut les acteurs principaux de la musique au Québec et plusieurs au Canada du point de vue créatif. L’objectif est de mettre sur pied une plate-forme qui va permettre la distribution automatique et transparente des droits et des revenus entre les différents acteurs, en recentrant également ce partage vers les créateurs; ceux qui produisent. En parallèle, la plateforme va permettre de produire et gérer les métadonnées indispensables à la découverte des oeuvres dans l’univers numérique.

Oui, la chaine de blocs et le « token » vont bouleverser l’édition

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Désolé auteurs et éditeurs. Vous avez mal digéré le livre numérique, mais la prochaine vague de transformation numérique s’annonce de plus grande ampleur.

Depuis 1993 que l’animal explore les frontières virtuelles, Mammouth numérique s’est rarement (sinon jamais) trompé lorsqu’il s’agit de flairer un bouleversement. Le dernier en date étant l’érosion de la télé au profit des productions diffusées à partir du Web. Ceux qui ont suivi L’Argent du Web sur Facebook au tournant des années 2009 et 2010 s’en souviendront.

En bien comme en mal, la chaine de blocs s’annonce comme un acteur de changements incontournables. L’édition a géré le livre numérique en sabotant le produit le mieux possible; notamment avec une pratique systématique de prix très élevés. Ce qui a permis à Amazon de s’ériger en premier fournisseur de livres numériques partout dans le monde et de créer ainsi deux réseaux du livre : l’ancien et celui d’Amazon.

La chaine de blocs et le token ou jeton offrent de grands avantages au secteur du livre :

– la transparence des transactions et donc aussi de la distribution des revenus et des droits;

– la simplicité de la gestion qui peut se passer d’intermédiaires. Ça ne fera pas le bonheur de tous, évidemment;

– la possibilité d’établir des relations plus saines entre auteurs et éditeurs grâce à des processus transparents;

– la possibilité de se réconcilier également avec les usagers puisque la chaine de livres permet la revente d’un exemplaire dans risque de spoliation pour les détenteurs de droits et que le jeton sert de marqueur d’une manière bien plus simple et respectueuse que l’infâme DRM;

– la possibilité de financer de l’édition de livres grâce à la chaine de blocs, ce qui peut être plus simple et plus facile que le sociofinancement.

Évidemment le contraire est possible. Par exemple :

– en laissant encore une fois tout le terrain aux Amazon de ce monde, notamment tout ce qui concerne la gestion des droits des livres. Parce qu’Amazon c’est énormément d’auteurs autopubliés et de petites boites d’édition. Il ne manque pas grand-chose pour que les auteurs traditionnels s’y joignent systématiquement;

– en aggravant la piraterie. Sur ce sujet, les ingénieux et joviaux créateurs technos sont prompts à imaginer le bien commun à travers leurs inventions. Le problème c’est que l’éditeur et l’auteur en ont déjà plein les bras avec la pratique de leur métier. Plus les couches de technologie à connaitre s’accumulent, plus leur métier devient difficile.

Parce que jeton et chaine de blocs sont en voie de devenir des éléments majeurs du paysage de la culture numérique, Mammouth a entrepris de publier une série d’articles pour expliquer les tenants et les aboutissants du phénomène. Ici ou sur des sources d’information qui vous conviennent mieux, prêtez attention.

Peut-être (…) qu’il serait souhaitable que les États de l’Occident s’associent afin de bannir cryptomonnaies et chaine de blocs mais les chances que cela puisse se réaliser et mis en pratique sont infimes.

 

 

La modération des contenus en ligne : possible ou pas ?

 

Abraham Ortelius - The Library of Congress

Source : Le Québec étant particulièrement pudibond, Mammouth a préféré ici montrer les origines de la mappemonde.
C’est presque la même chose, l’angle est légèrement différent…

Pour Tech Dirt, un site américain spécialisé dans les chinoiseries juridiques liées à l’usage des technologies, et Dieu sait s’il y en a (!) modérer le contenu est tout simplement une tâche impossible.

Pour preuve, le site prend un récent jugement d’un cour française de justice qui a établi que Facebook avait eu tort 8 ans auparavant de fermer le compte d’un enseignant français ayant l’œuvre de Gustave Courbet « Les origines du monde » sur sa page Facebook.

Or souligne Tech Dirt, la même peinture aux É.-U. indigne les politiciens qui exigeraient eux qu’elle soit retirée de Facebook. Ce qui rend la modération impossible n’est donc pas seulement l’aspect technique; par exemple un algorithme qui repère un sein pouvant aussi bien censurer une image pornographique que le contenu légitime d’un artiste et provoquer un des nombreux tollés que l’on sait. La difficulté est également politique : ce qui convient dans un pays provoque dans un autre.

Cette combinaison politique et technique rend donc à toute fin pratique la modération des contenus absolument impraticable selon Tech Dirt qui a le mérite de connaître à fons le sujet.

 

Unrd a lancé de nouvelles histoires interactives

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Nous avions déjà parlé de la boite qui se spécialise dans la création de fictions pour le téléphone cellulaire.

unrd pousse depuis un peu plus loin. D’abord l’entreprise a élargi son rayon d’action en adaptant ses produits pour les téléphones qui fonctionnent avec Google.

Son modèle d’affaire s’oriente également vers l’abonnement à la semaine au mois ou à l’année. 4,99$ US par semaine pour suivre quelques histoires interactives ça paraît un coût très élevé. L’évolution de unrd va être à observer dans les prochaines semaines.

Piraterie de livres, piraterie d’auteurs…

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L’excellent webzine ActuaLittés rapporte qu’à de nombreuses reprises en usant de courriels aux en-têtes légitimes, des pirates ont tenté de s’emparer avant publication de copies du dernier livre de Margaret Atwood. Leur but était probablement de rançonner l’éditeur en menaçant de publier le livre avant la date de parution fixée.

Le piratage de livres n’est pas une nouveauté en technologies. Mais à mesure que celles-ci évoluent et que les pirates se raffinent les arnaques deviennent plus complexes à déjouer. Bientôt nous publierons une superbe entrevue que nous a généreusement accordée Guillaume Déziel, un spécialiste de la blockchain (une problématique déjà abordée ici ) et un promoteur de la tokénisation des contenus numériques.

Usant de la blockchain, le token ou jeton, identifie et authentifie un contenu de manière permanente. Bien sûr, la technologie n’est pas en soi le problème, plutôt l’usage qu’on en fait. La technologie du jeton viendra éventuellement remplacer toute autre marque d’authentification numérique. Mais elle risque d’ajouter une couche de difficulté supplémentaire à un milieu de l’édition qui en a déjà plein les bras à gérer le changement technologique.

Qu’est-ce qui va empêcher par exemple un compte pirate de s’autoproclamer « Margaret Atwood »? Qu’est-ce qui pourrait bien empêcher une Content Farm  quelconque, en Russie ou ailleurs de s’attribuer systématiquement le contenu d’auteurs ou de petites maisons d’édition trouvé en ligne?

Bien sûr, quelqu’un qui « tokenise » un contenu volé à un autre viendrait ainsi proclamer que le voleur c’est lui. Ce qui ne veut pas dire grand-chose dans le monde merveilleux des fausses identités virtuelles. Si on peut faire quelques millions pendant quelques jours en profitant de la confusion pourquoi pas?

Surtout, l’idée que l’auteur ou la maison d’édition spoliée n’a qu’à se défendre légalement souligne un des aspects les plus dangereux des nouvelles technologies depuis leurs débuts : sous prétexte de démocratisation et d’égalité, on rend la capacité des individus à se défendre à peu près impossible. Pour le faire adéquatement en effet il faut une excellente connaissance des technologies, que cette connaissance soit constamment mise à jour, et que l’on dispose de beaucoup d’argent.

Quelle maison d’édition à ces moyens?